Voici de quoi auront l'air les classes lors de la rentrée, lundi.
Voici de quoi auront l'air les classes lors de la rentrée, lundi.

Les classes «distancées», en attendant les élèves

Isabelle Mathieu
Isabelle Mathieu
Le Soleil
Une classe de maternelle, c’est joyeux, c’est chaleureux. Celle de Lina* a maintenant un petit quelque chose de militaire.

Les 15 pupitres sont bien alignés, distants les uns des autres pour respecter la règle du deux mètres. Une petite zone pour bouger a été dessinée au sol, pour chaque enfant, toujours à deux mètres les uns des autres.

Il ne reste plus grand chose d’autre dans la classe, à part le tableau interactif et le bureau de Lina.

Avant le confinement, la classe de Lina était plutôt divisée en îlots, avec cinq grandes tables et un gros tapis de rassemblement.

Des enfants de cinq ans qui restent assis à un bureau, ça fait bien longtemps que les enseignants du préscolaire n’ont pas vu ça.


« Mais on s’adapte, on rend possible l’impossible »
Lina

Brigitte* enseigne en première année dans une autre école de la région de Québec. Dans sa classe aussi, chaque pupitre est posé à un endroit bien défini pour respecter les distances. Les pattes de chaise sont marquées au sol et l’enfant ne pourra pas déplacer son pupitre.

Pour garder les enfants à leur place, il leur sera dorénavant interdit de se lever et de marcher en classe sauf lorsque tout le groupe sort pour aller à la salle de bain ou à la récréation. 

Dans sa lettre envoyée à ses parents en début de semaine, Brigitte évaluait qu’elle et ses élèves auraient à se rendre au lavabo pour l’opération lavage de mains environ une douzaine de fois durant la journée. Depuis, elle a reçu une bouteille de désinfectant pour les mains, qui pourra peut-être faire l’affaire par moment. «Mais le temps pour l’apprentissage ou la consolidation va quand même être pas mal réduit», constate Brigitte. 

Bien sûr, elle pense déjà aux impacts pour ses élèves, dont les acquis étaient moins solides. «Mais en même temps, il faut relativiser: ils n’entrent pas en médecine demain matin!», image l’enseignante.

Antoine* enseigne en Montérégie. Pour lui et ses élèves, la rentrée a été repoussée au 25 mai. Il a fait un plan à l’échelle avec un logiciel spécialisé et a sorti tous les meubles de sa classe. Résultat, 13 élèves peuvent s’installer avec les règles de distanciation. Antoine pourrait en accueillir 14 si lui-même prend un pupitre d’élève. 

Antoine est réputé comme un enseignant très à cheval sur l’encadrement et les règles. Il se demande malgré tout comment il va faire pour faire respecter la distanciation en tout temps. Il venait de croiser un éducateur, en poste à l’école pour le service de garde d’urgence. «Il m’a dit qu’il était découragé, les élèves n’écoutent pas les consignes et à un moment donné, tu deviens fatigué de juste jouer à la police du 2 mètres, résume Antoine. Même le silence dans les corridors n’est pas appliqué, sous l’argument que « c’est impossible à faire appliquer avec des enfants »... Alors comment est-ce qu’on s’imagine que tout cela va se passer au retour?»

Mélanie, enseignante de troisième année à Québec, a enfilé rencontre par dessus rencontre toute la semaine, avec ses collègues et la direction de son école, pour tenter de tout prévoir. Divisés en comité, les professeurs ont planifié l’hygiène, la mesure des classes, l’horaire des récréations. «On a même fait des simulations, explique Mélanie. Il a fallu se réajuster.»

Elle sait qu’il manque un professeur de musique dans son école; c’est un collègue du secondaire qui sera assigné parce qu’il n’y avait aucun volontaire. «On va faire ce qu’on peut avec ce qu’on a, résume Mélanie. Mais c’est beaucoup d’adaptation pour les élèves.»

* Les professeurs qui ont accepté de nous parler ont tous demandé l’anonymat.