Les Sud-Coréens ont causé la surprise en battant et en éliminant les Allemands, champions en titre.

L'Allemagne éliminée par la Corée du Sud

KAZAN — L’adage qui veut que l’Allemagne gagne toujours à la fin ne vaut plus. Le champion du monde en titre s’est incliné 2-0 mercredi contre la Corée du Sud et est éliminé.

C’est d’autant plus incroyable que la grande Allemagne a toujours été au moins demi-finaliste depuis 2002! De plus, la Mannschaft n’avait jamais quitté le Mondial avant les quarts depuis son retour en Coupe du monde en 1954 et sa dernière élimination en phase de groupes remontait à 1938.

La lecture du classement final du groupe F laisse pantois. L’Allemagne est dernière, la Suède (1re) et le Mexique (2e) se qualifient pour les huitièmes de finale, tandis que les Sud-Coréens quittent également le tournoi, mais devant les champions déchus.

«Dans le vestiaire, c’est une gigantesque déception, un silence de mort», a révélé le sélectionneur Joachim Löw. «L’équipe a perdu plus qu’un match, beaucoup de ce que nous avions construit depuis des années.» Les médias allemands en ligne ont été très virulents, parlant de «honte historique»

La quadruple championne mondiale a concédé le premier but après recours à l’assistance vidéo à l’arbitrage à Kim Young-gwon (90e+2), avant que Son Heung-min n’éteigne le suspense en contre (90e+6). «Je me sens très bien, mais en même temps un peu vide. Hier [mardi], nous avions dit que nous n’avions que 1 % de chance de gagner. J’ai dit à mes joueurs que c’était un dernier effort pour eux, et de lutter jusqu’à la fin», a indiqué Shin Tae-yong, sélectionneur de la Corée du Sud.

«L’Allemagne est le champion en titre et l’équipe no 1 au classement de la FIFA», a-t-il ajouté. «J’ai pensé aux erreurs que pourraient faire les Allemands en pensant qu’ils allaient nous battre. J’ai pensé que nous pouvions utiliser cela comme une stratégie et nous avons vu juste. [...] Comme nous avons gagné, nous pouvons dire que tout a fonctionné comme prévu.» 

Le huitième de finale tant attendu entre Allemagne et Brésil pour la revanche du célèbre 7-1 en demi-finale du Mondial-2014 n’aura donc pas lieu. La désillusion est d’autant plus cruelle pour l’Allemagne, qui peut surtout regretter sa défaite inaugurale de 1-0 contre le Mexique.

Trouver des réponses

Le fruit, peut-être, d’une pression trop grande ou d’un manque de repères entre les historiques et la jeune génération, qui avait pourtant gagné un an plus tôt la Coupe des confédérations. Elle va devoir maintenant trouver les raisons d’un échec historique.

Certaines se trouvent tout simplement sur le terrain, avec une défense instable et l’absence d’un véritable buteur. D’autres seront probablement à chercher dans la préparation et l’agitation extra-sportive qui a perturbé l’équipe ces dernières semaines, notamment la polémique autour de la «loyauté» des joueurs d’origine turque Ilkay Gündogan et Mesut Özil.

Depuis qu’ils avaient rencontré le président turc Recep Tayyip Erdogan — il a été réélu dimanche, — l’Allemagne s’est déchirée pour savoir si ses enfants d’immigrés étaient loyaux ou non au maillot de l’équipe nationale. Les joueurs avaient beau assurer qu’ils pouvaient faire abstraction des polémiques politiques, ils ont été confrontés pendant des semaines en conférence de presse et en entrevue aux mêmes questions sur «l’affaire». 

L’encadrement a bien tenté de déminer, mais le sélectionneur Löw l’a avoué : les deux joueurs «ont souffert» de cette affaire.

+

RENDEZ-VOUS RATÉ AVEC L'HISTOIRE

Joachim Löw aurait pu devenir le premier sélectionneur à remporter deux Coupes du monde de suite. Hélas, le rendez-vous avec l'historique est complètement raté.

En poste depuis 2006, prolongé récemment jusqu’à 2022, Joachim Löw, l’élégant et flegmatique sélectionneur de la Mannschaft, aurait pu entrer dans l’histoire du foot en remportant une deuxième Coupe du monde consécutive. C’est complètement raté.

Le technicien allemand de 58 ans, sacré champion du monde en 2014 au Brésil, pouvait devenir en Russie le premier coach depuis la Seconde Guerre mondiale à remporter deux Coupes du monde d’affilée. Le seul à l’avoir fait avant lui est l’Italien Vittorio Pozzo, en 1934 et en 1938. Une autre époque, mais ce record tient donc toujours.

Véritable star dans son pays, sa renommée a depuis longtemps dépassé le cadre sportif. Löw est une sorte d’icône glamour, entre pubs pour des cosmétiques et tenues vestimentaires scrutées, au point que le pull bleu à col en V qu’il portait lors de la Coupe du monde 2010 sud-africaine ou sa chemise cintrée de 2014 ont été rapidement en rupture de stock au pays.

Il est aussi très apprécié pour le calme olympien qu’il conserve en toutes circonstances. Il n’a pas dérogé à cette attitude après avoir été humilié par la Corée du Sud mercredi à Kazan (défaite de 2-0). Cette placidité s’est traduite dans la gestion de la Mannschaft. Il a ainsi introduit le yoga dans ses entraînements en sélection.

