Le ministère public soutient que Jonathan Rochette et ses complices ont écoulé des milliers de comprimés de drogue en 2016, au point où ils devaient utiliser des poches de hockey pour les trimbaler.

Le code du monde interlope

Stach, sneak, runner, purette, marocain. Chers jurés, vous venez d’entrer dans l’univers de Jonathan Rochette, dit Flo, accusé d’avoir géré un véritable magasin à grande surface de stupéfiants.

La voix du procureur de la Couronne Me Juan Manzano se fait rassurante. À l’aube d’un procès qui doit durer pas moins de six semaines, le représentant du ministère public sait que les 12 jurés assis devant lui seront déstabilisés par le vocabulaire, les codes du monde interlope. Qu’ils vont devoir absorber des éléments de preuve en apparence disparates.

«Au début, ça va vous paraître aride, mais tout finit par s’éclaircir», promet Me Manzano.

La thèse de la poursuite est simple; Jonathan Rochette, 32 ans, était le gérant d’un imposant réseau de vente de drogue dure, de cocaïne et de méthamphétamines principalement. Attention, prévient le procureur; entre eux, les trafiquants utiliseront des termes beaucoup plus imagés pour décrire les stupéfiants, comme purette et marocain.

Le ministère public soutient aussi que Rochette et ses complices n’étaient pas des petits vendeurs du dimanche; ils auraient transigé des milliers de comprimés de drogue en 2016 et devaient utiliser des poches de hockey pour les trimbaler.

Selon la Couronne, le réseau de Rochette était assez gros pour avoir besoin de quatre caches de drogue, appelées stach, dans quatre logements de Québec.

Les policiers ont fait installer des caméras qui ont filmé en continu, pendant quelques mois, les allées et venues autour de ces caches. Les jurés regarderont ces images. «Portez attention à qui entre dans les caches et à la façon dont les gens sont habillés», suggère Me Manzano aux jurés.

Munis d’un mandat, les policiers de la police de Québec, associés à l’escouade nationale de répression du crime organisé, ont aussi pu faire des entrées subreptices (sneak) dans les caches pour prendre des photos et saisir des échantillons de drogue.

Plusieurs policiers spécialisés en installation de caméras ou en infiltration viendront témoigner au cours du procès. Le public et les journalistes ne verront pas leurs visages, car une rangée de paravents gris protégera leur anonymat et leurs futures enquêtes.

Les premiers techniciens chargés d’installer et de récupérer les caméras, à l’insu des suspects, ont commencé à témoigner mardi. Souvent mal à l’aise, ils sont peu loquaces, protégeant jalousement ce qui peut être une technique d’enquête.

Des livreurs de drogue, appelés les runners vont raconter leur métier. Ils expliqueront où ils allaient chercher la drogue et de qui ils prenaient leurs ordres. De Flo, le surnom de Rochette, selon les allégations de la poursuite.

Deux autres accusés

Une complice alléguée, Peggy Gagnon, subit son procès en même temps que Jonathan Rochette. Selon la poursuite, Mme Gagnon était chargée de séparer la drogue en sac de 500 ou de 1000 comprimés, pour accélérer la livraison.

Le jury devra aussi décider du sort d’un troisième accusé, Antoine Lévesque. Selon la poursuite, Lévesque était le bras droit de Jonathan Rochette, qui l’aurait chargé de déménager une cache de drogue.