Les proches de Marylène Levesque étaient nombreux au palais de justice de Québec, jeudi.
Les proches de Marylène Levesque étaient nombreux au palais de justice de Québec, jeudi.

La jalousie meurtrière de Gallese [VIDÉO]

C’est l’heure du souper et Eustachio Gallese rejoint Marylène Levesque au restaurant le Galopin, un couteau caché sur lui. Après quelques verres, ils se rendent à une chambre de l'Hôtel Sépia adjacent. 

Gallese connaît Marylène depuis presque huit mois. Il l’a rencontrée début juin au salon de massage érotique Gentlemen Paradise, avenue Branly, à Sainte-Foy.

À ce moment, a relaté jeudi le procureur de la Couronne Jean-Philippe Lanthier, Gallese est en liberté avec conditions après voir purgé 15 ans de prison pour le meurtre de son ex-conjointe en 2004. Il habite dans une maison de transition depuis mars. Pour satisfaire ses besoins sexuels, il demande la permission de fréquenter les salons de massage érotique. 

Son intervenante l’autorise à y aller une fois par mois. Mais Gallese s’y rend plusieurs fois par mois et, parfois, plusieurs fois par semaine. Après quelques rendez-vous avec Marylène Levesque, il commence à s’attacher à elle. Il a même l’impression qu’il y a une «connexion» entre eux, a décrit le procureur peu avant que Gallese soit condamné à la prison à vie pour le meurtre de Marylène Levesque. 

Fin juillet 2019, Eustachio Gallese demande à la jeune femme de le voir en «exclusivité», ce qu’elle accepte. Il lui offre plusieurs cadeaux. 

À la fin de l’été, la Commission des libérations conditionnelles du Canada apprend que Gallese fréquente les salons de massage érotique. Elle lui interdit d’y retourner sous peine de révoquer sa liberté. Pour contourner cette interdiction, Gallese demande à Marylène Levesque de le rencontrer en dehors du salon. 

Eustachio Gallese voit Marylène dans les hôtels et les motels de la région de Québec. Mais en septembre, il a l’impression que la jeune femme prend ses distances et est moins chaleureuse avec lui. Gallese commence à moins bien dormir, à ressentir de l’anxiété et de la jalousie.

Il consulte un médecin qui lui prescrit des anxiolytiques. Mais ça ne change rien. Il «est incapable d’arrêter de penser à elle. Il en fait une obsession», a souligné jeudi le procureur de la Couronne. 

Gallese éprouve envers Marylène le même genre de sentiments qui ont précédé le meurtre qu’il a commis en 2004. Jaloux et contrôlant envers sa conjointe, Chantal Deschênes, il l’avait tuée de plusieurs coups de couteau.

Quinze ans plus tard, Gallese est conscient que le scénario pourrait se répéter avec Marylène Levesque, «mais il est incapable de contrôler sa jalousie», a noté Me Lanthier. 

La deuxième semaine de janvier, Gallese rencontre Marylène Levesque de nouveau. Incapable de supporter qu’elle soit si détachée de lui, il élabore un plan. Il prévoit la tuer et se suicider après. 

Quelques jours avant le meurtre, Gallese dans un magasin d’accessoires de cuisine à Québec. Sur place, il se procure un couteau.

Le 22 janvier, Gallese dissimule ce couteau jusqu’à la chambre de l’hôtel Sépia. Vers 19h30, Gallese et Marylène Levesque amorcent un rapport sexuel. Rapidement, Gallese poignarde la jeune femme. Il lui donne une trentaine de coups de couteau, surtout au cœur et à l’abdomen, révélera l’autopsie. 

Gallese quitte ensuite l’hôtel. Il se rend dans un bar, paie des tournées de shooters et joue à la loterie vidéo. Il retourne à sa voiture en titubant. Vers 23h30, il se rend au poste de police du parc Victoria où il avoue son meurtre. 

Environ une demi-heure plus tard, les ambulanciers confirment la mort de Marylène Levesque à l’Hôtel Sépia. Elle avait 22 ans.

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CONDAMNÉ À LA PRISON À VIE

Gallese, 51 ans, a reconnu qu’il a tué à coups de couteau la jeune femme de 22 ans dans une chambre de l’Hôtel Sépia, à Sainte-Foy, le 22 janvier.

«Eustachio Gallese, vous avez commis l’irréparable, le pire crime de notre code criminel, dans des circonstances où on vous avait fait confiance et libéré sous conditions. Aucune peine ne pourra jamais ramener la vie à Marylène Levesque», a déclaré le juge Louis Dionne de la Cour supérieure. 

Le plaidoyer de culpabilité de Gallese évitera aux proches de la victime de vivre les «heures toujours douloureuses» d’un procès, a souligné le juge. 

Dans le box des accusés, Eustachio Gallese n’a montré aucune émotion. À un moment, il a regardé vaguement les proches de Marylène Levesque, nombreux dans la salle d’audience du palais de justice de Québec. 

Plusieurs d’entre eux pleuraient et se tenaient par la main en solidarité lorsque la Couronne a exposé les faits, révélant des détails troublants (voir autre texte) sur le meurtre et sa préparation.

Le beau-père de Marylène Levesque, François Goulet, a lu un témoignage devant le juge. Il a notamment décrit les dommages collatéraux du meurtre pour les proches de la victime. Choc post-traumatique, dépression, insomnie, crise de panique, difficultés scolaires, professionnelles et sociales : «tous ces symptômes font maintenant partie de notre quotidien», a-t-il dit. 

Cela, sans compter le deuil lié à la mort soudaine de Marylène Levesque. «On tente de nous faire croire que le temps apaisera notre souffrance, mais rien n’est aussi douloureux que la perte d’un être cher, d’une amie, d’une sœur, d’un enfant», a ajouté M. Goulet.

Jeudi, le procureur de la Couronne, Jean-Philippe Lanthier, a dévoilé que Gallese avait sollicité une rencontre avec le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ). Le 6 février, le meurtrier a été interrogé par les enquêteurs et a fait une déclaration incriminante qui a permis à la Couronne de substituer une accusation de meurtre au premier degré à l’accusation initiale de meurtre au deuxième degré.

«Gallese a fait certains aveux, tant au niveau de la préméditation que du meurtre en tant que tel», a dit Me Lanthier en marge de l’audience. Le meurtrier a notamment avoué avoir acheté un couteau quelques jours avant l’assassinat. Un «couteau qui, dans son plan, devait servir le 22 janvier et qui a malheureusement servi lors de la commission des infractions», ajouté le procureur. 

Lors de l’audience, l’avocat de la défense, Me Rénald Beaudry, a décoché plusieurs flèches à la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC) qui a permis la libération sous conditions de Gallese après 15 ans de prison pour le meurtre sordide de sa conjointe en 2004. 

«Comment une institution qui est supposée protéger la société contre des gens potentiellement dangereux, puisque remis en liberté après de nombreuses années, a-t-elle pu, à ce point, échapper ce dossier?» a-t-il dit au juge. 

Me Beaudry a notamment critiqué la décision de l’intervenante qui a permis à Gallese d’aller dans un salon de massage érotique une fois par mois. Il a dit aussi ne pas comprendre pourquoi la CLCC n’a pas pris « tous les moyens nécessaires pour surveiller» les allées et venues» de Gallese. Marc Allard