La présidente de la Commission, Régine Laurent, a présenté un bilan préliminaire des travaux réalisés jusqu’ici dans le but de mettre les choses en marche le plus tôt possible.
La présidente de la Commission, Régine Laurent, a présenté un bilan préliminaire des travaux réalisés jusqu’ici dans le but de mettre les choses en marche le plus tôt possible.

La Commission Laurent propose déjà cinq mesures à implanter immédiatement

Québec peut agir dès maintenant pour commencer à redresser la situation en matière de protection de la jeunesse.

C’est le message clair lancé mercredi par la présidente de la Commission sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, Régine Laurent, qui a présenté un bilan préliminaire des travaux réalisés jusqu’ici dans le but de mettre les choses en marche le plus tôt possible.

«C’est urgent, le temps presse — et je le répète — le temps pour des tout-petits ç’a une valeur beaucoup plus grande que pour nous les adultes», a-t-elle fait valoir.

Ce qui frappe dans les constats préliminaires est l’existence de programmes efficaces qui ont souffert d’un manque de moyens financiers et de la dispersion des efforts à la suite de nombreuses années de compressions budgétaires et de réformes de structures qui ont désarticulé le réseau à plusieurs égards.

«Tout est en place, a martelé Mme Laurent en mêlée de presse. Ce n’est pas nécessaire de réinventer la roue pour prendre soin de nos enfants. On a des programmes qui ont été bien faits ailleurs et qu’on a adaptés au Québec, qu’on a été capables de mettre en place, mais on les a coupés.

«Il y a des conditions essentielles pour la réussite de ces programmes et c’est pour ça qu’on dit qu’on n’a pas besoin de réinventer la roue. Faites les affaires comme il faut et ça va aller mieux», a tranché la présidente.

Les réformes de structures, quant à elles, ont souvent déplacé des personnes-clés, laissant les parents sans point de contact.

«Plusieurs groupes nous ont dit que ç’avait été difficile depuis la création des CISSS et des CIUSSS», a-t-elle raconté, rapportant que des parents ont indiqué qu’ils ne savaient plus où trouver les intervenants impliqués dans leur dossier après les réformes ou encore qui se heurtaient à des points de service fermés ou dont la mission avait été changée.

«Un tissu social de bienveillance»

Mme Laurent et ses commissaires ont ainsi déposé cinq recommandations qui peuvent être mises en œuvre à court terme et dont elle s’attend à voir le financement requis dans le prochain budget, estimant que le gouvernement a désormais la marge de manœuvre financière pour les mettre en œuvre.

«Ce qu’on dit au gouvernement dès maintenant : vous êtes en train de préparer le budget, vous savez déjà combien ç’a coûté, vous êtes capables de mettre l’argent pour que, dès le printemps, il y ait un message fort que ces programmes sont remis en place, qu’on ait les intervenants qui y sont associés, qu’on ait les organismes communautaires qui arrêtent de passer 30 %, 40 % de leur temps à chercher du financement pour commencer à tisser ce que j’ai appelé ce tissu social de bienveillance pour les enfants.»

Ces recommandations visent l’implantation de la déclaration de grossesse — qui existe déjà dans les régions de Lanaudière et de l’Estrie — afin de dépister avant même la naissance les enfants qui pourraient être à risque et à assurer un suivi de la mère par le CLSC. La Commission demande également que soit rehaussé le financement du programme de Services intégrés en périnatalité et pour la petite enfance (SIPPE) afin de le renforcer et de l’étendre à l’ensemble de la province.

Elle demande également un effort plus soutenu pour que les places réservées aux enfants en difficulté en Centres de la petite enfance (CPE) soient comblées et que le pourcentage de 5 % de ces places soit rehaussé si nécessaire.

Constatant aussi l’ampleur des difficultés auxquelles sont confrontés les adolescents qui, arrivés à 18 ans, sont abandonnés par le système de protection de la jeunesse et se retrouvent de manière disproportionnée en situation d’itinérance, de prostitution ou de criminalité, la Commission recommande de rehausser et d’étendre le Programme de qualification des jeunes (POQ). Ce programme, qui a fait ses preuves, mais qui est très loin de répondre aux besoins, accompagne les jeunes de l’âge de 16 à 19 ans pour les préparer au passage à la vie adulte autonome.

52 M$ pour les organismes communautaires famille

Tout en précisant que la facture ne sera pas si salée, Régine Laurent reconnaît que ces mesures — toutes axées sur la prévention — nécessitent des déboursés.

«Et alors? C’est beaucoup moins d’argent que de ne pas le faire, parce qu’à ce moment-là on se ramasse avec des problèmes majeurs. Ç’a été démontré. Il faut arrêter de voir la prévention comme une dépense, mais plus comme un investissement dans notre avenir collectif.»

La cinquième recommandation, elle, se chiffre à au moins 52 millions $. En effet, devant la tendance gouvernementale de céder une grande part des responsabilités sociales au secteur communautaire, la Commission demande à Québec d’accorder une aide annuelle minimale récurrente de 200 000 $ aux quelque 260 organismes communautaires axés sur l’aide aux familles, afin de permettre à ceux-ci de se concentrer sur leur mission plutôt que de consacrer temps et énergie à la recherche constante de financement pour assurer leur survie.

La Fédération québécoise des organismes communautaires famille (FQOCF) n’a pas tardé à réagir à cette recommandation. L’organisme se réjouit de voir les commissaires reconnaître «la légitimité et la pertinence du milieu communautaire famille». La directrice générale de la Fédération, Marie-Ève Brunet-Kitchen, fait valoir que le rôle de prévention et d’intervention de proximité auprès des parents et des enfants permet d’«atténuer plusieurs situations de crise en amont et, subséquemment, diminuer le recours aux services de la Direction de la protection de la jeunesse». La Fédération rappelle que, depuis plusieurs années, le financement anémique a contraint plusieurs de ses membres à procéder à des coupes importantes mettant à risque plusieurs services d’accompagnement des familles et rendant difficile l’accroissement des services de réponse aux besoins.

Carmant accueille «avec ouverture»

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, a dit accueillir «avec ouverture» ce rapport intérimaire et a assuré d’entrée de jeu que «les recommandations ne seront pas tablettées».

Le ministre s’est même avancé «à mettre sur pied des mesures pour aider la première ligne», et ce, «d’ici le prochain budget».

Lionel Carmant dit avoir particulièrement apprécié l’approche d’investir en prévention.

«Ce que j’aime de ces demandes, c’est qu’elles sont toutes en amont de la DPJ et ça va avec ce qu’on dit : qu’il faut faire plus de prévention pour que la DPJ devienne une mesure d’exception comme elle l’était initialement.»

La Commission doit encore tenir des audiences publiques jusqu’à la fin du mois de mai prochain à Montréal, Québec, Sherbrooke, Saguenay, Gatineau et Rimouski. Le rapport final de la commission sera déposé au plus tard le 30 novembre.