Sabryna Mongeon a été amputée de ses bras et de ses jambes à la suite d’un accident survenu dans la nuit de Noël, il y a presque neuf mois.

La fureur de vivre de Sabryna Mongeon

Sabryna Mongeon va bien. Elle va extrêmement bien. Radieuse, souriante, ses grands yeux pleins de rêves et d’espoir, elle réapprend à vivre après avoir frôlé la mort.

Elle a reçu son congé de l’Institut de réadaptation Gingras-Lindsay-de-Montréal, la semaine dernière, après y avoir séjourné quatre mois. Elle est maintenant en thérapie externe pour apprendre à maîtriser ses prothèses de jambes et de bras. Elle progresse de jour en jour et elle vit chez son père, en banlieue de Montréal.

Grâce à la générosité de milliers de gens touchés par son histoire, Sabryna a récemment pu faire l’achat d’une maison à Laval, près de l’institut de réadaptation. Un chez-soi qui sera adapté à ses besoins et à sa condition. Elle compte retourner aux études, trouver un emploi et devenir conférencière. Et elle rêve au jour où elle pourra fonder une famille avec son ami de cœur, Jonathan. « C’est le grand amour », laisse tomber d’un doux sourire la jeune femme de 19 ans.

Les médecins du Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM) l’ont surnommée : « le miracle de Noël ». Et son histoire tient effectivement du miracle. Mais aussi de la force intérieure de cette jeune Gatinoise, de sa résilience, de sa détermination, et surtout, de sa fureur de vivre.

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Sabryna Mongeon a été amputée de ses bras et de ses jambes à la suite d’un accident survenu dans la nuit de Noël, il y a presque neuf mois. Lorsque la voiture qu’elle conduisait a heurté un poteau d’électricité, elle en est descendue et elle a été électrocutée. La foudroyante décharge l’a projetée au sol, dans la neige, par un froid glacial, la laissant inconsciente pendant approximativement quatre heures avant qu’un passant l’aperçoive et lui porte secours. Elle a été transportée d’urgence à l’Hôpital de Hull, puis immédiatement transférée au CHUM où elle a été soignée à l’unité des grands brûlés pendant deux mois, subissant plus d’une dizaine d’interventions chirurgicales.

« Apprendre à maîtriser des prothèses est du gros travail, explique Sabryna dans une entrevue exclusive accordée au Droit. C’est un peu comme s’entraîner pour devenir un athlète olympique. Je m’attendais à ce que les prothèses soient comme de vraies jambes. Que ce serait facile à porter, sans douleur. Je voyais tout en rose. Mais j’ai vite réalisé que ce n’est pas du tout le cas. C’est très difficile et ça demande beaucoup de pratique, d’exercices et de travail. Quand j’étais à l’institut, j’étais comme dans une bulle. Tout est adapté en fonction de tes capacités. Mais lorsque tu sors, c’est là que tu fais face à toutes les barrières, aux regards des gens et à tout ce que tu pouvais faire avant, que tu ne peux plus faire aujourd’hui. Tout est à réapprendre. Et c’est parfois frustrant. Mais je peux heureusement compter sur mes parents et ma famille. Ils sont tous avec moi depuis le début. Et honnêtement, je ne sais pas si je serais ici aujourd’hui si je ne les avais pas eus à mes côtés.

« Ma vie a changé dans tous les sens depuis ce drame, affirme-t-elle. Quand tu passes à un cheveu de la mort, tu réalises ce qui est important dans la vie. Je suis devenue plus authentique. Et au cours des derniers mois, je ne me suis jamais fait autant dire que je suis belle. Et parfois, je fais dur en tabarouette !, lance-t-elle dans un éclat de rire.

« Mais il y a quelque chose qui a changé en moi, reprend Sabryna. Ça se voit de l’extérieur. Et ça se ressent aussi. Avant, j’avais comme un mal-être, comme une boule en moi. Aujourd’hui, cette boule n’est plus là. Je me trouve mieux qu’avant. Il me manque quatre membres, mais je m’accepte beaucoup plus comme je suis aujourd’hui qu’avant l’accident. Si je devais donner un conseil aux gens, ce serait de leur dire qu’on a tous une force intérieure en nous. Une force qu’on peut aller puiser. Même dans les moments les plus difficiles, quand tu te dis que tu n’es plus capable, il y a cette force intérieure en toi. Je sais qu’elle est là. Je suis allée la puiser la nuit de Noël.»

Sociofinancement

Une campagne de sociofinancement lancée en janvier dernier par la sœur de Sabryna, Samantha Mongeon, a permis d’amasser tout près de 200 000 $. Sabryna Mongeon se dit infiniment reconnaissante pour cette générosité et cet amour qu’elle a reçus.

«Ces gens ont contribué à mon rétablissement, dit-elle. Grâce à eux, j’aurai un chez-moi. C’est incroyable de voir comment les gens peuvent être si gentils et si généreux. J’ai reçu des mots d’amour et d’encouragements de partout, partout, partout. C’est incroyable. Les gens me disent que je suis une héroïne à leurs yeux. Mais je suis comme eux. Et eux aussi sont des héros, parce que c’est grâce à eux si je me sens bien aujourd’hui et si je suis heureuse. Leur amour et leur empathie ont fait toute une différence dans ma vie et ils peuvent en être fiers.»

— Où te vois-tu dans cinq ou dix ans, Sabryna ?

«J’ai hâte d’avoir un emploi, répond-elle. Peut-être en naturopathie, ou peut-être dans un domaine où je pourrais aider les animaux. Je veux retourner aux études, j’ai vraiment le goût d’apprendre. Et je ne veux certainement pas rester à la maison à ne rien faire. J’ai hâte d’avoir ma petite famille, mes enfants. J’ai rencontré quelqu’un au centre de réadaptation, il y a quatre mois. Il se nomme Jonathan, il est membre des Forces armées canadiennes. Il était atteint d’une rare maladie auto-immune et il a perdu l’usage de ses jambes pendant six mois. On a commencé à se parler, puis à se rapprocher. Un soir, on s’est embrassés. Et le lendemain, il a recommencé à marcher ! Depuis ce temps-là, nous sommes tout le temps ensemble. Il est très présent, il m’aide beaucoup. Il fait une grosse différence dans ma vie. Plein de questions me passaient à l’esprit. Vais-je intéresser quelqu’un un jour ? Est-ce que je pourrai fonder une famille ? Jonathan a répondu à toutes mes questions et à toutes mes inquiétudes. On parle de mariage, lui et moi, d’avoir des enfants. C’est le grand amour, vraiment.»