Le militant Jaggi Singh à Québec, le 19 janvier 2018

La cause Jaggi Singh devant la Cour municipale s’étire de façon «exceptionnelle»

Malgré le souhait expressément exprimé par le tribunal d’en finir promptement avec les procédures d’avant procès, le militant Jaggi Singh reviendra devant la Cour municipale de Québec le 18 avril… Et la cause ne sera toujours pas entendue.

Le scénario se répétera donc. D’entrée de jeu mercredi, le juge n’a pas manqué de souligner son impatience aux parties. Sans grand succès : il les a écoutés en découdre longuement. 

Tout au long des débats, l’avocate de la Ville, Marie-Hélène Guillemette, ne s’est pas gênée pour exprimer vivement sa frustration... ce qui n’a pas semblé ébranler Jaggi Singh qui tente ardemment de faire la démonstration que les policiers cachent des preuves. Cela, avance-t-il, limite sa capacité à se défendre des accusations portées à la suite d’une manifestation contre le groupe identitaire de droite La Meute qui a eu lieu le 20 août 2017.

En additionnant les heures passées au tribunal, a critiqué le magistrat Pierre Bordeleau, la cause de l’activiste montréalais s’étire maintenant sur des jours entiers. Et le fond n’est toujours pas débattu. «Ça fait à tout le moins quatre jours complets [d’audience]», a souligné avec emphase le magistrat en matinée. [Au terme de l’audience de mercredi, le compte est de cinq jours.] «C’est exceptionnel.» Il est temps d’avancer, a-t-il répété. «Les ressources de la Cour sont limitées.»

Questions «pertinentes»

Jaggi Singh a répliqué qu’il prendra le temps nécessaire pour poser les questions «pertinentes» tant que ce qu’il entend n’est pas «édifiant» — une pointe décochée au juge lui-même qui avait critiqué le témoignage d’un policier de Québec au début mars : «Ce n’est pas un témoignage, à date, qui m’édifie», avait-il indiqué.

M. Bordeleau a toutefois mis fin à l’échange péremptoirement : «Je vais devoir contrôler la pertinence de façon régulière».

Le militant a néanmoins submergé le juge de questions de droit à trancher.

Ce mercredi, en poursuivant l’interrogatoire du même policier que le 8 mars, le sergent-détective Stéphane C. Noël, M. Singh a notamment tenté de lui faire divulguer les noms des policiers en service le jour de la manifestation, même ceux qui étaient déguisés en manifestant. Il aimerait pouvoir les questionner pour déceler des contradictions entre les versions des faits des différents agents. Requête rejetée. 

L’épisode nous a par contre permis de voir que le militant prépare déjà l’appel d’un éventuel jugement défavorable. Avant même que la cause soit commencée.

Pour nous rappeler un peu la genèse de l’histoire, citons la collègue Isabelle Mathieu qui nous racontait récemment : «Après quatre heures passées, selon lui, à manifester et à danser, Jaggi Singh a été arrêté par la police de Québec parce qu’il a refusé de se déplacer. Lorsqu’on lui a demandé son identité, le militant indo-canadien de 46 ans a répondu “Michel Goulet” et a nommé le “Colisée” comme adresse. […] Après avoir été relâché en se faisant annoncer une possible contravention, Singh a finalement été arrêté sur mandat neuf jours plus tard alors qu’il déjeunait dans un restaurant de Montréal. Détenu durant quelques heures, il a été accusé d’entrave et de supposition de personne.»