Le directeur du Devoir, Brian Myles, le président d’Hebdos Québec, Benoît Chartier, le vice-président de Métro Média, Andrew Mulé, la directrice principale de l’information à La Presse, Florence Turpault-Desroches, et le président-directeur général du Groupe Capitales Médias, Claude Gagnon, ont participé à une table ronde sur la tempête qui bouleverse le monde des médias écrits.

Le bon journalisme traversera-t-il la tempête?

«On est prêt à partir tous les matins et à aller se chercher un café à 2$, 3$ et 4$ au coin de la rue, mais on n’est pas prêt à payer 0,75$ pour avoir un journal qui est travaillé par des centaines de personnes, livré à la maison par un camelot motorisé — il vient porter ça dans ta boîte aux lettres. Voyons, il y a un non-sens total!», s’est exclamé le président-directeur général du Groupe Capitales Médias, Claude Gagnon, lors d’un panel qui lançait le congrès annuel de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), samedi, à Québec.

Cette intervention, qui a valu à M. Gagnon une salve d’applaudissements, faisait référence à la difficulté qu’ont les médias de la presse écrite à vendre leur information lorsqu’ils sont en compétition avec des plateformes numériques comme Facebook et Google.

Ces géants sont entre autres à la base de la crise dans laquelle se trouvent les médias depuis quelques années. Elle est décrite par certains comme «la tempête du siècle».

Dans le but de reconquérir les publicitaires qui ont migré vers des plateformes numériques pour annoncer, des alliances entre médias de la presse écrite sont sur la table pour développer et mettre en commun des outils pouvant fournir davantage d’informations sur le lectorat.

Malgré ces efforts, des mesures législatives devraient être prises contre les géants du web «qui ne sont pas de bons citoyens corporatifs» pour les obliger à payer des taxes sur leur chiffre d’affaires, comme le gouvernement de la Grande-Bretagne songe à le faire, estime Benoît Chartier, président d’Hebdos Québec.

Aide financière «saine et légitime»

L’aide financière annoncée en cours de semaine par le gouvernement fédéral était attendue depuis longtemps par les entreprises médiatiques. Plusieurs d’entre elles ont fait de nombreuses représentations par le passé auprès d’Ottawa pour que l’État vienne en aide à la presse qui vit des difficultés.

«Tout le monde a réalisé qu’on n’était plus vraiment des concurrents devant cette menace de la Silicon Valley. On avait intérêt à travailler ensemble et non pas les uns contre les autres», a raconté Brian Myles, directeur du journal Le Devoir.

Selon lui, ce financement sous forme de crédits d’impôt remboursables est «sain et légitime», répliquant ainsi aux critiques des conservateurs à la Chambre des communes qui accusent les libéraux d’avoir acheté les médias à l’approche des élections. «C’est très mal connaître le fonctionnement des salles de rédaction», a-t-il poursuivi.

Même s’il croit que «c’est du carburant à court terme», Claude Gagnon voit dans cette aide un important changement d’attitude des politiciens. «Avant le gouvernement nous disait que c’est un vieux modèle d’affaires qu’il faut laisser disparaître par lui-même pour le remplacer par un nouveau modèle. [Maintenant], on dit que les médias d’information, les journaux entre autres, sont des éléments essentiels à la démocratie», a-t-il expliqué.

Concernant le comité indépendant qui aura la tâche de déterminer les critères d’admissibilité au nouveau crédit d’impôt, Brian Myles précise que «les critères ne seront pas définis sur mesure pour plaire à chacun d’entre nous». Ils devront être suffisamment larges pour être universels, mais assez précis pour prévenir qu’il s’agisse d’un «buffet ouvert, parce que demain matin si on finance la production de vidéo de chats, on a un problème.»

L'information, bien commun ou de consommation?

À la question thème du congrès de la FPJQ, le bon journalisme traversera-t-il la tempête?, «la réponse c’est non», selon le directeur du Devoir. «C’est pas vrai que si je construis un stade au milieu du champ, il va se remplir tout seul. Il ne suffit plus de faire du bon journalisme, il faut aussi être capable de faire des contenus pour les bonnes audiences.»

Ceci étant, tous les panélistes s’entendent pour dire qu’il peut y avoir une conciliation entre l’information comme bien commun et comme bien de consommation.

Florence Turpault-Desroches, directrice principale de l’information à La Presse et Andrew Mulé, vice-président de Métro Média, participaient aussi à cette table ronde.

Dimanche, une Charte de la transparence sera symboliquement déposée par la Fédération à l’Assemblée nationale.