Un carambolage impliquant une douzaine de véhicules est survenu lundi, sur la route 175, dans la Réserve faunique des Laurentides.

La route des Carambolages

CHRONIQUE / On s’est donné une route à quatre voies, on pourrait peut-être les déneiger.

Encore, lundi, un carambolage a forcé la fermeture de la route 175 pendant plusieurs heures. 

Puis, jeudi, une femme de 47 ans a perdu la vie dans une collision à la hauteur de Stoneham.

Le 10 janvier aussi, les conditions météorologiques et la présence de neige sur la chaussée ont été à la source d’une série d’accidents dans la Réserve faunique des Laurentides.

J’emprunte régulièrement le Parc, notamment pour aller visiter ma famille, dans Lanaudière. Comme automobiliste, je suis insatisfait du déneigement. Et j’ai l’impression que la situation ne va pas en s’améliorant. Je dirais même qu’on est sur le neutre, voire à reculons. Mes parents et mes amis, qui font régulièrement le chemin inverse, sont du même avis.

Alors, j’ai décidé de poser des questions. J’ai voulu savoir les détails du plan d’action du ministère des Transports et des contractants mandatés de rendre la 175 et la 169 – le Petit Parc – sécuritaires pour les usagers de la route.

Je vous partage donc le fruit de mes démarches.

Un délai de quatre heures

Selon des informations transmises par Andrée-Anne Duchesne, conseillère en communications au ministère des Transports du Québec (MTQ), les entreprises mises sous contrat par le gouvernement afin d’effectuer les opérations de déneigement sur les routes 175 et 169 disposent d’un délai de quatre heures pour déneiger la chaussée. « Il faut savoir que parfois, les températures ne permettent pas de déglacer la route dans ce délai. Toutefois, la route doit être déneigée », précise Mme Duchesne.

Évidemment, les conditions météorologiques, avec le vent au premier chef, compliquent parfois la tâche des déneigeurs. Mais il n’en reste pas moins que j’ai régulièrement emprunté le Parc un lendemain de tempête et, souvent, une seule voie est bien déneigée. Cela rend les dépassements difficiles et augmente les risques d’accident.

Je me pose donc la question suivante : « Les contrats actuels sont-ils concluants quant à la sécurité routière dans le Parc ? »

Effectifs

Pour répondre à la question, il importe de s’attarder aux effectifs déployés.

Pour déneiger la route, l’entreprise Transport F. Gilbert Ltée dispose de cinq véhicules pour la portion entre les kilomètres 73,1 (Stoneham) et 144, tandis que la flotte d’Inter-Cité Construction Ltée pour la portion entre le km 144 et Laterrière est de sept véhicules de déneigement. Enfin, pour la section de la route 169 qui se trouve dans la Réserve faunique des Laurentides, Claveau et Fils Inc. utilise trois véhicules.

Le MTQ possède des outils de suivi et un service de plaintes pour statuer sur l’efficacité des déneigeurs. À cet effet, « pour la portion de la route entre Stoneham et le km 144, le nombre estimé de camions nécessaires pour répondre aux exigences du ministère n’a pas été modifié, considérant les résultats satisfaisants des dernières années ». Mais, « depuis 2015, un véhicule de déneigement a été ajouté au contrat pour la portion entre le km 144 et Laterrière ».

« Le ministère analyse toujours l’évolution de la situation pour assurer la sécurité des usagers sur son réseau », a soutenu Andrée-Anne Duchesne.

Voilà des chiffres rassurants, à première lecture.

Mais, je ne dois pas être chanceux, car je croise rarement plus d’un ou deux véhicules de déneigement lorsque je traverse la Réserve faunique des Laurentides, au grand complet, par jour de tempête.

Plaintes

Mon insatisfaction relève-t-elle du délire ? Pour m’assurer du bien-fondé de mon mécontentement, j’ai demandé à connaître le nombre de plaintes reçues au MTQ ces dernières années. Pour savoir si je suis seul – avec mes parents et mes amis – à trouver que la situation laisse à désirer.

Entre le 1er octobre 2018 et le 4 janvier 2019, six plaintes avaient été formulées, trois concernant une chaussée enneigée et trois concernant une chaussée glacée, sur la 175. Ma demande a été déposée le 4 janvier, alors le nombre de plaintes a possiblement augmenté, considérant les deux carambolages survenus depuis.

À titre comparatif, pour la même période, en 2017-2018, 14 plaintes ont été déposées, une augmentation comparativement aux huit plaintes de 2015-2016 et aux 10 plaintes de 2016-2017.

Mais ce n’est pas tous les chialeux qui prennent le temps de formuler des plaintes – moi inclus. Cela confirme peut-être mon impression voulant que la situation ne s’améliore pas. Après tout, on peut faire dire ce que l’on veut aux statistiques.

Accidents

Il est évident que le nombre d’accidents dans la Réserve faunique des Laurentides a grandement diminué depuis l’inauguration de la 175, en 2013. Ses surnoms de « la route de la Mort » ou du « boulevard des Coroners » ont disparu depuis le réaménagement en quatre voies divisées, effectué à un coût de près d’un milliard de dollars.

Mais il ne faut pas non plus se satisfaire de cette grande étape. À mon humble avis de non-expert, il est possible de faire mieux. D’ailleurs, de 2013 à 2017, le nombre d’accidents, peu importe leur gravité, sur la route 175 dépasse la centaine. Pour cette même période, « entre cinq et huit accidents par année impliquent un animal », une autre sphère où l’amélioration est notable.

Sur la 169, de 2013 à 2017, du 1er octobre au 31 janvier inclusivement, le nombre d’accidents « varie entre 11 et 33 accidents », selon le MTQ, dont zéro à six accidents impliquant un animal.

Depuis le début de l’hiver, qui empiète souvent sur l’automne au Saguenay–Lac-Saint-Jean, deux carambolages, desquels ont découlé deux fermetures temporaires de la 175, ont retenu l’attention, provoquant des critiques sur les médias sociaux, entre autres plateformes.

Oui, nous vivons au Québec, et dame Nature est la reine des surprises, mais y a-t-il matière à se questionner sur la sécurité sur cette route qui est la porte d’entrée et de sortie de la région ?

J’utilise donc le miroir de l’ex-émission Ultimatum pour vous renvoyer la réflexion. Êtes-vous satisfaits du déneigement dans le Parc et dans le Petit Parc ?