Les Canadiens ont exporté pour 1,2 G$ de cannabis illégal en 2017

OTTAWA — Non seulement les Canadiens sont-ils attirés par la culture de la marijuana, ils sont aussi adeptes du commerce transfrontalier, laisse croire une nouvelle étude de Statistique Canada.

L'an dernier, du cannabis d'une valeur d'environ 1,2 milliard $ — ou 20 % de la production totale au Canada — a été vendu illégalement à l'extérieur du pays, selon le Compte économique sur le cannabis dévoilé jeudi par l'agence fédérale. En comparaison, les exportations illégales de marijuana étaient évaluées à seulement 2 % de la production totale au Canada en 1961, indique le rapport.

Le document tente de brosser un portrait à l'approche de la transition vers un marché légal de la marijuana à des fins récréatives.

Alors que le gouvernement fédéral prévoit concrétiser la légalisation de la marijuana l'été prochain, Statistique Canada s'outille aussi pour rassembler et analyser les données sur la future industrie du cannabis.

Les documents, dont certains seront publiés chaque trimestre, doivent contribuer à informer les gouvernements en vue de la prise de décisions sur les politiques sociales et économiques liées à la marijuana légale.

Mais même au sein du marché illicite, les Canadiens se sont montrés des cultivateurs de marijuana et des exportateurs très compétents, laisse croire l'étude.

L'agence souligne que les données sont jugées provisoires et pourraient faire l'objet de révisions importantes, car elles dépendent grandement d'un certain nombre d'hypothèses, de modèles et de sources de données limitées sur la production de l'industrie du cannabis, en grande partie illégale.

L'impact sur le PIB

Les statistiques sur l'exportation sont importantes puisqu'elles aident les chercheurs à comprendre les impacts possibles de l'industrie sur le produit intérieur brut du Canada, a indiqué Conrad Barber-Dueck, un économiste de l'agence ayant travaillé sur le rapport.

«Nous devons savoir ce qui traverse la frontière, ce qui arrive au pays et cela nous indique l'impact sur le PIB», a expliqué M. Barber-Dueck.

Le rapport offre un certain nombre d'évaluations pour les dépenses, la consommation et la production.

La vaste majorité du cannabis consommé au Canada est cultivé sur le territoire canadien — à tel point que le rapport juge que la production est pratiquement équivalente à celle, combinée, du tabac, de la bière et du vin.

Statistique Canada évalue que le secteur de production de la marijuana avait une valeur d'environ 3,4 milliards $ en 2014, comparativement à 1 milliard $ pour la production intérieure de tabac et de 2,9 milliards $ pour la production d'alcool.

Dans l'ensemble, environ 4,9 millions de Canadiens âgés de 15 à 64 ans ont dépensé un montant approximatif de 5,7 milliards $ pour se procurer du cannabis à des fins médicales et non médicales en 2017, a révélé Statistique Canada.

Cela équivaut approximativement à 1200 $ par consommateur de cannabis, a précisé l'agence fédérale.

La majorité des dépenses (plus de 90 %) a été consacrée à l'achat de cannabis à des fins non médicales.

La question des taxes

Selon Statistique Canada, le prix du cannabis consommé à des fins non médicales a baissé en moyenne de 1,7 % par année au pays depuis 1990, pour atteindre environ 7,50 $ le gramme en 2017. En comparaison, l'indice des prix à la consommation (IPC) a augmenté de 1,9 % par année. Selon toute vraisemblance, la baisse du prix est attribuable à une augmentation estimée de l'offre de cannabis par rapport à la demande.

Le directeur général des Producteurs en serre du Québec, Claude Laniel, appelle les gouvernements à être sobres en taxant le cannabis s'ils veulent contribuer à la diminution des ventes au noir.

«La plus grande surprise pour moi est de dire que ça va se vendre à 7,50 $ le gramme. Si on veut vendre à ce prix-là, et qu'on enlève toutes les velléités du gouvernement à prendre des sous, il n'en restera pas beaucoup pour la production», a soutenu M. Laniel en entrevue avec La Presse canadienne.

«D'après ce que j'ai vu dans la documentation, si on augmente le prix à plus de 8 $ ou 9 $, les gens vont retourner dans la rue. Dans la rue, on ne paie pas de taxes. [...] Quels vont être les prélevés en taxes? Tout le monde en veut, la Sûreté du Québec, les municipalités... À un moment donné, on ne peut pas tous prendre notre cote», a-t-il ajouté.

M. Laniel a aussi appelé à laisser une place aux plus petits producteurs, dont les coûts de production sont moindres.