Patrice Bergeron, qui vient de débuter sa 15e saison avec les Bruins de Boston, ne néglige jamais Québec, la ville où il a grandi.

La loyauté au cœur du parcours de Patrice Bergeron

Comme le long fleuve tranquille qui coule au bas de la côte où il a grandi, Patrice Bergeron s’impose tout naturellement dans le paysage de la LNH. Bien ancré à ses racines, coéquipier d’une loyauté exemplaire et fidèle à l’équipe qui lui a fait confiance, il fait partie depuis déjà plusieurs années des joueurs les plus respectés de sa génération. En prévision de sa 15e saison dans la LNH, qui lui permettra de disputer son 1000e match en carrière. Le Soleil l’a rencontré, à la fin de l’été, avant qu’il ne mette le cap vers Boston, où les Bruins disputent leur match d’ouverture locale, lundi.

Patrice Bergeron n’est pas du genre à prendre le plancher. Il laisse plutôt parler ses actions qui lui ont permis d’atteindre la LNH à 18 ans. Il pourrait aussi atteindre les plateaux des 300 buts et des 800 points dans la LNH au cours de l’actuelle saison.

Sa feuille de route est impressionnante avec une Coupe Stanley en poche et des médailles d’or aux Jeux olympiques, à la Coupe du monde, au Championnat du monde senior, au Mondial junior et même à la Coupe Spengler pendant le lock-out de la LNH de 2012. Tout ce qu’il touche se transforme en succès. 

 Et on n’a pas encore parlé des honneurs individuels que Bergeron collectionne, comme le trophée Frank-Selke qu’on lui a remis quatre fois en qualité de meilleur attaquant défensif de la LNH, et le King-Clancy, pour son implication dans la communauté.

«En fait, je ne joue que pour un seul trophée, soit la Coupe Stanley. Même chose dans les événements internationaux, ce qui compte, c’est uniquement la médaille d’or. À mes yeux, tout accomplissement collectif surpasse n’importe quel honneur personnel. Lorsqu’on me nomme pour un trophée, c’est aussi mes coéquipiers que l’on récompense, car tout se passe en équipe», dit-il avec humilité.

Ce trait de caractère le suit depuis toujours. Peu importe où il est passé, le numéro 37 n’a jamais porté ombrage à quiconque.

«Je suis réservé, je suis à mon affaire. Je ne joue pas à la vedette, c’est bien la dernière chose que je voudrais que l’on dise de moi. J’ai pris de l’assurance avec le temps, et dans le vestiaire, je suis plus à l’aise de prendre la parole qu’à mes premières années. Je parle, j’encourage, mais j’essaie aussi de ne pas toujours avoir le même discours, parce que le message ne passe plus lorsqu’on parle tout le temps ou qu’on devient monotone», souligne le centre de 33 ans.

Déjà loyal dans le midget AAA

Le hockey lui a apporté gloire et fortune, mais Bergeron reste terre à terre devant tout cela. Il est concentré sur le moment présent, mais ne s’interdit pas d’apprécier ce qu’il a vécu depuis le début de sa carrière.

«Les plus vieux joueurs me disaient de bien vivre chaque moment, chaque expérience, parce que ça passait très vite. En vieillissant, j’essaie de le faire au jour le jour, autant sur la glace qu’à l’extérieur. Je ne suis pas toujours en train de regarder ce que j’ai fait, mais j’en suis fier. J’ai réalisé le rêve de pas mal de ti-gars du Québec, tout en restant concentré sur ce que je fais.»


« Je suis réservé, je suis à mon affaire. Je ne joue pas à la vedette, c’est bien la dernière chose que je voudrais que l’on dise de moi. »
Patrice Bergeron

Il en a coulé de l’eau sous le pont de Québec depuis qu’il a été repêché en deuxième ronde (43e) par les Bruins, en 2003. Il venait alors de disputer ce qui allait être son unique saison dans la LHJMQ avec le Titan d’Acadie-Bathurst. L’année précédente, il avait refusé l’invitation du Titan de le rejoindre aux Fêtes afin de finir son cinquième secondaire et de ne pas laisser tomber ses coéquipiers du Blizzard du Séminaire Saint-François (midget AAA).

«J’étais encore en pleine poussée de croissance, je n’étais pas prêt à jouer junior à 16 ans. J’étais aussi le capitaine au SSF, je ne me voyais pas abandonner mon équipe en plein milieu de la saison», rappelle-t-il avec la même loyauté qu’il affiche aujourd’hui.

Une loyauté qui remonte à l’automne 2003, lorsqu’il a percé l’alignement des Bruins à 18 ans. «Je mentirais en disant que je pensais jouer dans la LNH aussi tôt. Ils avaient échangé Jozef Stumpel au repêchage et il y avait une place de libre au centre. Je voulais faire une bonne impression à mon premier camp, mais de fil en aiguille, j’ai réussi à faire mon chemin et mérité une place dans l’alignement. Ils m’ont donné la chance, je l’ai saisie.»

Finir sa carrière avec les Bruins

Depuis, Bergeron est un des leaders des Bruins. Et bien que l’on ne connaisse pas le destin, l’idée de passer toute sa carrière dans le même uniforme lui plaît.

«L’un de mes objectifs est de finir ma carrière avec les Bruins. On ne peut jamais dire jamais, mais je suis très fier de la loyauté que l’on se montre, de part et d’autre. Les Bruins m’ont fait confiance, j’ai toujours signé mes prolongations de contrat avant de devenir joueur autonome. Il y a un respect mutuel entre nous.»

