Henri Vernes photographié lors d’une exposition sur Bob Morane à Paris, en décembre 1993. Les albums de Bob Morane sont un des plus grands succès de l’histoire de la littérature d’aventure.

Le père de Bob Morane fête ses 100 ans

BRUXELLES — Henri Vernes, le créateur belge de Bob Morane, affiche toujours à 100 ans, un anniversaire qu’il célébrait mardi, un appétit intact pour les plaisirs de la vie, le désir d’écrire et de «courtiser» les femmes.

«J’aimerais encore écrire une centaine de livres, courtiser quelques dames et pour le reste, je laisse tout au sort», a-t-il dit à la chaîne de radio-télévision francophone RTBF à l’occasion de cet anniversaire.

Joint par l’AFP mardi dans son appartement bruxellois, le père de l’aventurier Bob Morane confirme qu’avec les années il n’a rien perdu de sa malice.

«Je vis seul, mais entouré d’énormément d’amis, mâles et femelles», confie-t-il.

«Et bien sûr, ça me fait plaisir qu’on se souvienne de moi aujourd’hui, on aurait pu m’oublier», ajoute Henri Vernes.

De son vrai nom Charles-Henri Dewisme, l’auteur belge est né à Ath, en Wallonie, le 16 octobre 1918.

Sa mère vivait alors à Tournai, à 30 km de là, près de la frontière française. Mais la guerre n’est pas finie et elle préfère fuir l’armée allemande pour aller accoucher en sécurité, avant de revenir chez elle.

Le créateur de Bob Morane vit aujourd’hui dans un appartement de la commune bruxelloise de Saint-Gilles, entouré de masques, statuettes et autres tableaux ramenés de ses nombreux voyages lointains.

À Tournai, un musée devait inaugurer mardi un espace qui lui est spécialement dédié ainsi qu’à son héros.

Un manuscrit original de La vallée infernale, le premier tome des aventures de Bob Morane, donné par Henri Vernes, sera une des pièces maîtresses de l’exposition.

Henri Vernes à Bruxelles, en février 2012

« J’aimerais encore écrire une centaine de livres, courtiser quelques dames et pour le reste, je laisse tout au sort »
Henri Vernes

«C’est un document tout à fait exceptionnel, un texte tapé à la machine sur lequel figurent encore les corrections de l’auteur», dit à l’AFP Jacky Legge, conservateur du Musée de Folklore de Tournai.

L’exposition présentera aussi des souvenirs de famille précieusement conservés de sa mère ou de ses grands-parents qui l’ont élevé.

L'aventure à 18 ans

Pour Henri Vernes, ancien élève des jésuites à Tournai, l’aventure a commencé à 18 ans, lorsqu’il a fait la connaissance d’une Chinoise sur le port d’Anvers d’où il devait embarquer pour rejoindre un ami en Amérique du Sud.

Changement de programme: il décide de suivre cette femme jusqu’à Canton et découvre là-bas que «Madame Lou» tient un «bateau de fleurs», une «maison de plaisirs flottante», avait-il raconté lors d’une rencontre avec l’AFP en 2012.

De retour en Belgique, Henri Vernes tente de vivre de sa plume.

Il est journaliste à Paris après la Seconde Guerre mondiale, correspondant d’un quotidien lillois et d’une agence de presse américaine, a-t-il rappelé mardi.

«J’ai fréquenté Saint-Germain-des-Près et j’ai fait danser Juliette Gréco, ça n’est pas allé plus loin», a-t-il plaisanté.

Son heure de gloire arrive en 1953 lorsque la maison d’édition Marabout se lance dans le roman-feuilleton pour jeunes et fait appel à lui. Bob Morane est né: Français, 33 ans, costaud, polyglotte et justicier sans peur contre les pirates, les monstres de l’espace, la troublante Miss Ylang-Ylang ou son ennemi juré, l’Ombre jaune.

Après La vallée infernale, quelque 200 autres épisodes de Bob Morane seront édités, et vendus à des millions d’exemplaires, en faisant un des plus grands succès de l’histoire de la littérature d’aventure.

À partir des années 60, les romans sont adaptés en BD par l’auteur lui-même avec des dessins du Belge Gérald Forton, et Bob Morane a les honneurs du groupe de rock français Indochine, en 1982 dans le succès L’aventurier.