Le futur de la lutte contre les feux de forêt se prépare

Pompiers avec des casques 3D, drones, intelligence artificielle : les nouvelles idées pour combattre les feux de forêt pullulent depuis quelques années. Incursion dans le futur de la lutte contre les incendies.

Imaginez un centre de crise contre les incendies en forêt dans dix ans. Des gestionnaires sont autour d’une table. Ils portent tous un casque de réalité augmentée sur la tête. Ils ont accès aux prévisions météorologiques, à la position des pompiers et des avions, au relief du terrain et à la température du brasier, tout ça en temps réel, grâce à leur casque.

Voilà le projet qu’a mis sur pied Marc Pavreau, un ancien étudiant en informatique de l’Université du Québec à Rimouski.

« Avec les catastrophes naturelles qui se sont amplifiées au cours des dernières années, on a voulu créer une technologie pour aider les intervenants dans la lutte », explique le chercheur.

Les pompiers sur le terrain pourraient aussi porter des casques qui leur indiqueraient la direction à prendre, les zones à prioriser, les actions à poser. Cette technologie permettrait de réagir mieux et plus vite aux situations. « L’idée est de pouvoir intégrer n’importe quel type de données », affirme Marc Pavreau.

Pour l’instant, le projet est en développement. L’informaticien est à la recherche de partenaires pour l’amener plus loin.

Intelligence artificielle

Chaque année, les organisations qui luttent contre les feux récoltent un grand nombre de données sur les incendies : leur taille, le relief du terrain, le type d’arbres, le vent et le taux d’humidité, pour ne nommer que ceux-là.

Il est très difficile de prévoir le comportement des incendies avec ces données. Leur nombre et leur complexité rendent la tâche titanesque.

Mais peut-être pas pour longtemps. Des chercheurs au Canada planchent sur des programmes d’intelligence artificielle qui permettraient de mieux connaître les feux.

C’est sur ce genre de projet que travaille Marc-André Parisien, chercheur scientifique au Centre de foresterie de Ressources naturelles Canada.

« L’intelligence artificielle est conçue pour identifier les conditions et les situations d’éclosion d’un feu. On peut vraiment prédire plein de choses », explique M. Parisien.

La direction du feu et son évolution dans le temps peuvent ainsi être calculées.

La technologie peut aussi être utilisée pour coordonner les interventions sur le terrain. Il est possible de savoir quelles zones prioriser et à quel moment.

Pour l’instant, les outils sont surtout utilisés pour faire des prédictions à long terme. Dans les prochaines années, il se pourrait que l’intelligence artificielle soit intégrée dans la lutte directe contre les incendies.

« Mais l’humain ne sera jamais remplacé, assure M. Parisien. Il y a des gens qui travaillent depuis 30 ans pour combattre des feux. Il n’y a pas un modèle mathématique qui peut remplacer ça. »

Drones

Un groupe de recherche de l’Université Concordia travaille depuis 2013 sur des drones capables de détecter plus rapidement les feux que les satellites. « L’idée serait d’avoir des drones qui survolent la forêt 24 heures sur 24, sept jours sur sept, explique Youmin Zhang, ingénieur aérospatial à l’Université Concordia. Les drones pourraient détecter la fumée et prévenir directement la SOPFEU. »

Ces drones sont équipés de caméras infrarouges leur permettant de détecter facilement les zones chaudes. Des senseurs placés sur l’engin enregistrent un grand nombre de données, lesquelles peuvent être utiles aux pompiers durant la lutte. Ces informations pourraient prévoir la direction du brasier et son intensité dans le temps.

Pour l’heure, les drones doivent être contrôlés par un pilote au sol. À terme, le but est de les rendre complètement autonomes.

M. Zhang travaille aussi à l’élaboration de drones plus gros, qui pourraient être utilisés comme avions-citernes. Cette innovation permettrait de réduire les risques courus par les pilotes.

Ces changements dans la lutte aux incendies pourraient arriver dans un horizon de cinq à dix ans, estime M. Zhang.