Six chats ont été abandonnés par leur maître à la SPA des Cantons le 24 décembre dernier.

L'adoption d'un animal à Noël, un geste impulsif à éviter

Si la SPA des Cantons a connu une hausse d’abandons des animaux de compagnie pendant les Fêtes, les refuges Chatmoureux et la SPCA Montérégie appréhendent des retours de chats et chiens adoptés impulsivement vers la mi-janvier.

Après le mois de juillet et la période des déménagements, le temps Fêtes a été la pire période en termes d’abandons à la SPA des Cantons.

Quelques refuges de la région ont d’ailleurs interdit l’adoption à partir du 20 décembre afin d’éviter que ces petites bêtes poilues soient offertes en cadeau de Noël.

« On travaille pour le bien-être de l’animal, dit Nathalie Lavault, fondatrice de Cabane à Chat à Cowansville, ce n’est pas un cadeau, c’est un être vivant », scande-t-elle.

« C’est le pire moment de l’année pour adopter un animal. Avec tous les invités qui rentrent dans la maison, les animaux peuvent se sauver », fait remarquer Linda Robertson, directrice de la SPCA Montérégie.

Animal jetable

La journée du 24 décembre seulement, la SPA des Cantons a accueilli six chats, deux lapins et quatre chiens abandonnés par leurs maîtres.

« La semaine de Noël, c’est hallucinant [le nombre d’abandons] », avoue Carl Girard, fondateur de la SPA des Cantons.

Selon lui, il y a une recrudescence d’abandons durant les Fêtes, car les familles vont visiter leur entourage à l’extérieur de la région. « Ça nuit à leur projet du temps des Fêtes. [...] Ça montre comment l’animal est jetable au Québec », ajoute-t-il.

Lorsqu’une personne délaisse son animal, la SPA veut évidemment connaître la raison, mais surtout connaître ses particularités pour bien en prendre soin. « Neuf fois sur dix, leur raison est fausse de toute façon », lance M. Girard. L’apparition soudaine d’allergies demeure la raison la plus commune mentionnée par les refuges contactés.

Carl Girard, propriétaire de la SPA des Cantons a remarqué une hausse d’abandons­ d’animaux durant les Fêtes.

Geste impulsif

Les refuges ne sont toutefois pas à l’abri des ventes sur Kijiji et dans les animaleries.

Selon la SPCA Montérégie et Chatmoureux, les abandons de chats et chiens achetés à ces endroits devraient se faire sentir dans les refuges entre le mois de janvier et février, « quand la famille va voir que c’est beaucoup de travail », relève Mme Robertson.

Carole Ménard, cofondatrice de Chatmoureux abonde elle aussi dans le même sens. Elle explique le phénomène de l’abandon par un achat impulsif ou une décision hâtive.

Après avoir donné un chaton en cadeau à leurs enfants, « les parents ont eu le temps de se tanner de l’animal et les enfants de ne plus lui porter d’attention », relate Mme Ménard.

Même si Chatmoureux ne bloque pas les adoptions durant les Fêtes, Mme Ménard doit être certaine à 100 % que l’animal ne sera pas donné en cadeau. « Si c’est pour un cadeau, c’est refusé automatiquement. On doit toujours rencontrer la personne qui va adopter l’animal. Un animal, ça ne se donne pas en cadeau. C’est vivant et ce n’est pas nécessairement ce que la personne choisirait », croit-elle.

Mme Lavault est catégorique : « Si une personne vient et qu’elle veut un chat aujourd’hui absolument, c’est non », dit-elle.

Responsabilisation

M. Girard a pour principe que les enfants qui reçoivent un animal comme cadeau de Noël ne devraient pas avoir la responsabilité de s’en occuper. Il y a d’autres façons de responsabiliser un enfant, dit-il.

« C’est facile d’acheter un animal, mais la responsabilisation ça s’enseigne jeune ».

C’est pour cette raison que M. Girard participe à une trentaine de projets dans les écoles primaires, secondaires, les cégep et universités pour expliquer aux étudiants de quelle façon s’occuper d’un animal et l’engagement que cela implique.

M. Girard avoue que cette façon de faire porte ses fruits même s’il reste beaucoup de travail de sensibilisation à faire.

« Les jeunes sont plus allumés et même les parents nous en parlent. Au niveau des jeunes, on voit qu’on fait une différence et qu’ils sont conscientisés que c’est une grosse responsabilité d’avoir un animal de compagnie », explique-t-il.

Pour adopter, la SPA des Cantons demande au client de remplir un questionnaire dans lequel il doit répondre à une panoplie de questions relatives aux soins dont un animal a besoin : combien coûtent la moulée, les examens médicaux, etc. ?

« Depuis qu’on fait ça, les seuls retours qu’on a c’est à cause d’un divorce, d’une séparation, de problèmes de santé majeurs. On n’a plus de retours pour les mauvaises raisons », mentionne-t-il. À l’exception des Fêtes et de l’été où le nombre d’abandons augmente considérablement.

Alternatives

Une belle alternative peut cependant être offerte en cadeau : promener les chiens. « Beaucoup de familles viennent l’été, mais c’est un cadeau qui s’offre bien à Noël », mentionne M. Girard.

Quant à elle, Mme Ménard propose même d’offrir un chèque-cadeau plutôt que l’animal lui-même. Cela permettra à la personne de choisir un animal qui correspond à ses goûts.

De son côté, Mme Lavault énumère une foule de solutions pour éviter des adoptions impulsives : faire du bénévolat, faire un don aux refuges ou aider ceux qui ont déjà un animal.

« C’est une deuxième chance qui est offerte [à l’animal] et on ne veut pas la rater. On veut qu’il soit pris en charge pour le reste de sa vie », conclut-elle.