Ce n’est pas d’hier que l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec plaide en faveur du baccalauréat obligatoire pour les infirmières.

Le baccalauréat obligatoire pour les infirmières?

Fraîchement élu, le nouveau président de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), Luc Mathieu, vient de relancer l’épineux débat sur la formation des infirmières qu’il faut, selon lui, rehausser afin de répondre aux besoins du réseau de la santé. À la Fédération de la santé du Québec (FSQ-CSQ), on accuse M. Mathieu de rendre les infirmières détentrices d’un seul diplôme collégial «responsables de la pénurie qui accable les établissements de santé».

Dans son premier éditorial publié sur le site de l’OIIQ, Luc Mathieu, qui a amorcé son mandat le 5 novembre, remet en question l’hypothèse d’une pénurie d’infirmières. Il rappelle que son ordre professionnel délivre depuis sept ans plus de 3000 nouveaux permis par année, tout en soulignant que seulement 58,5 % de l’effectif infirmier et 20 % de la relève travaille à temps complet.

«D’un côté, l’Ordre constate qu’il y a un potentiel d’infirmières et d’infirmiers disponibles à l’emploi au Québec. De l’autre, plus de la moitié des établissements du réseau de la santé partent en campagne de recrutement en France avec une cible d’embauche de 333 membres de la profession infirmière en raison, notamment, d’un manque d’infirmières cliniciennes et infirmiers cliniciens», expose le nouveau président de l’OIIQ.

Luc Mathieu laisse entendre que si les établissements vont recruter en France alors que 80 % de la relève ne travaille qu’à temps partiel, c’est parce qu’ils souhaitent embaucher des infirmières cliniciennes qui répondraient mieux aux besoins du réseau de la santé, leur formation universitaire étant plus en adéquation avec les besoins de santé de plus en plus complexes de la population.

«Cette pénurie serait-elle le symptôme d’un enjeu non réglé au Québec? Pour enrichir notre analyse, on peut aussi considérer le fait que 93 % des diplômés du baccalauréat en sciences infirmières occupent un emploi à la fin de l’année de l’obtention du permis, alors que c’est le cas de 85 % des diplômés du DEC», souligne le président de l’Ordre.

Formation rehaussée

S’il reste convaincu que la formation collégiale «fait partie de la solution», M. Mathieu croit aussi qu’elle doit être rehaussée pour permettre aux infirmières de répondre aux besoins du réseau.

«Tous les profils sont bons : deux ans en précollégial et trois années à l’université ou trois ans en soins infirmiers et deux ans en formation universitaire (passerelle DEC-BAC). Il faut cinq ans aujourd’hui pour acquérir une formation complète!» souligne-t-il.

Luc Mathieu rappelle au passage que le Québec fait figure d’exception, les infirmères dans le reste du Canada étant titulaires d’un baccalauréat.

La sortie de M. Mathieu a fait réagir la présidente de la FSQ-CSQ. «À l’heure où les infirmières du Québec sont épuisées et que plusieurs sont malades à force de porter sur leurs épaules le poids de la désorganisation de notre système de santé, le nouveau président de l’OIIQ en rajoute. Il rend un grand nombre d’entre elles responsables de la pénurie d’infirmières qui accable les établissements de santé», dénonce Claire Montour dans une lettre publiée dans Le Soleil en fin de semaine.

Autant d’entrées que de sorties

Mme Montour rappelle que le nombre d’infirmières qui quittent la profession est presque aussi élevé que celles qui y entrent. En 2017-2018, le nombre de sorties a même dépassé le nombre d’entrées, souligne-t-elle.

Selon la présidente de la FSQ-CSQ, même si la majorité des infirmières qui quittent leur profession prennent leur retraite, un nombre presque aussi élevé part pour d’autres raisons. «Comment se fait-il qu’année après année, des centaines d’infirmières abandonnent la profession? Pourquoi ne réussit-on pas à les retenir?» demande-t-elle.

Claire Montour estime du reste que si un grand nombre d’infirmières préfèrent travailler à temps partiel, c’est pour éviter de subir le stress et la surcharge occasionnés par le milieu de travail, et non parce que leur formation collégiale est insuffisante. «Il faudrait que l’OIIQ et son président cessent de s’attaquer aux infirmières diplômées collégiales pour expliquer la pénurie structurelle. Et qu’ils cessent de laisser croire que la garantie de soins de santé de qualité et sécuritaire ne passe que par des infirmières de niveau universitaire.»

Ce n’est pas d’hier que l’OIIQ plaide en faveur du baccalauréat obligatoire pour les infirmières. En janvier 2014, le ministre de la Santé de l’époque, Réjean Hébert, avait dit non à la proposition de l’Ordre, évoquant l’absence de consensus au sein du groupe de travail qui s’était penché sur cette question.