À l’occasion de la rentrée judiciaire du Barreau de Québec, qui s’est faite de manière virtuelle vendredi, la juge en chef de la Cour du Québec Lucie Rondeau affirmait que tous doivent s’interroger sur les composantes d’une «audience de qualité» afin d’évaluer si l’utilisation de la technologie peut la compromettre.
À l’occasion de la rentrée judiciaire du Barreau de Québec, qui s’est faite de manière virtuelle vendredi, la juge en chef de la Cour du Québec Lucie Rondeau affirmait que tous doivent s’interroger sur les composantes d’une «audience de qualité» afin d’évaluer si l’utilisation de la technologie peut la compromettre.

Justice virtuelle: attention à la perte de qualité

Isabelle Mathieu
Isabelle Mathieu
Le Soleil
La justice virtuelle c’est bien, mais la justice en personne, c’est mieux.

Après six mois d’audiences largement tenues via le web en raison de la pandémie, les juges en chef du Québec lancent une réflexion sur la perte possible de qualité d’une justice trop centrée sur la technologie.

À l’occasion de la rentrée judiciaire du Barreau de Québec, qui s’est faite de manière virtuelle vendredi, la juge en chef de la Cour du Québec Lucie Rondeau affirmait que tous doivent s’interroger sur les composantes d’une «audience de qualité» afin d’évaluer si l’utilisation de la technologie peut la compromettre. 

Décorum approximatif, difficulté de branchement, son ou image déficient par moment; la justice virtuelle implantée à vitesse grand V depuis avril a certains ratés que tous peuvent constater.

Il faut surtout se demander si l’audience virtuelle permet autant la publicité des débats ou la préservation de leur confidentialité, soumet la juge Rondeau. Et a-t-on toujours le décorum nécessaire pour assurer la sérénité des débats, demande-t-elle.

Certains accusés se sont présentés virtuellement à la cour au volant de leur voiture ou sur leurs lieux de travail, soulevant l’ire de certains magistrats.

«Pour être de qualité, une audience doit permettre une évaluation appropriée de la preuve testimoniale et 

doit permettre au justiciable de comprendre ce qui se passe et avoir le sentiment qu’il a été entendu et compris», insiste la juge Rondeau.

Sa collègue Catherine La Rosa, juge en chef de la division de Québec de la Cour supérieure, souligne qu’au plus fort de la pandémie, la technologie a permis de maintenir des services judiciaires dans des conditions difficiles. 

«Mais les audiences en vrai sont là pour demeurer, assure-t-elle. La technologie s’améliore et nous aussi, mais il faut travailler au maintien et à la protection d’une justice de qualité.»

La nouvelle juge en chef de la Cour d’appel du Québec Manon Savard se réjouit de voir que depuis la pandémie, le système judiciaire peut enfin refléter la modernité de l’époque actuelle. «La justice numérique est un complément à la justice traditionnelle et non un remplacement, plaide-t-elle. Il faut faire attention aux groupes vulnérables, aux plaideurs non représentés ou à ceux qui n’ont pas accès aux technologies. La déshumanisation ne doit pas être le prix de la modernisation.»

Le ministère de la Justice du Québec indiquait cette semaine avoir les capacités d’ouvrir pas moins de 350 salles d’audience semi-virtuelles sur tout le territoire. Deux plateformes, WebRTC et Microsoft Teams cohabiteront au cours des prochains mois afin de soutenir l’activité judiciaire.