Les femmes étourdies plus longtemps que les hommes

MONTRÉAL - C’est une sensation avec laquelle plusieurs sont familiers: on se lève trop vite, la tête tourne, les genoux plient, et on doit attendre quelques secondes avant de poursuivre.

Ce phénomène appelé «hypotension orthostatique» en langage médical semble toucher davantage les femmes que les hommes, du moins avant la ménopause, sans que l’on comprenne vraiment pourquoi.

Une équipe de la Faculté de médecine de l’Université Laval et du Centre de recherche de l’Institut universitaire en cardiologie et en pneumologie de Québec a constaté que les vaisseaux sanguins cérébraux des femmes semblent répondre moins bien à la baisse de pression sanguine survenant à la suite d’un changement rapide de la position du corps.

Conséquemment, les étourdissements peuvent mettre jusqu’à deux fois plus de temps à se dissiper chez les femmes.

Le phénomène en lui-même n’est pas très compliqué et est attribuable à l’effet de la gravité: quand on passe à la position debout, une partie du volume sanguin se déplace vers les jambes, provoquant une baisse transitoire de la pression artérielle qui entraîne notamment une diminution du débit sanguin au cerveau. Au bout de quelques secondes, la pression artérielle revient à la normale, l’alimentation en sang du cerveau est rétablie, et on peut repartir.

Le corps dispose de plusieurs mécanismes pour réagir: il peut notamment réduire le diamètre des vaisseaux sanguins des bras et des jambes, augmenter celui des vaisseaux du cerveau ou encore accélérer le rythme cardiaque.

«La réponse semble être plus lente chez les femmes, a dit Patrice Brassard, du département de kinésiologie de l’Université Laval. Lorsqu’on regarde la vitesse à laquelle les vaisseaux vont se (dilater) pour essayer de ramener le sang au niveau de base (...) le délai est plus élevé (chez les femmes). C’est presque sept secondes après s’être levées, tandis que les hommes c’était plutôt 3,5 ou quatre secondes.»

L’équipe de M. Brassard a comparé deux groupes de 11 hommes et 11 femmes en bonne santé, dont l’âge moyen était de 25 ans.

En position assise, les deux groupes avaient une pression artérielle moyenne identique, mais la vitesse du flot sanguin cérébral était de 75 cm/s chez les femmes contre 61 cm/s chez les hommes. Dans les 15 premières secondes suivant le passage à la position debout, la baisse de pression artérielle était similaire dans les deux groupes, mais la diminution de la vitesse du flot sanguin était presque deux fois plus grande chez les femmes (soit 20 cm/s contre 11 cm/s chez les hommes), a expliqué l’université par voie de communiqué.

«Ça peut paraître assez banal de simplement se lever de notre chaise, mais on va avoir des changements de 20 à 25 millimètres de mercure, donc de 20 à 25 pour cent par rapport à la mesure de base, a ajouté M. Brassard. La pression artérielle va baisser rapidement, et ces changements-là (...) sont souvent trop rapides.»

Les conclusions de cette étude sont publiées par le journal médical Physiological Reports.