Pourquoi aucun avertisseur de fumée n’a-t-il retenti à l’apparition des flammes au 12 Deragon la nuit de lundi à mardi?

L’alarme d'incendie avait été inspectée

Des questions importantes restent en suspens trois jours après l’incendie majeur qui a détruit trois immeubles à l’angle des rues Deragon et Principale, à Magog. L’une des plus préoccupantes concerne le système d’alarme incendie de l’édifice qui était situé au coin des deux rues.

Selon ce qu’ont rapporté des témoins, le système d’alarme ne s’est jamais déclenché quand les flammes ont commencé à se propager vers 3 h 30 du matin mardi, et ce, bien qu’un locataire ait tenté de l’actionner manuellement.

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Le sommeil léger héroïque d'un sonneur d'alarme

Si tous les locataires ont pu s’en tirer indemnes, ils le doivent à deux d’entre eux, William Thériault-Venne et Sofyanna Brown, qui ont entrepris de réveiller tous leurs voisins dans l’immeuble afin qu’ils évacuent rapidement. La Ville de Magog a d’ailleurs salué la bravoure et le sens civique de ces deux personnes.

Pourquoi aucun avertisseur n’a-t-il retenti à l’apparition des flammes? Le propriétaire de l’immeuble de 13 logements et 5 commerces est-il en cause? Ou est-ce plutôt le fruit d’une défaillance technique?

D’après les informations obtenues par La Tribune, le système d’alarme de l’immeuble avait été vérifié par le Groupe sécurité Alarma l’hiver dernier. Un rapport rédigé par Alarma le 1er mars avait été transmis au service incendie de Magog.

« J’étais moi-même avec cette firme quand les vérifications ont été faites dans mon immeuble. On m’avait dit que tout mon système d’alarme était conforme », assure Louis Plante, propriétaire du 12 Deragon.

Directeur du service de protection contre les incendies de la Ville de Magog, Sylvain Arteau confirme que l’immeuble en question ainsi que son système d’alarme avaient été jugés conformes. 

« Nous avons produit un rapport d’inspection le 22 mai dernier concernant ce bâtiment. Il y avait de petits points à corriger, mais le système d’alarme n’en était pas un », affirme M. Arteau.

On pense que le courant avait été interrompu par la chute d’un poteau électrique. Mais pourquoi une source d’appoint n’a-t-elle pas pris la relève?

Considérant que le bâtiment a été complètement rasé par les flammes, il est possible qu’on n’obtienne jamais de réponse. Il se peut néanmoins que le système d’alarme ait tout simplement flanché après la chute du poteau électrique, qui a pu entraîner un court-circuit ou un embrassement spontané.

« Il me manque des détails pour arriver à une conclusion hors de tout doute. Par contre, selon un ingénieur de ma compagnie d’assurances, ça arrive souvent que tout saute dans des circonstances semblables », déclare Louis Plante.

Quoi qu’il en soit, M. Plante était fier d’avoir acquis, en février dernier, cet immeuble à l’angle Deragon-Principale, lequel figurait parmi les plus intéressants du centre-ville de Magog au plan architectural. Il se demande aujourd’hui s’il optera pour la reconstruction ou la vente du terrain.

« J’ai tout de suite pensé aux gens qui habitaient là quand j’ai su que le feu ravageait le bâtiment. J’espérais qu’il n’y ait pas de blessés. Une des premières choses que j’ai faites, ça a été d’aller voir les sinistrés. »

Thetford Mines à la rescousse

On s’en doute, Thetford Mines n’a pas dépêché plusieurs pompiers à Magog mardi. Mais, quand le service de protection contre les incendies de la Ville de Magog lui a demandé son aide, la municipalité a répondu présente.

« On a un compresseur dans la caserne pour remplir des bonbonnes d’air pour nos équipes sur le terrain. Malheureusement, à cause de la fumée à l’extérieur le jour de l’incendie, il a cessé de fonctionner parce qu’il capte une partie de son air dehors. Ça nous a obligés à aller vers un plan B », révèle Sylvain Arteau, directeur du service de protection incendie de Magog.

Le service incendie de Sherbrooke a rendu des bonbonnes disponibles pour l’opération. Mais, au bout d’un moment, il a cessé d’en fournir de peur d’être mal pris advenant qu’un feu d’importance éclate sur son territoire. Des efforts ont alors été déployés pour en dénicher d’autres, mais on ne trouve pas toujours ce genre d’équipement en claquant des doigts.

Sylvain Arteau

À ce sujet, le grand patron du service incendie de la Ville de Magog note que ce ne sont pas toutes les municipalités qui sont munies de compresseurs permettant de remplir des bonbonnes d’air. Il s’agit notamment d’un équipement dispendieux.

« Les bonbonnes de Thetford Mines sont arrivées vers la fin de notre intervention et, bien franchement, c’était surtout pour nous soutenir si un second feu commençait sur notre territoire. C’est malgré tout un coup de main qui a été apprécié », assure Sylvain Arteau.