Les travailleurs de l'A.B.I. se sont prononcé sur l'offre finale et globale de l'employeur.

L'A.B.I. en lock-out après le rejet de l'offre patronale

Bécancour — En dépit de son caractère définitif, les syndiqués de l’Aluminerie de Bécancour ont suivi la recommandation de leurs instances en rejetant l’offre patronale dans une proportion de 80,3 %, et ce, au terme de deux jours de vote auxquels ont participé 85 % des membres de la section locale 9700 des Métallos. La réponse de l'entreprise a été rapide. Elle a mis ses employés en lock-out quelques heures plus tard, durant la nuit de mercredi à jeudi.

Le lock-out des 1030 employés de l'usine a en effet été décrété à 3 h, dans la nuit de mercredi à jeudi. Les employés de l'un des plus importants employeurs privés du Centre-du-Québec et de la Mauricie n'ont donc pas pu entrer au travail jeudi matin, des travailleurs de nuit étant prévenus durant leur quart de travail.

Dans un communiqué, l'A.B.I. affirme que l'usine restera en marche, et qu'une seule des trois lignes de production sera en fonction, exploitée par les cadres. L'entreprise a précisé qu'elle n'accordera pas d'entrevue aux médias.

La veille, la partie syndicale ne semblait pas croire qu'un tel scénario allait se produire, elle qui espérait poursuivre la négociation.

«Nous sommes convaincus qu’une entente négociée est possible. L’employeur a tenté un coup de force en mettant fin abruptement aux négociations avec le dépôt d’une offre finale, cela n’a pas fonctionné. Nos membres sont solidaires et déterminés. Nous demeurons convaincus qu’une reprise des négociations, à ce stade, peut permettre d’en arriver à une entente négociée», expliquait mercredi le président syndical, Clément Masse, au Delta Marriott Trois-Rivières, soit à l’endroit de la tenue des assemblées générales de mardi soir et mercredi matin.

Par voie de communiqué, la direction de l’entreprise disait recevoir avec déception l’annonce du rejet de son offre par les employés syndiqués. Un contrat de quatre ans était proposé.

«L’offre présentée était très compétitive, parmi les meilleures dans le secteur manufacturier au Québec. Tout au long de la négociation, la direction d’A.B.I. a été de bonne foi et a déployé tous les efforts afin d’obtenir une entente satisfaisante pour les deux parties. Cette entente assurerait également la pérennité de l’aluminerie dans le futur. La direction de l’A.B.I. évaluera les prochaines étapes», peut-on lire. L’employeur n’a accordé aucune entrevue pour préciser sa pensée sur un possible lock-out, qui a finalement été décrété quelques heures plus tard.

La dernière proposition patronale prévoit l’instauration d’un nouveau régime de retraite à financement salarial pour l’ensemble des travailleurs, sans distinction en fonction de la date d’embauche. Les années accumulées dans l’ancien régime seraient reconnues comme telles et pour le futur, l’employeur n’aurait plus à assumer les risques si les rendements ne sont pas au rendez-vous, celui-ci reposant sur les épaules des travailleurs.

«C’est un changement important que de passer d’un régime à prestations déterminées où l’employeur assume les risques à un régime RRFS où le risque est assumé par le travailleur. Les membres ne sont pas convaincus que l’employeur investit suffisamment dans le régime pour que le jeu en vaille la chandelle», a-t-il fait savoir.

Les dirigeants syndicaux de l’A.B.I. ont dévoilé le résultat du vote lors d’un point de presse organisé au Delta Marriott Trois-Rivières.

Du même souffle, celui-ci reconnaît que la partie patronale a fait un pas dans la bonne direction en écartant l’idée d’un régime de retraite à deux vitesses. «Il faut laisser le temps à nos travailleurs d’étudier l’offre. Ce n’est pas évident. Les risques sont à la charge du participant», souligne-t-il.

Par ailleurs, le respect de l’ancienneté dans les mouvements de main-d’œuvre représente l’autre point en litige. «Les pourparlers ont été interrompus en décembre dernier au moment même où ces enjeux étaient abordés. Encore une fois, on a essayé d’agir de façon unilatérale. Cette usine fonctionne bien grâce à l’expertise des travailleurs. L’A.B.I. doit les respecter et chercher à trouver des solutions avec eux, plutôt que de les imposer», précise Clément Masse.

En point de presse, il s’est dit prêt à «faire du terrain» à ce sujet pour accommoder l’employeur, mais «pas à n’importe quel prix». 

«Je suis heureux du résultat du vote, car on recommandait le rejet, mais je suis déçu du résultat des négociations alors qu’on n’a toujours pas d’entente négociée. C’est la troisième fois qu’ils se retirent de la table», a-t-il ouvertement déploré.

Le 22 novembre dernier, les travailleurs avaient également dit non à l’offre déposée tout en disant oui à un mandat de grève à exercer au moment jugé opportun. Deux jours avant, l’employeur avait obtenu une injonction interdisant tout ralentissement des opérations. Cette ordonnance provisoire est d’ailleurs toujours en vigueur jusqu’au 15 janvier 2018.

Depuis la fin du contrat de travail, les parties avaient convenu de faire appel aux services d’un conciliateur, Jean Nolin. Mais peu avant les Fêtes, l’employeur a mis fin aux négociations en présentant une offre finale et globale. 

«On n’a pas menacé d’exercer notre mandat de grève. On n’a pas de limite de temps. Notre objectif demeure, soit obtenir une entente négociée et éviter un conflit. Mais il y a de grands principes dont on ne peut pas passer par-dessus. Les demandes patronales sont énormes au niveau du régime de retraite, de la main-d’œuvre et de la sous-traitance», a énuméré M. Masse tout en avouant que ce sont «toujours des négociations difficiles».

Quant aux inquiétudes exprimées par les acteurs du milieu au cours des derniers jours, le président syndical les invite plutôt à «user de toute leur influence pour que l’employeur revienne négocier de bonne foi». «On s’attend à ce que l’employeur revienne à la table», renchérit celui qui refuse de négocier sur la place publique, d’où sa discrétion sur les enjeux d’ordre salarial.

Interrogé à savoir si le syndicat exigeait des investissements à l’usine de Bécancour dans les pourparlers actuels, M. Masse a admis ne plus en faire la demande après l’avoir vainement réclamé «à plusieurs reprises» dans le passé. «Et l’A.B.I. n’a pas le pouvoir de nous garantir de l’investissement», fait-il remarquer, donnant l’exemple de l’Aluminerie de Baie-Comeau qui aurait fait l’objet de promesses non tenues.

Se disant convaincu que les installations de Bécancour sont encore «très performantes» et soutenant que la période économique est «assez favorable» au niveau de l’aluminium, ce dernier a tenu à rappeler qu’il s’agit d’une négociation entre une entreprise privée et un syndicat.

«On sait que ça a un impact, mais nos travailleurs et leur famille n’ont pas à porter le poids de toute la situation économique de la région», a-t-il conclu.

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