Le juge Pierre-L. Rousseau a rejeté la requête en arrêt des procédures de Jonathan Falardeau-Laroche

Jonathan Falardeau-Laroche: de nombreux avertissements des collègues de travail

«Attends-tu de tuer quelqu’un avant d’arrêter de conduire?» Les collègues de travail de Jonathan Falardeau-Laroche, témoins de ses crises, ont été nombreux à lui recommander de cesser de prendre le volant. Y compris cinq jours avant l’accident fatal.

Jusqu’au moment de l’accident, le 10 août 2016, Jonathan Falardeau-Laroche travaillait dans un garage d’esthétique automobile à Lévis, propriété de son père. Trois de ses ex-collègues ont témoigné au procès vendredi après-midi.

Ils ont tous été témoins des brèves absences de leur jeune collègue, causées, selon ce qu’il leur en avait dit, par l’épilepsie. Ils savaient que Jonathan voyait un médecin.

Un jour, Alexandre Royer a trouvé Jonathan Falardeau-Laroche assis dans une flaque d’eau, le pistolet à pression encore à la main. Lorsqu’il est revenu à lui, au bout de quelques secondes, Jonathan Falardeau-Laroche a expliqué sa maladie à son collègue.

Parfois, les travailleurs ont vu leur collègue le regard fixe, la peau blême, tremblant. Ils se rappellent aussi l’avoir vu tanguer de gauche à droit. À une occasion, un collègue a dû le retenir de tomber pour éviter qu’il ne se cogne sur une machine à pression. Le jeune homme ne réalisait pas toujours qu’il venait d’avoir une crise, affirment les collègues.

Les travailleurs ont indiqué que dans les semaines précédant l’accident, la fréquence des crises de Jonathan Falardeau-Laroche avait augmenté. Ils ont relié ce phénomène à un changement de la médication du jeune homme.

Le vendredi précédent le 10 août, le jeune homme aurait eu deux absences en quelques heures. Ce jour-là, son collègue Stéphane Lavoie n’était plus d’accord pour que Falardeau-Laroche déplace les véhicules dans le garage. «Je voulais qu’il arrête de conduire avant qu’il arrive un accident, explique M. Lavoie. Je lui ai dit : “Attends-tu de tuer quelqu’un avant d’arrêter de conduire?”»

Éric Boulet a aussi souvent dit à son collègue d’aller se faire guérir avant de recommencer à conduire, pour sa sécurité et celle des autres automobilistes. «Il me disait que ce n’était pas de mes affaires et qu’il était capable de se contrôler, même au volant», témoigne M. Boulet.

Accident sur le pont Pierre-Laporte

Jonathan Falardeau-Laroche a déjà eu une absence au volant alors qu’il circulait sur le pont Pierre-Laporte, le 8 décembre 2015. Il a raconté à son collègue de travail Alexandre Royer que sa voiture s’est retrouvée renversée sur le toit et qu’il a eu besoin d’aide de deux personnes pour sortir du véhicule. «Il ne se souvenait pas comment c’est arrivé», témoigne M. Royer.

Au début de l’année 2016, Jonathan Falardeau-Laroche a refait un examen et consulté un médecin à la demande de la Société d’assurance automobile du Québec. Son permis était valide au moment de l’accident. Le procès se poursuit la semaine prochaine.

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Pas d'arrêt des procédures pour Jonathan Falardeau-Laroche

Le juge Pierre-L. Rousseau de la Cour du Québec a rejeté la requête en arrêt des procédures présentée par les avocats de Jonathan Falardeau-Laroche, accusé de négligence criminelle causant la mort d’une femme enceinte devant le CHUL. L’accusé prétendait être lésé dans ses droits parce que les notes manuscrites du neurologue et le fichier audio de son rapport ont été détruits.

Le matin du 10 août 2016, lors de son ultime consultation avec Jonathan Falardeau-Laroche, le neurologue Michel Sylvain a pris quelques notes sur une feuille. Par exemple, sur la dose de médication et sur les paroles étranges que le jeune homme disait prononcer lors de crises d’épilepsie.

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À l’heure du midi, après avoir appris le terrible accident causé par son patient, le Dr Sylvain a dicté son rapport de consultation, qui devenait une demande de référence à un collègue neurologue pour adultes. Par la suite, et comme il le fait toujours, dit-il, le neurologue pédiatrique a jeté ses notes.

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Dr Michel Sylvain, neurologue pédiatrique

Une transcriptionniste du CHUL a écouté le rapport verbal et l’a mis sous forme écrite dans l’après-midi.

Lorsque l’enquêteur de la police de Québec, muni d’une ordonnance de la cour, a demandé le dossier médical de Jonathan Falardeau-Laroche le 12 août, on lui a remis le rapport de consultation, mais non le fichier audio ayant servi à la retranscription. Ce fichier a été détruit 10 jours après sa création, comme le prévoient les protocoles administratifs du CHUL.

Cette preuve n’a nullement été contredite, souligne le juge Pierre Rousseau dans sa décision. On ne pourrait reprocher à la poursuite la perte d’éléments qui n’ont jamais été sous son contrôle, estime le juge Rousseau.

La défense n’a pas réussi à démontrer le préjudice subit par la perte des notes manuscrites et du fichier audio. L’avocat de Jonathan Falardeau-Laroche a pu contre-interroger le neurologue durant plus de deux jours, fait remarquer le juge.

«Ordonner un arrêt des procédures serait un déni de justice, encore plus si je rejetais le témoignage du Dr Sylvain», conclut le juge Rousseau.