Konrad Sioui n’a pas échangé avec Robert Lepage depuis le début de la polémique ni lu le scénario de «Kanata», mais il est persuadé que la pièce allait apporter une bonne image des Premières Nations.

Konrad Sioui à la défense de son ami Robert Lepage

Le grand chef de la Nation huronne-wendat de Wendake, Konrad Sioui, est attristé de l’annulation du spectacle «Kanata». Malgré la polémique, il n’hésite pas à prendre la défense de son ami, le metteur en scène Robert Lepage.

«Robert [Lepage] a toujours été un précurseur, et moi, je demeure convaincu que son cœur a toujours été avec nous autres et il va toujours l’être. Je l’invite à continuer et à travailler et à ne pas se décourager», mentionne Konrad Sioui, qui ne cache pas sa grande amitié avec le metteur en scène.

«Il vient à l’hôtel, il vient manger, il vient rencontrer des gens. Il a adapté une pièce de Shakespeare il y a quelques années dans notre ancien amphithéâtre. Il a été l’un des premiers à nous encourager, et c’est quelque chose qu’on n’oublie pas», affirme-t-il.

«L’un des nôtres»

Konrad Sioui n’a pas échangé avec son ami depuis le début de la polémique ni lu le scénario de Kanata, mais il est persuadé que la pièce de Robert Lepage allait apporter une bonne image des Premières Nations. 

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«Il n’aurait jamais porté atteinte à l’intégrité des Premières Nations, à la culture. C’est un homme instruit avec de l’expérience et une sagesse. C’est une personne de bonne foi. Il ne nous a jamais décrits comme des victimes. Il a vu des gens entreprenants, des gens qui avancent, qui travaillent très fort pour leur nation», plaide-t-il.

Selon M. Sioui, Robert Lepage a fait ses preuves avec tout ce qu’il a entrepris. «C’est l’un des nôtres. C’est un ami des Premières Nations. Il faut aussi réaliser tout ça et dire qu’on est entre de bonnes mains», fait-il valoir. «Il a travaillé sur Totem avec le Cirque du Soleil, qui est encore joué dans le monde entier. Et la vedette principale, c’est le huron-wendat Christian Laveau», poursuit-il.


« C’est un ami des Premières-Nations. Il faut aussi réaliser tout ça et dire qu’on est entre de bonnes mains »
Konrad Sioui, grand chef de la Nation Huronne-Wendat

Deux côtés de la médaille

Il regrette que les discussions n’aient pas abouti. «Comme chef, je sais c’est quoi, négocier. Mais comme je n’étais pas partie prenante de ces discussions-là, c’est difficile pour moi de porter un jugement de valeur. Est-ce qu’on a pris une ligne dure, une ligne médiane? Une chose est certaine, on n’a pas réussi à trouver le juste milieu», souligne M. Sioui.

Pour autant, M. Sioui reconnaît que l’absence de comédiens des Premières Nations peut être un facteur de non-respect pour certains.


« Quand je vois des historiens qui se disent capables de décrire nos coutumes et de parler pour nous, et qu’ils racontent des choses fausses, je n’aime pas ça, je me sens blessé. »
Konrad Sioui

«Quand je vois des historiens qui se disent capables de décrire nos coutumes et de parler pour nous, et qu’ils racontent des choses fausses, je n’aime pas ça, je me sens blessé. C’est dépassé, on n’est plus dans les années 70. On est capable de s’exprimer et de décrire les faits historiques», martèle-t-il. 

Cependant, le chef rappelle que la pièce devait se jouer en Europe, qu’il y a des questions de budget, et que Robert Lepage est un allié.

«Il faut prendre soin de nos alliés. Robert a mis beaucoup sur la table, mais en même temps il faut comprendre les deux côtés. Au bout du compte, c’est triste pour les Premières Nations, les Québécois, les Canadiens, les Français», déplore-t-il.

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Le Théâtre du Soleil «répondra avec ses propres outils»

MONTRÉAL — La troupe du Théâtre du Soleil, qui devait présenter le spectacle Kanata à Paris cet automne, déplore l’annulation de la pièce et promet de «répondre avec ses propres outils».

«Convaincus que l’annulation de Kanata n’était en rien le but recherché par l’immense majorité des artistes autochtones francophones rencontrés par Ariane Mnouchkine et Robert Lepage, le 19 juillet dernier, la troupe du Théâtre du Soleil et sa directrice ont décidé de prendre le temps indispensable (quelques jours) pour réfléchir à la façon de répondre, avec les armes non violentes de l’art théâtral, à cette tentative d’intimidation définitive des artistes de théâtre», écrit-on. 

La direction de la troupe basée à Paris qualifie d’«intimidation inimaginable dans un pays démocratique», la pression «exercée en grande partie sur les réseaux sociaux au nom d’une idéologie que le Théâtre du Soleil ne veut pas qualifier ici, mais à laquelle il répondra avec ses propres outils.» 

«Même s’il regrette la décision extrême à laquelle Robert Lepage a été réduit, le Théâtre du Soleil tient à lui réaffirmer ici sa fidèle affection et son inébranlable admiration.» 

Critiques à Québec

Tant le gouvernement libéral, que le Parti québécois (PQ) et la Coalition avenir Québec (CAQ) ont dénoncé la décision d’annuler le spectacle. 

«On doit protéger la liberté d’expression. Je comprends qu’il faut peut-être voir plus de membres des minorités dans les spectacles [...], mais il ne faut pas mélanger tous les dossiers», a déclaré le chef de la CAQ, François Legault. «Je trouve ça malheureux que ce spectacle et SLAV aient été annulés, a-t-il ajouté. Je trouve ça dangereux qu’une société s’oppose à ce genre de spectacle.»

Le chef du PQ, Jean-François Lisée, a lui aussi parlé d’un «recul de la liberté d’expression». «Les pressions des censeurs et la faiblesse morale des coproducteurs ne doivent pas avoir le dernier mot en matière de liberté artistique. Le débat, oui. Le soutien à davantage de diversité dans les arts, absolument. Le recul des libertés, jamais!» a-t-il écrit sur les réseaux sociaux.

Dans une déclaration, la ministre de la Culture Marie Montpetit a parlé d’un «rendez-vous manqué» dans lequel personne ne gagne.  La Presse canadienne