Le copropriétaire de Rochef Chocolatier, Roch Fournier
Le copropriétaire de Rochef Chocolatier, Roch Fournier

Le virage web pour la vente de chocolats de Pâques

S’il est vrai que la pandémie de la COVID-19 ne permettra pas aux gens de se rassembler pour Pâques ce week-end, il n’y aura par contre aucune restriction interdisant de déguster du chocolat. Parlez-en à deux chocolateries de l’Outaouais, pour qui les impacts de la crise diffèrent en cette période qui s’avère en temps normal très lucrative.

Chez Rochef Chocolatier, si on concède que le chiffre d’affaires global de Pâques reculera par rapport aux années précédentes, on renchérit en affirmant que c’est littéralement «la folie» pour les ventes en ligne au cours des dernières semaines. À tel point qu’en début de semaine, et ce pour 48 heures, il y avait rupture de stock et toute l’équipe s’est affairée à la préparation des commandes et à la livraison.

En l’espace de cinq jours, plus de 750 commandes ont été reçues par l’entreprise gatinoise.

«Nous sommes renversés d’une certaine façon, et ce de manière positive. Oui, on parle d’une bonne baisse de 40%, notre propre boutique a été fermée la veille de l’annonce par M. Legault de la fermeture complète des commerces non essentiels. Il y a aussi plusieurs des boutiques qui offrent nos produits qui sont fermées. [...] On s’est évidemment tourné vers le web, là où normalement ce n’est pas là qui se fait le plus de business, et depuis, c’est la folie. On vend 50% de plus par rapport aux autres années. Il faut faire entrer des équipes de soir. Nous sommes super heureux malgré tout, car on s’attendait à une catastrophe», affirme Alain Fredette, président et copropriétaire.

Dans les circonstances, Rochef, qui a fêté sa décennie d’existence l’an dernier, n’a pas eu à faire de mises à pied temporaires parmi ses 15 employés.

«On ne pensait jamais passer une période de Pâques comme celle-ci. C’est incroyable, le téléphone ne dérougit pas. On a même voulu faire ajouter des lignes téléphoniques. Ce que l’on trouve extraordinaire, c’est que depuis quelques années, on se demandait pourquoi on avait un peu de difficulté à se faire connaître dans notre propre cour, en Outaouais. On vend ailleurs au Québec, en Ontario, un peu aux États-Unis, dans l’Ouest canadien et même au Mexique, mais on se disait qu’on pouvait peut-être faire une meilleure job dans la région. Mais là, on a la preuve qu’on fait du bon travail. On a un bon soutien de la population locale», précise l’homme d’affaires.

Celui qui fait équipe avec Roch Fournier ne cache pas qu’après Pâques, l’adrénaline chutera et il y aura inévitablement du «damage control» à faire, comme pour bon nombre de commerces locaux. Mais il est d’avis que l’appel à l’achat local du gouvernement québécois a résonné et qu’il y aura un avant et un après-crise en cette matière.

«Il va falloir maintenir ce cap-là. Les gens qui n’auront pas tendance à revenir à l’achat local vont se faire motiver par les autres. Je pense que ce sont des habitudes qui vont rester, même si ce ne sera pas à 100%. Il faut souvent simplement expliquer aux gens les avantages de consommer localement, sinon ils disent oui, mais cinq minutes plus tard ils ont oublié», dit-il.

Par ailleurs, Rochef est aussi connu pour vendre ses chocolats dans les magasins Costco à ce temps-ci de l’année. À ce sujet, M. Fredette soutient que compte tenu de la crise, le géant réussira à vendre environ 65% de la marchandise qu’il avait prévu écouler. Rochef a aussi stoppé ses livraisons dans ces magasins.

Autre son de cloche

Pour Pâques, le son de cloche n’est pas tout à fait le même pour Chocomotive, qui a pignon sur rue depuis une décennie à Montebello.

Les propriétaires de Chocomotive, Luc Gielen et Mabel Calles

«La vente en ligne était déjà dans nos projets, mais on voulait commencer après Pâques, car pour un produit comme le chocolat, les gens aiment magasiner avec les yeux, il y a des centaines de moulages différents. Finalement, on s’est lancé là-dedans un peu en urgence et il y a une bonne réponse. Sauf qu’avec les livraisons, ça prend trois fois plus de travail pour le même revenu. On peut aussi diriger la clientèle vers nos distributeurs, par exemple les pharmacies ou épiceries fines encore ouvertes, mais c’est 35% de profits en moins», affirme Luc Gielen, copropriétaire de la chocolaterie artisanale avec sa conjointe Mabel Calles.

Ce dernier estime qu’en comparaison avec l’an dernier, le chiffre d’affaires de la période de Pâques sera en baisse de pas moins de 85%. C’est sans compter que le commerce est situé dans un secteur touristique et qu’en raison de la pandémie, il a été privé des revenus normalement générés par la visite de centaines de familles pendant la relâche scolaire en Ontario. Bon an mal an, bon nombre d’entre elles font un détour par le village avant ou après une escapade au parc Oméga.

Les rues étant désertes, M. Gielen a décidé de fermer temporairement les portes de la boutique.

«Des points de vente comme la Trappe à fromage ou Fidélice doivent nous retourner à peu près 50% de leurs commandes. On va rester pris avec une tonne de chocolats transformés. Cette situation-là, on s’y fait, on n’a pas le choix. Par contre, pour nous, juillet et août sont des mois très importants en zone touristique, ça représente 20% du chiffre d’affaires annuel. Alors il va falloir qu’on soit à la fin de la crise, sinon ce sera dramatique», dit-il.