Jean-Claude Picard
Jean-Claude Picard

L’ancien journaliste et professeur Jean-Claude Picard s’éteint

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
Toute une génération de journalistes de Québec a une pensée pour son ancien professeur Jean-Claude Picard de l’Université Laval, décédé chez lui à St-Romuald. Si d’anciens collègues et amis se souviennent du grand journaliste au talent inégalable pour raconter des histoires, d’anciens étudiants voient en ce professeur sévère, mais passionné, une figure de mentor inoubliable.

Avant de devenir l’un des «piliers» du département d’information et de communication de l’Université Laval, Jean-Claude Picard a pratiqué le métier de journaliste pendant plus de 20 ans. Il a notamment été courriériste parlementaire pour Le Soleil et Le Devoir. Orateur hors pair, il a aussi fait les revues de presse matinales à la radio de Radio-Canada avant de devenir patron dans la salle des nouvelles de Radio-Canada Québec. 

Journaliste rigoureux, il déplorait le mélange de plus en plus fréquent entre l’opinion et la nouvelle, raconte Thierry Watine, professeur, ancien collègue et ami de M. Picard. «Dans son cours Initiation au journalisme écrit, Jean-Claude avertissait toujours ses élèves de ne pas mettre de commentaire dans leur nouvelle. “Revenez-en aux faits, rien que les faits, toujours les faits”, c’était ce qu’il disait», indique l’enseignant.

Passionné par son métier, M. Picard a animé et dirigé L’Exemplaire, le média-école des étudiants en journalisme de l’Université Laval, peu de temps après sa création. Avec son collègue François Demers, ancien journaliste et professeur, il a notamment contribué au virage numérique du média étudiant.

Que ses étudiants écrivent pour L’Exemplaire ou pour un média national, M. Picard leur apprenait la bonne «posture journalistique» à adopter. Avec sa vision très lucide du métier, il montrait la réalité du terrain et les «bons réflexes à avoir», précise Valérie Gaudreau, rédactrice en chef du Soleil et ancienne élève de M. Picard.

«Jean-Claude Picard a marqué toute une génération de journalistes à Québec ainsi que tous ceux qui sont passés par le département d’information et de communication de l’Université Laval», ajoute-t-elle.

«Un amoureux de la vie»

En parlant de son ami, Thierry Watine se souvient de l’homme qui, malgré sa façade «bourrue», était « un amoureux de la vie », qui aimait boire, manger et voyager.

Il y a quelques années, après un congrès de la FPJQ à Saint-Adèle, se remémore M. Watine, Jean-Claude Picard, accompagné de sa femme Micheline Paradis, lui avait proposé d’aller souper dans un restaurant «Relais & Châteaux» du coin, bien au fait que la facture risquait d’être «un peu» salée.

Malgré les 400 $ en moins, M. Watine garde un bon souvenir de cette soirée où M. Picard, à son habitude, lui a raconté moult histoires divertissantes. «C’était une excellente soirée et un excellent repas. Et pour toutes les histoires de Jean-Claude, j’aurais même été prêt à payer le double», lance-t-il en riant, tout en soulignant les nombreux voyages et la «culture encyclopédique» de son bon ami.

Un homme engagé

Florian Sauvageau, ancien journaliste et professeur émérite de l’Université Laval,  partage plus de cinquante ans d’histoire avec M. Picard. Il se rappelle son ancien collègue et ami comme d’un «homme d’action, rempli d’enthousiasme, qui avait toujours besoin d’avoir de grands projets en cours». Selon M. Sauvageau, Jean-Claude Picard venait tout récemment de trouver son prochain projet : écrire la biographie de Gérald Godin.

«Grand indépendantiste», M. Picard a d’ailleurs publié, en 2003, la biographie du Dr Camille Laurin, L’homme debout, livre pour lequel M. Picard a reçu le prix de «la Présidence de l’Assemblée nationale 2004».

Malgré l’importance de la politique québécoise dans la carrière de M. Picard, ses étudiants occupaient une grande place depuis ses débuts à l’université en tant que professeur, souligne M. Sauvageau.

Depuis sa retraite, en 2015, et jusqu’à tout récemment, M. Picard s’impliquait d’ailleurs auprès du magazine de rue, La Quête, où il offrait bénévolement ses connaissances aux jeunes journalistes de l’équipe, explique Valérie Gaudreau en terminant.