La pénurie de main-d'oeuvre est telle en Atlantique qu'un transformateur de produits de la mer a récemment eu recours à ses employés de bureau pour donner un coup de main à l’usine et que le propriétaire a dû lui-même peser le homard à l’arrivée des bateaux au quai.

Les employeurs en quête de travailleurs étrangers temporaires s’impatientent

OTTAWA - Certains employeurs qui cherchent à embaucher des travailleurs étrangers temporaires font face à des délais d’attente importants en raison d’une demande accrue cette année.

Le gouvernement fédéral a révélé que le nombre de demandes avait augmenté de près de 25 pour cent par rapport à l’année dernière, ce qui s’explique en partie par le faible taux de chômage au Canada, lui-même attribuable notamment au départ à la retraite des baby-boomers.

Les employeurs qui souhaitent embaucher des travailleurs migrants dans la catégorie des «travailleurs peu spécialisés» attendent maintenant plus de 100 jours avant de savoir si leur demande d’Évaluation de l’impact sur le marché du travail sera approuvée. Cette évaluation est exigée afin de prouver qu’il n’y a pas de travailleurs canadiens disponibles pour occuper ces emplois. Les délais de traitement pour la catégorie des «postes à haut salaire» sont de 85 jours.

Le ministère de l’Emploi, du Développement de la main-d’oeuvre et du Travail soutient qu’il s’attaque aux retards de traitement, notamment en dépensant 3,4 millions $ pour embaucher plus de fonctionnaires.

«Le chômage atteint un plancher sans précédent depuis 1976, a expliqué Véronique Simard, une porte-parole de la ministre du Travail, Patty Hajdu. Si ce succès économique est bon pour les affaires, il crée également des défis pour les employeurs qui ont du mal à trouver suffisamment de travailleurs pour faire face à la demande.

«Le Programme des travailleurs étrangers temporaires continue de faire l’objet partout au Canada d’un nombre croissant de demandes d’Évaluation de l’impact sur le marché du travail. Conscient de l’urgence de la pénurie de main-d’oeuvre au Québec et dans le reste du Canada, notre gouvernement prend des mesures pour améliorer la prestation de services pour ce programme.»

Gerald Amirault, porte-parole de l’Association des transformateurs de homard du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse, soutient que ce secteur connaît de graves pénuries de main-d’oeuvre et dépend de plus en plus des travailleurs migrants.

De mal en pis

Une étude récente, financée en partie par le gouvernement fédéral, montre que la situation devrait s’aggraver si rien n’est fait. En 2017, quelque 1800 postes vacants dans les usines de transformation du poisson de la région de l’Atlantique le sont restés en raison du manque de main-d’oeuvre. Or, 2500 travailleurs supplémentaires seront nécessaires au cours des cinq prochaines années pour remplacer les départs à la retraite, selon ce rapport.

«Il n’y a plus de familles nombreuses dans les zones rurales avec huit et dix enfants, alors il n’y a personne pour remplacer les travailleurs qui sont là depuis un certain temps: notre dépendance à faire venir des travailleurs étrangers est plus grande», a déclaré M. Amirault. «Or, quand (le gouvernement) fait en sorte qu’il devient difficile de les faire venir, que reste-t-il comme solution?»

M. Amirault soutient qu’un transformateur de produits de la mer a récemment eu recours à ses employés de bureau pour donner un coup de main à l’usine et que le propriétaire a dû lui-même peser le homard à l’arrivée des bateaux au quai. «Ils n’ont pas pu ouvrir une de leurs usines en Nouvelle-Écosse pour la saison du crabe, car (les travailleurs migrants) n’étaient pas encore arrivés.»

Selon M. Amirault, son secteur subit des retards supplémentaires du côté de l’immigration en raison d’un changement récent qui fait que les travailleurs migrants doivent se soumettre à un contrôle biométrique. Or, selon lui, les ministères du Travail et de l’Immigration ne communiquent pas entre eux dans ces dossiers, ce qui provoque davantage de frustrations.

Leah Nord, de la Chambre de commerce du Canada, a déclaré que les retards dans l’embauche de travailleurs étrangers temporaires auront des conséquences financières importantes pour certaines entreprises. L’organisme souhaite une modernisation du mécanisme, notamment par la mise en place d’un programme «d’employeur de confiance» - des entreprises qui respectent toutes les règles.

En 2017, l’ancien vérificateur général Michael Ferguson avait fait part de ses préoccupations concernant la gestion du Programme des travailleurs étrangers temporaires - notamment des employeurs qui embauchent des migrants sans démontrer au préalable qu’ils avaient épuisé toutes les autres possibilités de trouver des travailleurs sur place, et des demandes souvent approuvées sans être contestées.

Le gouvernement a alors intensifié les enquêtes auprès des employeurs et a publié les noms de ceux qui ne respectent pas les règles. À ce jour, 168 entreprises ont été citées pour infractions et condamnées à des amendes ou à des interdictions d’utilisation du programme pendant une durée déterminée.