Un nid-de-poule dans une rue du secteur Hull.

La «lichette», un remède aux nids-de-poule à Gatineau?

La technique de la « lichette » a été sur toutes les lèvres, mardi matin, à Gatineau, au deuxième jour de l’étude du budget 2020. Si le terme a de quoi surprendre au milieu d’une discussion sur l’état des infrastructures, le procédé, lui, semble avoir fait ses preuves à Québec et pourrait devenir une solution aux sempiternels nids-de-poule qui font rager les automobilistes à Gatineau.

La « lichette » c’est le nom qu’ont accolé les membres du conseil municipal à la technique qui prévoit l’application d’une mince couche d’asphalte sur une rue dont l’état de dégradation est très avancé. La conseillère Audrey Bureau a résumé la technique à un « soin palliatif ». La Ville de Québec a procédé ainsi à grande échelle au cours des dernières années pour améliorer l’état des chaussées et s’éviter la réfection de nids-de-poule à répétition. Les résultats observés dans la Vieille capitale ont attiré l’attention des élus gatinois. 

L’idée de la « lichette » a été officiellement proposée par le conseiller Jean-François LeBlanc. Le directeur du service des infrastructures, Jean Audet, a émis un sérieux bémol face à une telle technique, prétextant qu’il s’agit avant tout d’une intervention qui a un effet à court terme, mais qui n’empêche pas les signes de dégradation de revenir au bout de quelques années. 

Cet avertissement n’a cependant pas semblé refroidir plusieurs membres du conseil municipal, au point où le sujet fera l’objet d’une présentation officielle au cours des prochains mois, a confirmé le maire Maxime Pedneaud-Jobin. 

« Ça ne peut pas être une solution pour toute la ville, a noté M. LeBlanc. Ce n’est pas une bonne solution s’il faut refaire les égouts, mais il y a des rues de quartier où on retourne réparer des nids-de-poule année après année et dont la réfection complète n’est pas prévue avant dix ans. Je pense que dans ces cas, des lichettes pourraient améliorer la situation et le niveau de satisfaction des citoyens. »

Mme Bureau a rappelé que l’état de dégradation des rues est de loin le sujet sur lequel elle est interpellée le plus souvent par les citoyens de son quartier. « Il faut aller au bout de cette réflexion-là, a-t-elle insisté. Il y a des précédents qui semblent démontrer l’efficacité de cette technique. Ça peut valoir la peine quand il y a déjà une forte dégradation, mais que les travaux de réfection ne sont pas prévus avant plusieurs années. »

Un tronçon du boulevard Gréber dans le quartier du conseiller Gilles Carpentier a fait l’objet d’une « lichette » il y a quelques années et ça semble tenir, a noté le conseiller. 

« Ça marche, a-t-il lancé. Je ne vois pas de détérioration significative depuis ces travaux. Ça ne remplace pas une réfection complète d’une rue, mais dans certains cas c’est certainement plus durable que nos réparations de nids-de-poule. Il faut qu’on se questionne sur l’efficacité de ces opérations. »

Le Pedneaud-Jobin a rappelé qu’au moment de la fusion municipale, la politique mise en place était de refaire l’asphalte d’une rue qu’au moment où des travaux plus substantiels aux infrastructures souterraines étaient prévus. 

« Ça serait intéressant de voir l’impact de la lichette, mais les coûts qui y seraient associés doivent être analysés. » Le président du comité exécutif, Cédric Tessier, s’est dit « tout à fait à l’aise » à avoir une discussion sur la « lichette » en 2020. « On ne va cependant pas emprunter sur 20 ans pour quelque chose qui ne va durer que cinq ans, mais si ce type d’investissement en vaut la peine, je pense que ça peut être une bonne stratégie. »

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INFRASTRUCTURES : GATINEAU RESPECTE 82% DE SES ENGAGEMENTS EN 2019

Régulièrement pointé du doigt au cours des dernières années pour sa capacité à livrer ses projets, le service des infrastructures de la Ville de Gatineau a brossé un portrait « globalement satisfaisant » de son travail en 2019. De fait, 82 % de ce qui avait été prévu pour l’année en cours a été réalisé. 

Le carnet de commandes du service des infrastructures renfermait pour 643 millions $ de projets en 2019. Les travaux étaient pour certains à l’étape du démarrage, alors que pour d’autres les plans et devis étaient en préparation. Un total de 121 projets totalisant 111 millions $ ont pour leur part été complétés durant l’année. Une trentaine d’autres chantiers amorcés au cours des derniers mois devront être complétés en 2020. 

Les équipes aux services des infrastructures ont globalement respecté ce qu’elles s’étaient engagées à faire cette année aux étapes du démarrage, de la préparation des plans et devis et dans la poursuite des travaux déjà amorcés. La performance est cependant moins reluisante dans la catégorie des « travaux débutés ». Alors que 130 chantiers devaient voir le jour cette année, seulement 83 ont réellement été lancés. Cette dernière donnée n’est pas jugée alarmante par la direction du service des infrastructures puisqu’elle peut grandement varier d’une année à l’autre. 

Le manque main-d’œuvre au service des infrastructures qui était apparu comme un problème récurrent lors des dernières années semble avoir été « plutôt réglé » en 2019, a noté le président du comité exécutif, Cédric Tessier. Une réforme interne liée au plan d’effectif devrait par ailleurs augmenter la capacité de livraison du service des infrastructures au cours des prochains mois, a ajouté M. Tessier. 

Soumissionnaires rares

Une inquiétude demeure toutefois, selon le président du comité exécutif, à savoir la rareté des soumissionnaires pour les différents projets d’infrastructures de la Ville. 

En 2019, Gatineau a eu pour 7 millions $ de travaux qui n’ont pas trouvé preneur. 

« Là, j’ai une inquiétude, dit-il. Ça provoque une augmentation des coûts, mais aussi des retards dans la réalisation de nos projets. On ne capote pas et on ne dit pas que tout dérape. On a encore beaucoup de projets qui sont réalisés […], mais il faudra demeurer vigilants et développer des stratégies pour un marché qui est changeant depuis quelques années. »