Un ciné-parc à l'aéroport Jean-Lesage cet été était un projet cher aux yeux du maire Régis Labeaume.
Un ciné-parc à l'aéroport Jean-Lesage cet été était un projet cher aux yeux du maire Régis Labeaume.

La Ville de Québec doit abandonner son projet de ciné-parcs pour l’été [VIDÉO]

Il n’y aura pas de ciné-parc à l’aéroport Jean-Lesage cet été, ni sur le site d’ExpoCité. L’entente impossible entre la Ville de Québec et les distributeurs de films aura eu raison du projet, cher aux yeux de Régis Labeaume.

Le problème principal : le maire refusait d’installer une billetterie à l’entrée des ciné-parcs, il souhaitait coûte que coûte que l’activité soit gratuite. 

Le président du Regroupement des distributeurs indépendants de films du Québec (RDIFQ), Andrew Noble, et le président des Films Séville, Patrick Roy, avaient donc refusé de rendre disponibles les œuvres de leur catalogue respectif. Ils avaient pris cette décision «par solidarité avec les salles de cinéma». 

Pour M. Roy, la conférence de presse de vendredi ressemblait au «festival des fausses nouvelles». M. Labeaume dénonçait entre autres le «monopole» des distributeurs de films au Québec.

«C’est complètement farfelu. Je ne sais pas d’où il tient ses informations. C’est maladroit, les gens de Québec vont penser qu’il dit la vérité sur le dossier. C’est malheureux», a-t-il exprimé en entrevue avec Le Soleil, 

Le maire furieux

Vendredi, le maire a lu de nouveau publiquement une lettre envoyée à Patrick Roy.

«Le contenu de la lettre que vous m’avez transmise le 16 juin confirme à nouveau un manque flagrant d’empathie et de reconnaissance pour la population de Québec», a écrit le maire. 

Il a défendu son projet, expliquant qu’il avait été imaginé pour encourager le cinéma québécois et pour offrir un divertissement sympathique en temps de crise. Les salles de cinéma auraient été consultées et une entente faisait que les ciné-parcs n’allaient pas présenter les mêmes films ni les nouveautés. 

«C’est malheureux pour tous les gens de Québec. Les gens adoraient l’idée. Visiblement, on ne vit pas sur la même planète», a-t-il martelé, furieux.

Le maire ne lâche pas le morceau : selon lui, il y avait possibilité de s’entendre pour que le projet soit bénéfique pour tout le monde. 

M. Labeaume a aussi rappelé qu’il ne demandait pas un cadeau, que la Ville avait prévu payer tous les droits de la diffusion des films qu’elle allait décider de présenter.

À qui la faute?

Cette lettre, M. Roy ne l’avait même pas reçue avant de l’entendre en même temps que tout le monde vendredi, en conférence de presse.

«Je trouve que c’est un manque de courtoisie, un manque d’éthique. Et pour moi, c’est quelque chose d’important, je traite les gens de la façon dont j’aimerais être traité.»

Par transparence, Patrick Roy a aussi transmis aux médias les lettes qu’il avait envoyées à l’intention de M. Labeaume.

Le projet de ciné-parcs tombe à l’eau, alors que M. Labeaume met le blâme sur le dos des distributeurs, spécialement le président des films Séville Patrick Roy, ce dernier réplique que la Ville n’a pas parlé de la proposition qui leur avait été lancée. 

«Afin de dénouer l’impasse, j’ai soumis une ébauche de solution à M. Ian Gailer, directeur général et artistique du Festival de cinéma de la ville de Québec et maître d’œuvre du projet, lors d’un appel téléphonique mercredi matin. Cette solution combinait la présentation de films dans les deux ciné-parcs déjà confirmés, mais également dans les salles de cinéma de la région de Québec, afin de répondre aux intérêts des deux parties. [...] Malheureusement, je n’ai eu aucun retour de la part de M. Gailer ni de la Ville de Québec», a expliqué Patrick Roy dans un communiqué.

M. Roy tient à préciser qu’il n’y a pas d’anicroche avec Ian Gailer et qu’aucune menace n’a été faite envers son festival. 

«Je n’ai eu aucun échange acrimonieux avec Ian, j’ai beaucoup de respect pour lui, seulement avec le maire. Je ne travaille pas comme ça. Ça fait 30 ans que je suis dans la distribution, je n’ai jamais vécu de situation comme celle-ci. Je n’ai jamais crié des injures à qui que ce soit et je ne travaillerai jamais comme ça, je n’irai pas sur ce terrain-là avec le maire. Il veut trouver un bouc émissaire dans l’histoire parce que son projet a été mal géré, et je refuse de l’être.»

Rectifications

Concernant ce fameux «monopole» évoqué par le maire, M. Roy rectifie les choses.

«Il dit qu’on représente 80 à 90 % du cinéma à Québec, c’est ridicule. Notre part de marché peut atteindre 20 % maximum lors des bonnes années, et Andrew Noble travaille pour une boîte encore plus petite que nous. Sincèrement, je ne vois pas comment on peut arriver avec un chiffre comme celui-là», soutient le président des Films Séville. 

En terminant, Patrick Roy rappelle poliment qu’il a plus d’expérience derrière la cravate dans le milieu cinématographique. Même si le maire jure le contraire, les ciné-parcs auraient eu un impact sur les salles. 

Finalement, le communiqué des Films Séville, une filiale d’Entertainment One, conclut : «La fermeture d’esprit de l’administration de la ville de Québec, avec laquelle Les Films Séville étaient prêts à collaborer afin de réfléchir à des propositions qui ne nuiraient pas indûment à tout un secteur de l’économie culturelle déjà durement atteint par la COVID-19, est seule responsable de l’annulation du projet de ciné-parcs».

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