Le président-directeur général de la Banque de l’infrastructure du Canada (BIC), Pierre Lavallée

La BIC tente de ne pas se laisser distraire par les débats politiques

OTTAWA — Le président-directeur général de la Banque de l’infrastructure du Canada (BIC) soutient que le débat sur l’avenir de la société ne reflétait pas les discussions de coulisses concernant divers projets avec des gouvernements provinciaux de diverses allégeances politiques.

Selon Pierre Lavallée, le personnel de la BIC tente d’éviter de se laisser distraire par ce débat préélectoral.

Le gouvernement libéral a confié 35 milliards $ en fonds fédéraux, espérant ensuite inciter le secteur privé à participer au financement de nouveaux projets de grande envergure, d’intérêt public, tout en garantissant un rendement à ces investisseurs

Les conservateurs et les néo-démocrates ont exprimé leur volonté de démanteler la BIC s’ils sont portés au pouvoir après le scrutin du 21 octobre. Le gouvernement, lui, est très désireux de voir un certain essor dans l’annonce de projet, selon des documents internes.

La BIC cessera ses annonces publiques dès la publication des brefs électoraux lançant officiellement la campagne électorale, ce qui lui donne environ encore un mois pour démontrer son utilité aux partis et aux contribuables.

Cette semaine, la BIC a dévoilé un investissement dans un projet énergétique à Richmond, en Colombie-Britannique. M. Lavallée dit que d’autres annonces sont prévues au mois d’août.

Dans une entrevue accordée à La Presse canadienne, M. Lavallée a évité de s’immiscer directement dans la bataille politique, ce qui ne serait «tout simplement pas productif».

«Si on se laisse distraire par tout cela (...) cela serait du temps perdu pour nous», a-t-il dit.

Il est difficile d’éviter la controverse. Le Globe and Mail a signalé que le responsable des investissements de la BIC avait remis sa démission le mois dernier. Plus récemment, la société a de nouveau fait les manchettes après la publication de documents — obtenus par le site d’information Blacklock’s Reporter — démontrant qu’un consultant avait dressé des listes de journalistes ayant présenté des renseignements positifs ou négatifs sur elle.

Selon M. Lavallée, la BIC a discuté d’environ 140 projets au cours de sa première année d’existence. Environ 10 pour cent son financement a été investi. Les gouvernements sont au moins disposés à explorer les solutions offertes par la société d’État, note-t-il.

«Nous travaillons avec toutes les provinces et tous les territoires. Les gouvernements sont issus de tous les partis, et peu importe les partis, les discussions sont très bonnes», soutient le pdg de la BIC.

Une note d’information adressée à la fin de 2018 au principal fonctionnaire du ministère des Finances signale que la BIC devrait être encouragée à présenter publiquement les projets qu’elle souhaite mettre de l’avant afin d’attirer des investisseurs potentiels. «Son appétit pour le risque doit correspondre aux attentes du gouvernement», peut-on y lire.

Le document, dont La Presse canadienne a obtenu copie en vertu de la Loi d’accès à l’information, indique aussi que le gouvernement «s’attendait à ce qu’un financement concessionnel par la BIC soit nécessaire» afin d’inciter les investisseurs privés à collaborer. Cela peut signifier que la BIC pourrait parfois accorder un financement à un taux inférieur à celui des marchés.

Dans son plus récent plan d’entreprise, la BIC souligne que si elle n’est pas en mesure de faire participer des investisseurs privés et institutionnels à des projets ou si elle n’est pas en mesure de déployer suffisamment de capitaux, cela pourrait nuire à sa réputation. Parmi les autres risques énumérés dans ce document figure une «évolution inattendue des taux d’intérêt», qui serait susceptibles d’affecter son résultat net. Pour y remédier, elle se propose de structurer des investissements de manière à réduire le risque de refinancement au minimum.

Des 35 milliards $, le gouvernement fédéral a parié qu’il en perdra 15 milliards $, à cause, selon M. Lavallée de la comptabilisation de taux de rendement inférieurs au rendement du marché, même si le prêt initial était remboursé.

«Plutôt que de prendre moins de risques parce que les rendements vont baisser, nous devons en fait, dans certains cas, prendre plus de risques et viser des rendements plus faibles, ce qui est très différent pour un investisseur traditionnel», dit M. Lavallée.

La BIC a déjà annoncé un prêt de 1,28 milliard $ au projet du Réseau express métropolitain (REM) de Montréal et un investissement jusqu’à concurrence de 2 milliards $ dans le projet d’expansion du corridor ferroviaire du réseau GO en Ontario. En juin, elle a versé 55 milliards à VIA Rail pour l’aider à attirer des fonds privés pour son projet de train à haute fréquence.

«Nous démontrons très clairement que nous pouvons être pertinents pour chaque municipalité, chaque canton et chaque grande ville du pays, fait valoir M. Lavallée. Nous avons des preuves très claires que nous faisons ce que nous avions dit que nous ferions.»