Le président de BlueLeaf Barry Husk s’inquiète de la quantité de composés pharmaceutiques qui se retrouve dans l’eau potable des Québécois, particulièrement dans les municipalités rurales.

Le gouvernement ignore les résultats d’une étude sur l'eau potable

L’auteur d’une étude publiée en 2019 menée dans 19 municipalités de l’Estrie et du Centre-du-Québec prouvant qu’il y a des produits pharmaceutiques réputés cancérigènes dans l’eau potable déplore que le gouvernement du Québec fasse la sourde oreille face à ces résultats.

Cette étude a été menée par Barry Husk, de la firme BlueLeaf de Drummondville, et est cosignée par quatre chercheurs et professeurs de l’Université de Sherbrooke : Roland Leduc, Olivier Savary et Hubert Cabana, de la Faculté de génie, et Larissa Takser, du département d’obstétrique et de gynécologie de la Faculté de médecine. Les résultats ont été publiés dans le Water Quality Research Journal, en mai 2019. 

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Menée sur trois ans, l’analyse avait pour but d’examiner la présence de produits pharmaceutiques et de pesticides dans l’eau potable traitée de 19 municipalités de l’Estrie et du Centre-du-Québec (voir la liste ci-bas). Les chercheurs se sont particulièrement intéressés aux municipalités rurales qui s’approvisionnent à partir de sources souterraines. 

L’étude a tenté d’identifier les sources de contamination, la capacité des systèmes de traitement des eaux à éliminer ces contaminants et, enfin, à évaluer si l’eau consommée dans ces municipalités exposait la population à des contaminants précis.

Produits pharmaceutiques

Résultat : sur un total de 70 produits chimiques examinés, les chercheurs ont pu identifier neuf composés pharmaceutiques et six catégories de pesticides. La caféine, l’atrazine et le naproxène ont été les trois contaminants les plus fréquemment détectés dans 29 %, 24 % et 21 % des échantillons. 

Mais sa principale découverte réside dans la présence de deux produits pharmaceutiques dont les risques pour la santé humaine sont qualifiés de préoccupants : le cyclophosphamide, un cancérigène connu chez l’humain, et le fongicide thiabendazole.

La découverte de cyclophosphamide, détectée dans 49 échantillons, soit 16 %, est particulièrement inquiétante, selon Barry Husk.

 La cyclophosphamide est un médicament utilisé en chimiothérapie dans le traitement de certains cancers et pour affaiblir le système immunitaire. C’est aussi un médicament cytotoxique (cellules), génotoxique (gènes) et antinéoplasique, même à faible concentration. Nous l’avons détecté à plusieurs reprises et de manière cohérente au cours de cinq mois sur sept, dans plusieurs municipalités », soulignait M. Husk dans une entrevue accordée à La Tribune en 2019.

Certains perturbateurs endocriniens, tels que l’atrazine (utilisé en agriculture comme pesticide) et la carbamazépine (utilisé notamment dans le traitement de l’épilepsie), ont aussi été identifiés dans le cadre de cette étude. 

À noter qu’aucun produit pharmaceutique ni pesticide n’a été décelé dans les échantillons d’eau prélevés à Sherbrooke et Bury.

Les auteurs estiment que leur étude fournit des preuves que l’eau potable des petites communautés rurales du Québec, qu’elle provienne de sources souterraines ou de surfaces, peut contenir des concentrations mesurables de produits pharmaceutiques et de pesticides. Et que les autorités publiques devraient s’en préoccuper.


« J’ai reçu un accusé de réception du ministère de l’Environnement, c’est tout. »
Barry Husk

Des copies du rapport ont été envoyées à chacune des municipalités concernées ainsi qu’aux ministères de la Santé et de l’Environnement. 

« J’ai reçu un accusé de réception du ministère de l’Environnement, c’est tout », note M. Husk.

Aucune administration des 19 villes concernées par l’étude n’a contacté BlueLeaf afin d’avoir plus de détails. 

Sous l’insistance de M. Husk, Drummondville a accepté d’avoir une rencontre avec lui. 

« J’ai demandé une rencontre avec eux puisque les résultats étaient un peu plus inquiétants là-bas. Ce n’est pas surprenant puisque la Ville se trouve en bout de ligne du bassin versant de la rivière Saint-Francois donc Drummondville doit composer avec une eau plus polluée. Ils m’ont dit qu’ils prenaient note de nos observations », précise le président de BlueLeaf.

Deux classes de citoyens

S’il encourage les municipalités à investir dans leur usine d’eau potable afin d’offrir la meilleure eau à ses citoyens, M. Husk estime que c’est surtout au gouvernement de hausser ses exigences.

« De façon générale, il faudrait des normes plus sévères autant du côté de la surveillance que de la fréquence. Pour l’aspect de la surveillance, la question que nous devons nous poser, c’est surveillons-nous assez de produits? Au Québec, il y a une quarantaine de produits normés, qui peuvent être analysés, alors qu’il y a 100 000 produits créés par l’homme susceptible de se retrouver dans l’eau », fait valoir le Drummondvillois.  

Parmi les principales recommandations de l’étude, M. Husk rappelle l’importance de mettre sur un pied d’égalité tous les citoyens du Québec quant à la qualité de l’eau qu’ils consomment.

« Nous avons examiné des expositions relativement plus élevées dans les municipalités rurales principalement puisqu’elles puisent leur eau dans les eaux souterraines, qu’elles sont souvent situées en milieu agricole et à cause des fosses septiques qui sont un vecteur d’exposition aux produits pharmaceutiques que tout le monde consomme. Ironiquement, les municipalités de moins de 5000 personnes ont des exigences moins élevées en terme de fréquence de surveillance et de test. Ça crée deux classes de citoyens dont ceux en milieux ruraux qui sont plus sujets à une exposition plus élevée de contaminants, mais qui ont des exigences moins importantes quant à la qualité de leur eau », déplore le chercheur. 

Vocation sociale

BlueLeaf se définit comme une entreprise privée, à vocation sociale. Son objectif est d’apporter des solutions durables à des problématiques environnementales, tout en étant financièrement viables. Elle travaille en partenariat avec des organismes de conservation, les municipalités, les organismes gouvernementaux, les associations de lacs, les agriculteurs et les organismes de recherche.