Aujourd’hui, le fils de Sylvie Bergeron et Gerard Cleary, et le frère de Guillaume, qu’il qualifie aussi de son meilleur ami, est à la fois tatoué par les deux villes de sa vie : Québec et Boston. La première, où il a grandi en admirant les Nordiques, la seconde, où il s’est établi comme l’un des meilleurs grands de l’histoire des Bruins.

«Je suis un gars de Québec, j’y reviens chaque été. Mais c’est à Boston que je suis devenu un homme, c’est là que j’ai passé la majeure partie de ma vie d’adulte», reconnaît-il.

Et qu’il est devenu le joueur que l’on connaît!

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UN BÉBÉ ET LE 1000E MATCH EN DÉCEMBRE

Le 15 novembre 2017, Patrice Bergeron et les Bruins de Boston affrontaient les Ducks d’Anaheim lorsque son bon ami Antoine Vermette a disputé son 1000e match en carrière dans la LNH. Le 23 décembre, ce sera à son tour d’en faire autant, s’il n’en rate pas un d’ici là.

En fait, le mois de décembre sera chargé pour lui. En plus de son 1000e match, il deviendra père pour la troisième fois. «Le troisième enfant et le 1000e au 37e match [son numéro] de la saison. Tout était calculé, j’avais tout planifié», dit-il avec une touche d’humour.

Car au fil du temps, Bergeron s’est découvert un petit côté comédien, que l’on a pu voir dans différents commerciaux. «C’est mon côté caché! Le hockey m’a fait vivre de belles expériences, mais il m’a aussi permis de m’exprimer plus facilement en public.

Patrice Bergeron s’est découvert un petit côté comédien au fil du temps.

«Jeune, c’est tout juste si j’étais capable de faire un exposé oral. Je jouais devant 15 à 20 000 spectateurs, mais je bloquais à l’idée de parler devant 25 personnes. Avec le temps, j’ai pris de l’assurance, je suis beaucoup plus à l’aise aujourd’hui qu’à l’époque.»

Le premier match

Pour s’approcher d’un 1000e match, c’est qu’il y a en déjà eu un premier. Le sien remonte au 10 octobre 2003.

«C’était contre les Devils, qui alignaient Scott Stevens, Scott Niedermayer, Martin Brodeur. Mes parents étaient présents, c’était le premier match de la saison. J’avais 18 ans. Je n’ai pas eu le temps de me pincer pour réaliser ce qui m’arrivait, parce que je pensais d’abord à ne pas faire de gaffe, mais peut-être l’ai-je fait par la bande. Je me souviens que j’étais pas mal stressé», racontait-il à propos de ce verdict nul de 3-3.

Il obtiendra son premier point (une passe) dans la LNH à son quatrième match, à Dallas, et son premier but quelques jours plus tard dans un gain de 4-3 à Los Angeles, où il avait amassé trois points. Près de 800 points plus tard, il joindra le club sélect des joueurs ayant disputé 1000 matchs, excluant ceux des séries.

«Jeune, ce n’est pas un objectif que l’on se fixe. On veut avant tout s’établir, monter les marches une à la fois. Je m’en suis fait parler un peu, cet été, mais plus ça va approcher, plus les questions vont venir là-­dessus. Mon attention était surtout portée sur ma remise en forme après l’opération», souligne celui qui a subi une intervention chirurgicale à l’aine pendant la pause estivale. Il est revenu au jeu tout juste à temps pour le match d’ouverture de la saison, mercredi. 

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DÉJÀ DANS LE GROUPE DES GRANDS DES BRUINS

Même si sa carrière n’est pas encore terminée, Patrice Bergeron a déjà fait son entrée dans le groupe des grands joueurs de l’histoire des Bruins. «Pour moi, c’est une grande fierté de jouer pour les Bruins, l’une des six formations originales de la LNH. Il serait injuste pour moi d’en mettre un devant les autres, ils ont tous quelque chose de spécial, et nous, on essaie de poursuivre leur tradition», dit-il en donnant son appréciation de quelques légendes à avoir enfilé le même chandail que lui.

› Johnny Bucyk

«J’ai vraiment une belle relation avec “Chief” depuis mon arrivée, à 18 ans. J’ai toujours été proche de lui. Il prend sa retraite, cette année, mais il a été le coordonnateur de nos séjours sur la route, le responsable des billets. C’est un homme qui commande le respect.»

› Bobby Orr

«C’est un gentleman et tu comprends pourquoi dès que tu le rencontres. Il est toujours souriant, il a de l’entregent, du charisme. Il est content de te voir et il te fait sentir important. Je ne l’ai pas vu jouer, mais on sait tous ce qu’il a fait. Il a connu une très grande carrière, mais c’est la simplicité incarnée. On voit beaucoup les anciens qui habitent dans la région, comme Jean Ratelle, Don Marcotte, etc. Ça en dit long sur leur sentiment d’appartenance.»

› Raymond Bourque

«J’avais grandi en le voyant à la télévision, mais j’ai découvert son côté terre à terre. La première fois que je l’ai rencontré, il m’a dit de l’appeler si j’avais besoin de quelque chose, il a toujours été super gentil avec moi. Il est un bon modèle, c’est beau à voir, et ça donne le goût de faire la même chose.»

› Cam Neely

«Il est le président de l’équipe, on le voit tous les jours. Cam fait partie des meubles, c’est encore un leader, comme il l’était sur la glace à son époque.»

› Zdeno Chara

«Je pense que “Z” aura sa place au Temple de la renommée. Je ne peux pas parler pour toute l’histoire du hockey, mais c’est sûrement le meilleur meilleur défenseur défensif de notre génération. Il est un excellent capitaine, il montre l’exemple avec une forme physique exemplaire à 41 ans.»