La position du gouvernement sur la vaccination a changé du tout au tout en moins de 24 heures. L’inquiétude manifestée dans le réseau de la santé a forcé la ministre à battre en retraite.

Le gouvernement caquiste sème la confusion autour de la vaccination gratuite

QUÉBEC - Le début de la campagne de vaccination contre la grippe a donné lieu à un cafouillage monstre orchestré par la ministre de la Santé, Danielle McCann.

La position du gouvernement sur la vaccination a changé du tout au tout en moins de 24 heures. L’inquiétude manifestée dans le réseau de la santé a forcé la ministre à battre en retraite.

Jeudi, un premier communiqué à 8h30 émanant du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) indiquait clairement que «les enfants de 6 à 23 mois ainsi que les adultes de 60 à 74 ans, en bonne santé, ont été retirés» du programme de vaccination gratuite.

Puis à 18h05, un autre communiqué émanant cette fois du bureau de la ministre indique qu’il «renverse une décision du gouvernement précédent et annonce le maintien de la vaccination gratuite» pour ces groupes.

«La ministre ne s’est pas fait briefer. Tu ne peux pas avoir pire cafouillage», s’est exclamée une source proche du dossier à La Presse canadienne, vendredi.

L’Institut de santé publique bafoué

Le programme de vaccination contre la grippe avait été modifié par l’ex-gouvernement Couillard à la lumière des recommandations récentes d’experts de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Ils recommandaient de retirer les enfants de six à 23 mois et les adultes de 60 à 74 ans en bonne santé du programme de vaccination gratuite, car le risque pour eux de souffrir des complications de la grippe était considéré comme faible.

Il était toutefois prévu que les personnes appartenant à l’un de ces deux groupes puissent tout de même recevoir le vaccin gratuitement, si elles le demandaient.

Environ 400 Québécois décèdent de la grippe chaque année, et plus de 6000 sont hospitalisés. La très grande majorité d’entre eux ont 75 ans et plus.

En publiant sa «Révision du Programme d’immunisation contre l’influenza au Québec» en juin dernier, après plus de deux ans de recherches, l’INSPQ visait à réduire le nombre de décès et d’hospitalisations dans la province.

«On voudrait être les champions, on voudrait réussir à faire en sorte que ce qui est évitable au niveau des décès, des hospitalisations, on l’évite», a déclaré en entrevue le médecin épidémiologiste Gaston De Serres, l’un des auteurs de l’avis.

Surpris de la décision de la ministre, il maintient qu’il faut réorienter les efforts pour augmenter la couverture vaccinale chez les personnes âgées de plus 75 ans et celles atteintes de maladies chroniques, plutôt que de distribuer des vaccins à des gens en bonne santé.

«Ce rapport-là a été discuté avec l’ensemble des fédérations et des associations médicales, a déclaré le docteur De Serres. On a consulté l’association des pédiatres, l’association des gériatres, la fédération des omnipraticiens, la fédération des médecins spécialistes en microbiologie et infectiologie, l’association des infirmières, et ça a été endossé par l’ensemble de ces associations-là.»

Pourtant, jeudi, la ministre McCann, ancienne haute gestionnaire de l’Agence de santé et de services sociaux de Montréal, a balayé du revers de la main les recommandations de l’INSPQ, sans aucune explication ni justification.

«C’est sûr qu’on aurait aimé pouvoir expliquer nos recommandations, s’est désolé le docteur De Serres. On pense que c’est important que la ministre entende ses avis experts avant de prendre une décision.»

Le Comité sur l’immunisation du Québec existe depuis plus de 25 ans. Il est reconnu mondialement pour la qualité de ses avis, bien appuyés scientifiquement.

Le «consensus reconnu au Québec» est que la vaccination est importante, a pour sa part expliqué l’attaché de presse de Mme McCann, Alexandre Lahaie, vendredi.

«Il y en a qui ont dit que (les personnes âgées) sont plus à risque à 75 ans et plus, OK, mais ça ne veut pas dire que tu n’es pas à risque quand tu as 74 ou 73 ans, ça, la science ne dit pas ça», a-t-il poursuivi, en précisant que le changement se ferait, selon lui, à coût nul.

La ministre recule

En fin de journée vendredi, M. Lahaie rappelait ses interlocuteurs pour insister sur le fait que cette année serait une année de transition.

Une source a plus tard confié à La Presse canadienne que la journée avait «brassé» et que «tout le réseau avait appelé au bureau de la ministre pour dire: «Attendez, on ne comprend pas».»

Danielle McCann se préparerait d’ailleurs à annoncer qu’elle reviendra à la case départ, c’est-à-dire à la position de l’ancien gouvernement libéral.

L’épisode vient clore une semaine remplie de volte-face pour le nouveau gouvernement caquiste.

Mercredi, il a finalement renoncé à relancer l’aventure des hydrocarbures sur l’île d’Anticosti.

Le premier ministre François Legault s’est ainsi trouvé à rabrouer son ministre des Ressources naturelles, Jonatan Julien, le jour même où il avait dit, quelques heures plus tôt, que le gouvernement allait examiner les projets dans l’éventualité où il y en aurait.

Le gouvernement a également annoncé qu’il interdira à tous les fonctionnaires de porter le tchador, le niqab et la burka, dans un projet de loi qu’il déposera «rapidement», mais du même souffle, M. Legault a répété que ce n’est «pas une priorité».