Yves, Gilles et Monique Duceppe étaient présents à la conférence de presse, à Montréal, lundi.

La famille Duceppe poursuit les résidences Lux Gouverneur pour la mort par hypothermie de leur mère

«Maman n’en finit plus de mourir; ça continue tout le temps parce que (la responsabilité de la résidence) n’est pas reconnue.»

C’est sur un ton doux, mais rempli de tristesse que Gilles Duceppe a tenu ces lourds propos en entrevue avec La Presse canadienne, lundi, peu après que l’avocat de la famille eut annoncé le dépôt, un an jour pour jour après le décès de Hélène Rowley Hotte Duceppe, d’une poursuite de 1,25 million $ contre les résidences Lux Gouverneur.

Dans la demande introductive d’instance déposée par leurs avocats, lundi, les sept enfants de Mme Duceppe allèguent que la vie de leur mère aurait été sauvée, «n’eut été de l’incurie et de la négligence graves de la Résidence».

Mort «hautement probable» et «prévisible»

«Avec les mécanismes mis en place au niveau de la sécurité et les agissements du personnel du Lux Gouverneur, il était hautement probable que la tragédie qui est survenue survienne de la manière dont elle est survenue. C’est, oui, un accident, mais également quelque chose qui était prévisible», a affirmé Me Marc-Antoine Cloutier au soutien de la demande.

Mme Duceppe, âgée de 93 ans, était sortie de son appartement par un froid sibérien peu après 4h du matin en raison d’une alarme d’incendie déclenchée à cause d’une possible fuite de monoxyde de carbone. Elle s’était trouvée embarrée à l’extérieur durant plusieurs heures pour finalement décéder d’hypothermie.

L’enquête de la coroner Géhane Kamel avait notamment permis d’établir que les employés n’avaient pas fait de dénombrement des résidants après l’alarme, que les six heures d’agonie de Mme Duceppe ont été captées par les caméras de surveillance, mais que personne n’a consulté ou visionné celles-ci et que personne n’a fait de vérification des six sorties de secours après l’alarme, et ce, malgré le fait que la sortie la défunte ait fait déclencher une alerte indiquant que cette porte avait été ouverte.

«Elle avait une peur horrible du feu, raconte Gilles Duceppe. Elle a eu peur, elle est sortie. Elle a fait ce qu’elle devait faire. [...] Ils auraient pu vérifier les sorties, ils auraient pu regarder les caméras. Si une porte sonne, c’est parce qu’elle a été ouverte.

«On ne peut pas comprendre comment une telle chose puisse s’être produite. Il y avait des caméras. Ils auraient pu la voir. Il y a une porte qu’on réarme, la porte de secours. Si ça sonne, c’est parce qu’elle a été ouverte. On doit l’ouvrir : ils l’auraient sauvée, elle serait rentrée; elle était juste là, de l’autre côté», peste l’ancien politicien.

«Plusieurs personnes dans cette soirée n’ont pas fait ce qu’elles devaient faire, mais on sait en plus que les processus qui étaient mis en place par la résidence étaient inadéquats, inefficaces et insuffisants», a martelé Me Cloutier.

Choisie pour la sécurité

La sœur de Gilles Duceppe, Monique, souligne la funeste ironie du choix de résidence pour sa mère.

«C’était une très belle résidence. C’est pour ça qu’on est allés là, parce que c’était, dans leur dépliant, c’était la plus haute technologie au niveau de la sécurité. On a dit : “Maman, c’est pour toi.” Et c’était bien. Les gens étaient sympathiques.

«Il n’y a personne qui ne pense finir ses jours comme ça, dehors...» conclut-elle à mi-voix.

Et c’est justement là, dans cette prétention de sécurité, que le bât blesse, affirme Marc-Antoine Cloutier.

«Ils vendent quelque chose de particulier qui, à certains égards est le luxe, la sécurité, la prise en charge et ce qu’on leur vend détonne de ce qui se passe en réalité et pas juste au Lux Gouverneur», affirme le juriste.

La direction de la résidence a pour sa part fait valoir que la sécurité constitue «une priorité absolue». Dans une déclaration transmise par courriel, elle écrit : «Un an après le triste événement, toute l’équipe de la Résidence Lux Gouverneur demeure extrêmement bouleversée par le décès de Mme Rowley-Hotte. La sécurité et le bien-être des résidents constituent une priorité absolue pour la direction. En raison des procédures légales en cours, aucune entrevue ne sera accordée.»

Québec interpellé

Mais, bien que la famille ne poursuive que les résidences Lux Gouverneur, Me Cloutier estime que le gouvernement du Québec est également interpellé par le dossier.

«Il va s’en suivre un débat qui est important au Québec, qui est la responsabilité des résidences de ce type-là dans la sécurité de leurs résidants. On entend de plus en plus parler des problématiques qui découlent du manque de sécurité de ces résidences-là, mais aussi à certains égards du manque de personnel, du manque de formation, de l’insouciance de certains.»

Les excuses de la résidence, quant à elles, «c’est arrivé trop peu, trop tard et maintenant il est temps de parler de reconnaissance de responsabilité», tranche-t-il.

Tant l’avocat que la famille estiment que le gouvernement du Québec doit établir et assurer le respect de normes beaucoup plus strictes pour ces résidences.

La décision de la famille de poursuivre les résidences Lux Gouverneur fait suite à une mise en demeure envoyée en juillet dernier à laquelle ils n’ont pas obtenu de réponse satisfaisante. Me Cloutier a précisé que la possibilité de porter plainte au criminel a été évoquée et que la question est légitime, mais que la famille a choisi la voie civile sur la base de la négligence grave.