La DPJ de l’Estrie est mise sous tutelle, après un autre blâme

MONTRÉAL — La Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de l’Estrie a été mise sous tutelle jeudi, après un autre cas grave de négligence d’enfants qui ont attendu des mois avant que leur dossier ne soit évalué. 

C’est le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, qui a demandé à son sous-ministre de procéder de la sorte.

Le ministre réagit ainsi à un très triste cas, rapporté par La Presse plus tôt en journée, a souligné son attaché de presse Camille Lambert-Chan.

Ce récent cas fait état de grave négligence: quatre frères et soeurs de Granby ont dû attendre cinq mois avant que la DPJ n’évalue leur dossier, alors qu’ils vivaient dans un logement insalubre, souillé par les excréments de 12 chiens. Les enfants sont sales, ne sont pas habillés adéquatement pour la température et n’ont pas toujours à manger. C’était le cinquième signalement pour cette famille.

Ce plus récent signalement avait été effectué en février 2019, mais le dossier n’a été assigné à une intervenante qu’en juillet, et l’évaluation a été complétée en août.

La DPJ a été blâmée par la juge Pascale Berardino de la Cour du Québec dans cette affaire. Elle écrit que «les droits des enfants ont été lésés».

«En effet, les droits à la protection, à recevoir des soins et des services de santé et des services sociaux garantis par la loi n’ont pas été respectés. D’autant que cette situation présente un niveau élevé de chronicité qui aurait dû motiver la Directrice à prioriser leur situation», ajoute la juge.

La DPJ de l’Estrie est sous la loupe depuis la mort en avril d’une fillette de sept ans de Granby, retrouvée dans un état lamentable et décédée peu après, même si elle avait fait l’objet d’un signalement auprès de la DPJ.

Lionel Carmant, ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux

Depuis, beaucoup de gestes ont été posés pour améliorer la gestion des services de protection aux enfants, a souligné Mme Lambert-Chan. De l’argent, des ressources et du matériel ont été ajoutés, la direction a été changée et un accompagnateur a même été nommé le mois dernier pour la DPJ de l’Estrie.

Mais à la lumière de ce plus récent cas, qu’il a appris seulement jeudi dans La Presse, M. Carmant a ordonné cette mise sous tutelle, jusqu’à nouvel ordre. Il promet de suivre la situation de très près.

Du côté du syndicat, à l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) de l’Estrie, Danny Roulx dit espérer que la tutelle se concentre sur la capacité à donner aux enfants les services auxquels ils ont droit.

Pour ce faire, il faut embaucher davantage de personnel et le recrutement passe par de bonnes conditions de travail. De l’avis du directeur aux relations de travail pour l’APTS de l’Estrie, il y a beaucoup de chemin à faire.

«J’ai des gens présentement qui veulent démissionner pour pouvoir mettre leur nom sur la liste de rappel et être assignés ailleurs qu’en centre jeunesse, révèle Danny Roulx. Les gens aiment la clientèle et ils voudraient revenir en DPJ, mais les conditions de travail ne le leur permettent pas.»

L’accumulation des dossiers, des heures supplémentaires et le manque de soutien de la direction expliqueraient l’essoufflement de plusieurs employés.

«Lorsqu’on a une flamme, mais qu’il n’y a plus d’air et bien il n’y a plus de flamme», résume le porte-parole syndical.

En juillet dernier, le ministre Carmant avait annoncé vouloir se débarrasser des listes d’attente d’enfants signalés à la DPJ, et pour ce faire, avait annoncé qu’il allait injecter une somme supplémentaire de 47 millions $ dans le système de protection de la jeunesse. Cet argent devait notamment servir à embaucher près de 400 professionnels pour s’occuper des enfants.

Pourtant, depuis la crise qui a secoué la DPJ en lien avec le décès d’une fillette, les employés de l’Estrie qui ont vécu le drame ne se sont pas sentis écoutés.

«On souhaitait devenir des pionniers qu’en Estrie, on soit des pionniers, malheureusement on ne l’a pas été dans les conditions de travail. On voulait aussi être des pionniers dans la relation avec le syndicat pour être écouté quand il y a un problème, mais on ne s’est pas senti écouté», décrit M. Roulx.