Le directeur national de santé publique, Dr Horacio Arruda, était de passage à Saguenay, jeudi. Il a fait le point de la situation avec le directeur régional, Dr Donald Aubin.
Le directeur national de santé publique, Dr Horacio Arruda, était de passage à Saguenay, jeudi. Il a fait le point de la situation avec le directeur régional, Dr Donald Aubin.

Horacio Arruda serait «heureux» de se tromper au sujet de la deuxième vague

Patricia Rainville
Patricia Rainville
Le Quotidien
Le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, est « presque » certain qu’il y aura une deuxième vague de la COVID-19. « Je serais prêt à gager ma vie là dessus. Mais je serais quand même l’homme le plus heureux si je me trompais. Et c’est tant mieux si on se prépare pour rien. »

Horacio Arruda était de passage au Saguenay, mercredi, afin de faire le point sur la pandémie de coronavirus, en compagnie du directeur régional de la Santé publique, Donald Aubin. Le message des deux médecins était clair. « Je sais qu’on est tous tannés. Même moi, je l’oublie parfois, mon masque, lorsque j’arrive quelque part. Même moi, qui répète la même chose depuis des mois, je suis fatigué. Mais c’est ce qui est dangereux. Ce virus-là est un traître et il vous attaque par-derrière. Il ne faut pas l’oublier », a souligné Horacio Arruda, lors d’un point de presse tenu virtuellement, au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS).

Le directeur national est conscient que dans une région comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean, où il ne reste que cinq cas actifs à l’heure actuelle, les gens peuvent avoir l’impression que la pandémie est chose du passé. Il est également conscient que le nombre de décès annoncé chaque jour n’a rien à voir avec ce que le Québec a connu au printemps et au début de l’été. Mais les morts par centaine, survenus dans les CHSLD, l’ont marqué.

Et Horacio Arruda le répète encore, il est « presque » certain qu’une deuxième vague frappera la province et il craint que la population ne baisse la garde.

« Ce qu’on veut éviter, c’est un reconfinement. Sans vaccin, ce sera le lavage de main, le deux mètres et le masque. C’est le minimum qu’on puisse faire présentement. Je comprends que ce n’est pas normal, ce que je demande. Je comprends la réaction de certaines personnes. Mais ça reste une question de vie ou de mort et je m’en voudrais énormément si on ne faisait pas ce qu’il faut pour éviter le pire. Je ne gagerais peut-être pas la vie de mes enfants ou de ma femme, parce que je les aime trop et parce qu’il y a toujours un 0.01% de chance que je me trompe, mais je gagerais ma vie qu’il y aura une deuxième vague », a affirmé le Dr Arruda, lors d’une entrevue organisée avec Le Quotidien, en marge du point de presse.

Le directeur national estime que les réfractaires aux mesures ont le droit de manifester, mais il préfère s’attarder aux gens qui suivent les recommandations.

Il confie toutefois être préoccupé par un certain relâchement.

« Oui, j’ai peur. C’est pour ça que je radote la même chose depuis mars », souligne celui qui a confiance en ses équipes régionales et qui croit que le système de santé est prêt à affronter une potentielle deuxième vague.

« À condition qu’il n’y ait pas de relâchement », a-t-il répété une fois de plus.

L’homme est-il épuisé de répéter le même message des dizaines de fois par jour depuis bientôt six mois?

« Non, c’est mon travail et j’y crois », a souligné le médecin, qui attend toujours impatiemment les dernières données du jour.

« Avant, les données rentraient à 2h du matin, maintenant, c’est autour de 22h, ça me donne une chance! Mais j’analyse toujours les différentes données tous les jours. Et s’il y a une montée des cas quelque part, comme ç’a été le cas dans la région de la Capitale-Nationale dernièrement, je cherche à savoir pourquoi », affirme celui qui arrive à préserver une certaine vie privée à travers la crise.

« J’aime les gens et l’humour m’aide beaucoup. Je ne suis pas un grand sportif, mais je marche avec mon chien pour décrocher », souligne celui qui a entrepris sa carrière en enseignant les pandémies. Il n’aurait pas cru à ce moment qu’il aurait à gérer la plus importante pandémie des dernières décennies plusieurs années plus tard.

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CE QU'IL A DIT SUR...

• Sur la quincaillerie Home Hardware de L’Anse-Saint-Jean, dont les employés ne portent pas le masque. 

« Théoriquement, c’est légal de le faire si on respecte le deux mètres de distance. Mais en pratique, je crois qu’il est bien difficile de toujours garder deux mètres de distance entre des employés, à moins qu’ils restent sur des X au sol. J’invite les gens à porter plainte à la CNESST s’ils constatent que le deux mètres n’est pas respecté. »

• Sur la soirée de karaoké qui serait à l’origine d’une éclosion à Québec. 

« Je ne sais pas si nous devons interdire le karaoké, mais je ne recommande vraiment pas aux gens d’aller dans des soirées de karaoké, que ce soit dans des bars ou à la maison. Faites-le virtuellement »

• Sur l’homme de la région de Lanaudière qui a été testé positif à la COVID-19 et testé négatif 20 heures plus tard.

« Nos tests sont fiables. De faux positifs, ça peut arriver et ce cas sera investigué. Mais ça ne remet pas en doute la fiabilité de nos tests. »