Ils étaient quelque 150 personnes, jeunes et moins jeunes, de toutes les sphères et de tous les échelons du sport, pour ovationner Benoît Huot au moment où il a annoncé sa retraite. Du nombre, sa princesse Mila-Grace, née le 30 septembre.

Le nageur paralympique Benoît Huot prend sa retraite

Le nageur paralympique Benoît Huot a annoncé sa retraite sportive, mardi, après avoir décroché une panoplie de médailles au cours de sa carrière qui s’est échelonnée sur deux décennies.

Il a confirmé l’information lors d’une conférence de presse tenue au Centre sportif de l’Institut national du sport du Québec. Cette annonce n’est toutefois pas étonnante puisqu’il avait déjà déclaré en 2017 qu’il ne prévoyait pas poursuivre sa carrière jusqu’aux Jeux paralympiques de Tokyo en 2020.

«C’est un chapitre qui se clôt, a-t-il indiqué en entrevue à La Presse canadienne, mais c’est aussi une célébration. De ma carrière, mais aussi de l’évolution du mouvement paralympique au cours des 20 dernières années. C’est l’une de mes grandes fiertés. C’est donc un mélange d’émotions, car je ne serai plus un athlète, mais c’était beau de voir tous les gens qui ont pu avoir un impact direct sur ma carrière.

«C’est une fête pour le sport, mais en particulier pour le sport paralympique. On a de plus en plus réussi à faire notre place au cours des 20 dernières années dans ce système sportif-là.»

«Benoît est l’un des paralympiens les plus célébrés au monde, mais il est aussi beaucoup plus que toutes les récompenses et réalisations que je pourrais énumérer, a mentionné Ahmed El-Awadi, directeur général de Natation Canada, dans un communiqué. La vérité est que Benoît a transcendé le sport et qu’il laisse un héritage d’esprit sportif, de courage et de dignité.»

À ce chapitre, il a pris le flambeau brillamment porté par Chantal Petitclerc avant lui.

«Évidemment, on ne vise pas ça comme objectif quand on commence notre carrière d’athlète. J’ai toutefois l’impression d’en avoir fait une priorité : je voulais gagner des médailles, je voulais atteindre mes objectifs et réaliser mes rêves.»

À ses débuts aux Jeux paralympiques, à Sydney en 2000, Huot s’est souvenu que sa conquête de la première médaille d’or n’avait généré qu’une seule phrase dans un des grands quotidiens montréalais.

«C’était une frustration, une déception. Je me suis dit : ‘Il faut que je fasse quelque chose pour trouver une façon de faire rayonner le Mouvement paralympique. C’était facile pour moi de le faire, car ça me tenait beaucoup à cœur.»

Il y a maintenant plus de disciplines et d’épreuves au programme, les réseaux de télévision sont impliqués, les spectateurs sont au rendez-vous et l’intérêt des médias est rehaussé.

Comme il l’a récemment fait remarquer en entretien, l’intérêt des gens s’est amélioré au fil des ans, mais il reste encore beaucoup de travail à faire.

«La façon de suivre les Jeux paralympiques des Canadiens s’est complètement transformée entre la fin des années 90 et aujourd’hui, a-t-il dit. Nous avons été en mesure d’éduquer les Canadiens sur ce que nous faisons, et sur nos objectifs. Nous avons pu faire notre place dans le monde du sport, qui est dominé par le sport professionnel et les Jeux olympiques.

«C’est ce qui me rend le plus fier, de savoir qu’il y a maintenant une place pour les athlètes paralympiques. Je quitte le sport, mais j’ai l’impression d’avoir accompli un objectif.»

Le principal intéressé compte maintenant s’investir auprès des jeunes ayant un handicap et continuera de donner des conférences. Il poursuit également sa maîtrise en administration des affaires à temps plein à l’Université Queen’s.

«Je vais faire en sorte que je demeure impliqué. Ça a tellement été une grande partie de ma vie. Peu importe le rôle, je vais militer pour l’inclusion et l’accessibilité des personnes vivant en situation de handicap, afin qu’elle puisse s’épanouir par le sport.»

Né avec une malformation à la jambe droite, communément appelée le pied bot, Huot a commencé la natation dès l’âge de 8 ans. Il a fait partie de l’équipe nationale canadienne de paranatation à compter de 1998.

L’athlète de 35 ans, qui est originaire de Longueuil, est l’un des paralympiens canadiens qui a connu le plus de succès dans l’histoire, ayant remporté 20 médailles en cinq Jeux paralympiques (2000-2016). Il y a eu ses victoires à Sydney, alors qu’il était encore adolescent. Sa domination à Athènes quatre ans plus tard. Sa médaille d’or à Londres, après sa déception à Pékin en 2008. Puis une dernière médaille paralympique de bronze à Rio de Janeiro.

Huot a également participé à trois éditions des Jeux du Commonwealth, où il a remporté quatre médailles, et fracassé plus de 60 records du monde dans sa catégorie. Il fut également chef de mission adjoint de l’équipe canadienne aux Jeux du Commonwealth présentés à Gold Coast, en Australie, l’an dernier.

Huot est devenu le père de Mila-Grace, l’automne dernier. Il est aussi membre de l’Ordre du Canada depuis 2016, et a été fait Chevalier de l’Ordre national du Québec l’an dernier. Huot a également été le porte-drapeau canadien à la cérémonie de clôture des Jeux paralympiques de Londres en 2012, ainsi que plusieurs fois récipiendaire du prix King Clancy remis à la «Personnalité avec un handicap de l’année au Canada».

«Je crois que c’est la médaille dont je suis le plus fier, a-t-il dit, en référence à celle de l’Ordre du Canada. Une partie de ma carrière l’explique. Mais ce qui me rend le plus fier, aujourd’hui, c’est probablement l’évolution du mouvement (paralympique).»