Leïa Mercier est de retour chez elle depuis le 6 septembre. Au quotidien, elle peut compter sur l’aide de sa mère, Annie Martin, le conjoint de celle-ci, Patrick Lavoie, et sa sœur Myanda (absente de la photo).

La nouvelle vie de Leïa un an plus tard

Son petit air taquin, Leïa Mercier ne l’a pas perdu. Son sourire, lui, est toujours aussi contagieux. Pourtant, le quotidien de la jeune femme n’a plus rien à voir avec celui qu’il était avant ce tragique jour de novembre 2017, alors qu’elle a été impliquée dans une collision routière à Shefford. Chaque petite victoire, si petite soit-elle, représente un pas de géant vers une plus grande autonomie.

« Je suis la même personne. Ça me fait chier quand les gens disent la “nouvelle Leïa”, comme si j’avais changé ! J’ai juste été dans le coma. Franchement ! », dit-elle du tac au tac lorsqu’on évoque sa nouvelle vie.

Impliquée dans une collision survenue il y a un an sur la route 112 à Shefford, la jeune femme de 19 ans conserve de lourdes séquelles. Elle a subi un grave traumatisme crânien et son système neurologique a été sévèrement atteint. Certaines « connexions » ne sont pas encore rétablies.

Les six mois qui ont précédé l’accident sont littéralement disparus de ses souvenirs. Sa mémoire à court terme est aussi défaillante. Elle tient d’ailleurs un journal de bord dans son cellulaire — la paralysie partielle de sa main droite l’empêche de tenir un crayon — pour noter ce qu’elle fait quotidiennement afin d’en conserver la trace. Au départ, elle écrivait que quelques mots. Aujourd’hui, elle compose des phrases complètes. Un grand progrès, souligne fièrement sa mère, Annie Martin.

« Pour la programmation neurale, il faut se donner du temps, dit-elle. On nous a dit que dans deux ans, on pourra évaluer ce qui est revenu, ce qui ne reviendra pas et ce qu’il y a des chances de s’améliorer encore médicalement. »

Une aide constante

De retour chez elle depuis le 6 septembre, Leïa a besoin d’aide dans l’accomplissement de la quasi-totalité des tâches quotidiennes, que ce soit pour se doucher, s’alimenter ou se vêtir. Une éducatrice spécialisée se rend chez elle quelques fois par semaine pour l’aider dans sa routine matinale afin qu’elle acquière davantage d’autonomie.

Depuis quelques jours, elle parvient à se déplacer à l’aide de son nouveau déambulateur qu’elle a baptisé « Bertrand », précise-t-elle en rigolant. « Quand je vais être correcte, je vais marcher sans rien », dit-elle avec conviction. Grâce à Bertrand, Leïa est même arrivée à se lever seule et à marcher quelques mètres dans l’appartement. Un soir, elle a réussi à transporter une assiette de la table à manger à l’évier.

« Mon plus beau cadeau, ajoute sa mère, c’est le jour où on a vu qu’elle pouvait communiquer à nouveau avec nous et que c’était cohérent. Ce jour-là, j’ai remercié la vie et j’ai dit qu’à partir de maintenant, tout le reste sera des cadeaux. »

Ce n’est pas que la vie de Leïa qui a été chamboulée en une fraction de seconde. C’est également celle de ses proches. Annie Martin a cessé d’offrir des soins thérapeutiques pour se consacrer à sa fille. « C’est du 24 heures. J’ai mis ma vie de côté, souligne-t-elle. Leïa est la priorité. Je m’adapte à son horaire. Tant qu’elle aura besoin de moi et qu’elle voudra rester avec moi, je serai là. Et elle le sait. »

« Ma mère, je l’aime beaucoup, dit la jeune femme, en tenant le bras de Mme Martin. Une chance qu’elle est là. » Plusieurs membres de la famille, dont sa sœur Myanda et Patrick Lavoie, le conjoint de sa mère, sont également d’une aide précieuse dans sa vie.

La jeune femme est encore suivie par une armée de spécialistes : physiothérapeute, orthophoniste, ergothérapeute, neuropsychologue et travailleuse sociale en sont quelques-uns. Elle se rend également au centre de réadaptation deux à trois jours par semaine.

Malgré les séquelles qu’elle porte, Leïa s’est fixé plusieurs objectifs. Celui qui arrive en tête de liste : marcher sans aide. « Ça, c’est le premier », fait-elle savoir. Elle souhaite aussi pouvoir réaliser un voyage en « Europe et en Californie ». Et comme la plupart des jeunes femmes de son âge, elle souhaite vivre une relation amoureuse. Finalement, elle caresse le rêve de pouvoir ouvrir son café-cabaret.

Une volonté à toute épreuve

Après toutes les embûches rencontrées depuis l’accident de sa fille, Annie Martin mène plusieurs batailles, notamment auprès des instances gouvernementales. Au moment de l’accident, la route 112 était glacée. Elle revendique entre autres que la responsabilité de l’entretien soit reprise en totalité par le ministère des Transports. D’ailleurs, elle rencontrera prochainement le député de Granby et ministre des Transports, François Bonnardel, à ce sujet.

« Tout ce qu’on vit à la suite d’un accident, c’est l’enfer. La bureaucratie, les papiers qui n’en finissent plus. Il y a de quoi virer fou. Il y a plein de choses qui sont absurdes. J’essaie d’agir dans tout ce que j’ai vécu », explique la mère de famille, dotée d’une volonté à toute épreuve.

Mme Martin s’implique également au sein de l’Association pour les droits des accidentés, pour laquelle elle sera coordonnatrice aux familles et au partenariat. Son mandat sera de la faire connaître dans les hôpitaux et les salons funéraires. « Je vais avoir une belle possibilité de continuer à guérir et à aider. »