Pourtant, sous cette sérénité apparente, la soif de titres de «Jogi», surnom hérité des séances de yoga, est loin d’être étanchée. Attaquant assez quelconque pendant sa carrière de joueur, Löw n’aime rien tant que les défis. La question de son éventuel départ va évidemment revenir dans les prochains jours au sujet de ce technicien qu’on dit constamment sollicité par les plus grands clubs. Restera-t-il au contraire pour mener sa sélection jusqu’au Mondial 2022 au Qatar?

+

LA MALÉDICTION DES CHAMPIONS

L’expression piteuse de ce fan assis dans une place publique de Hambourg représente bien la désolation qu’a éprouvée le peuple allemand, mercredi, après l’élimination-choc de leur sélection nationale.

L’Allemagne est tombée! Sortie d’un Mondial au premier tour pour la première fois de l’après-guerre, elle a été victime du syndrome moderne des tenants du titre, qui a frappé quatre des cinq champions du monde au XXIe siècle.

Avant cette série noire, seuls l’Italie en 1950 et le Brésil en 1966 avaient été éliminés de la Coupe du monde dès la phase de groupes.

1934 : L’Uruguay boude l’Europe

C’est la seule fois dans l’histoire qu’un vainqueur n’a pas défendu sa couronne. Vexés de l’absence des principales nations européennes lors de la première édition du tournoi en Uruguay, les champions du monde décident de boycotter la deuxième édition, organisée en Italie.

1950 : L’Italie en deuil

Le 4 mai 1949, l’avion qui transporte la grande équipe du Torino s’écrase. Huit internationaux italiens sont tués. Un an plus tard, la Squadra Azzura, encore sous le choc, dispute le Mondial au Brésil. À la suite du forfait de l’Inde, l’Italie joue dans un groupe de trois, dont seul le premier se qualifie. Elle perd d’entrée 3-2 contre la Suède et bat ensuite le Paraguay, mais la Suède termine en tête.

1966 : Pelé fait une pause

Après les triomphes de 1958 et de 1962, et avant le troisième titre de 1970, le Brésil rate son Mondial en Angleterre. Malgré une victoire inaugurale contre la Bulgarie (2-0), la Seleçao s’incline 3-1 au deuxième match contre la Hongrie, sans son génie Pelé, matraqué par les défenseurs bulgares et insuffisamment remis. Au troisième match, malgré Pelé, le Brésil chute 3-1 contre le Portugal d’Eusebio, qui sera sacré meilleur joueur du tournoi.

2002 : La France humiliée en Corée

Championne du monde et championne d’Europe, la France arrive en Corée du Sud convaincue d’avoir la meilleure équipe de la planète. Privée de Zinédine Zidane, blessé, elle tombe de très haut dès son match inaugural, perdu 1-0 contre le Sénégal. Elle concède ensuite un nul sans but à l’Uruguay, toujours sans Zidane, et finit par une défaite de 2-0 contre le Danemark. Un point, aucun but marqué : le pire résultat de tous les temps d’un champion sortant.

2010 : L’Italie hors du coup

Les cadres n’ont sans doute pas été suffisamment renouvelés, et l’Italie vieillissante ne parvient jamais à entrer dans le Mondial. Elle commence par deux nuls de 1-1, contre l’accrocheur Paraguay et la modeste Nouvelle-Zélande. Dans un troisième match fou contre la Slovaquie, elle livre enfin un beau baroud d’honneur, mais s’incline finalement 3-2. Elle termine dernière de son groupe.

2014 : Espagne, la chute de la royauté

Les Espagnols sont les maîtres du monde depuis quatre ans, et restent sur deux victoires à l’Euro et une au Mondial. Versés dans un groupe très difficile, ils sont corrigés d’entrée 5-1 par les Pays-Bas, qu’ils avaient battus en finale quatre ans plus tôt. La Roja est éliminée dès le deuxième match, battue 2-0 par le Chili, une équipe séduisante au sommet de sa forme. La victoire pour l’honneur de 3-0 contre l’Australie ne constitue même pas une consolation.

+

UNE PHRASE QUI NE TIENT PLUS

Gary Lineker, auteur en 1990 d’une phrase devenue proverbiale sur l’Allemagne «qui gagne toujours à la fin», a modifié pour de bon sa fameuse citation après l’élimination surprise de la Mannschaft du Mondial 2018. «Le football est un jeu simple. Vingt-deux joueurs courent derrière un ballon pendant 90 minutes et à la fin, ce n’est plus toujours l’Allemagne qui gagne. L’ancienne version appartient désormais à l’histoire», a écrit l’ancien attaquant international britannique sur son compte Twitter, mercredi.

En 1990, l’année du troisième titre mondial des Allemands, Lineker avait lancé : «Le football est un jeu où 22 types courent après un ballon, et à la fin c’est l’Allemagne qui gagne». Samedi, il avait déjà dû revoir un peu sa célèbre phrase à la suite de la victoire in extremis de l’Allemagne face à la Suède (2-1). «Le football est un jeu simple, 22 types courent après un ballon pendant 82 minutes, puis les Allemands ont un joueur expulsé, alors 21 types courent après un ballon pendant 13 minutes et à la fin les Allemands se démerdent pour gagner!» avait-il alors tweeté.