François Jacques, entrepreneur en pompes funèbres, est devenu conseiller municipal à Lac-Mégantic lors des dernières élections. « J’avais le goût d’être un décideur et non pas d’être assis sur la banquette arrière pour suivre ce qui se passe », explique celui qui pose un regard optimiste sur le nouveau centre-ville en construction.

Lac-Mégantic: « Il faut se souvenir, par respect »

Le cinquième anniversaire de la tragédie de Lac-Mégantic revêt une grande signification pour François Jacques. Au-delà du symbolique cinq ans, il espère que ce moment de recueillement se traduira pour sa communauté en un nouvel élan de solidarité humaine.

« Même si on est partagé entre deux émotions, la cérémonie commémorative est un passage obligé. On a besoin de ça. Il faut reconnaître ce qu’on a été, il faut être ce qu’on est devenu, et il faut se souvenir. C’est une marque de respect pour tout ce qui s’est passé. Autant pour les victimes que pour les collatérales. On en a besoin », exprime l’entrepreneur en pompes funèbres qui a enfilé un chapeau de conseiller municipal aux élections de novembre dernier.

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« Cette semaine, on va ravoir un peu de soutien du reste du Québec. Nous on est dedans presque tous les jours, mais la commémoration, ça va être une marque de reconnaissance de tout le monde qui se remet tout ce qui s’est passé en mémoire. Ça va nous donner une petite dose d’énergie pour continuer d’avancer. »

Car la route a été longue depuis cinq ans. Trop longue.

« C’est un rétablissement plus long qu’un deuil normal, il y a eu trop de choses d’affectées en même temps. C’était autant émotif que les repères. C’était tout. Tout était entremêlé. Tout était affecté. »

Comme communauté, image-t-il, on est au printemps, « mais l’été s’en vient ».

« Les étapes du deuil sont passées. La colère, le déni, tout ça c’est derrière. On est rendu à avancer. Il faut travailler pour que notre ville avance et que tout le monde soit heureux et retrouve le dynamisme qu’on avait en 2013, avant la tragédie. »

Malgré le deuil de sa ville, malgré le deuil d’amis et de proches, malgré le deuil de sa conjointe décédée d’un cancer six mois après le déraillement meurtrier, François Jacques affiche une belle sérénité.

Il a voulu s’impliquer à l’Hôtel de Ville pour aider sa communauté à retrouver son dynamisme d’hier.

« J’avais le goût d’être un décideur et non pas d’être assis sur la banquette arrière pour suivre ce qui se passe. Je pense être capable de donner des éléments positifs pour avancer, pour réaliser la reconstruction, pour aider nos commerces à survivre et aider à se rendre dynamique comme on était.

Si François Jacques estime que sa communauté se porte mieux, il se soucie également de voir que chacun a sa façon d’être affecté, parfois par ce qui peut sembler être de petites choses.

« Il y en a que c’est la voie ferrée, d’autres la reconstruction, d’autres vont dire ‘‘vient pas changer ce qui se passe chez nous’’. Il n’y a personne qui le vit de la même façon. »

À propos de la voie de contournement, il a lui-même des sentiments partagés.

« Il y en a qui n’y croient pas encore, malgré le fait que les deux gouvernements l’aient annoncée. Moi, au départ, je voulais que les gouvernements mettent cet argent-là dans l’économie. Mais il n’y aura jamais de rétablissement social si la voie ne change pas de place », analyse-t-il aujourd’hui.

« C’est sûr que ça crée des dommages collatéraux. Il y a des gens qui vont être affectés par le nouveau tracé. Personne ne veut subir les impacts, mais ce n’est pas une voie de contournement de la ville, c’est une voie de contournement du centre-ville. C’est bien dommage pour les gens qui vont être affectés par le nouveau tracé, mais pour la paix sociale, on n’a pas le choix. »

« Ça va être beau »

De son complexe funéraire rebâti en 2014 en contrehaut du centre-ville historique, François Jacques a pu voir de près, quotidiennement, chaque étape de la reconstruction de sa ville. Quel regard pose-t-il sur le chemin parcouru?

« Ce qui a été fait a été bien fait, au moment où ç’a été fait, mais là on est rendu plus loin. Il faut s’ajuster. »

Arrive-t-il à imaginer le centre-ville de demain?

« Présentement, c’est un champ, mais la beauté s’en vient. Le Concerto, l’Oasis du lac, la journée où ces immeubles vont être habités, que les gens vont sortir de chez eux, vont marcher un peu, vont traverser sur Papineau par l’allée piétonne, il va y avoir du mouvement.

« Je le vois le centre-ville et ça va être beau! C’est positif. Ça se dynamise. »

Cinq ans, ç’a été long pour en arriver là?

« Je me disais que ça prendrait dix ans pour tout refaire, mais je me demande aujourd’hui si ça ne va pas être trop court. »

François Jacques va vivre ce cinquième anniversaire avec émotions. Avec son fils Louis-Charles à ses côtés et sa conjointe Dominik Leblanc dans ses pensées.

« Dominik, on y pense tout le temps. C’est une femme qui voulait vivre. Elle a accepté tous les protocoles de recherche et elle pensait être capable de s’en sortir, mais elle n’a pas eu la chance de pouvoir continuer…

« Certainement que si elle n’avait pas été malade, on aurait été au Musi-Café ce soir-là et on serait probablement morts aujourd’hui. Elle nous a peut-être sauvé la vie sans le savoir. »

Durant les cérémonies jeudi et vendredi, il se rappellera chacune des victimes qui ont payé de leur vie ce déraillement meurtrier.

« Dans les 47 victimes, chacun avait son rôle dans la communauté et s’occupait de son réseau. La tragédie nous a fait perdre 47 personnes qui amenaient quelque chose à notre communauté et c’est ce qui est dur à rebâtir. Il y en a qui ont pris la relève, mais imaginez si elles avaient travaillé avec ces 47 disparus, comment on serait rendus loin…

« C’est le côté de cette tragédie qui ne paraît pas. Il y a le deuil des personnes et il y a le deuil de ce qu’elles étaient dans notre communauté. »