Michael Champagne accompagné de son père Pat. « On dirait que les gens ne comprennent pas ce qui se passe. Tout le monde le voit, tout le monde le dit, Michael a un talent supérieur. Pourquoi est-ce qu’on ne respecte pas son évolution ? Pourquoi ? », demande son père.

Hockey mineur: le petit Michael victime d’une injustice ?

Michael Champagne, 8 ans, adore le hockey. En fait, il en mange. En plus, il est bon, très bon à part ça. Mais voilà, le petit Bromontois ne joue pas présentement.

« Mon garçon est victime d’une injustice, il est victime d’un système qui ne veut pas qu’il progresse à son rythme à lui », lance Pat Champagne, le père de Michael, qui patinait déjà à un an et demi et qui a commencé à jouer au hockey au niveau MAHG à 3 ans et demi.

L’histoire est complexe. Très complexe. Elle pose la toujours délicate question du surclassement. On va tenter de vous expliquer.

Depuis ses débuts, Michael Champagne a toujours été surclassé, il n’a jamais joué au sein de sa catégorie d’âge, à l’exception de la saison dernière où il évoluait au niveau novice (A). Cette saison, alors qu’il est encore d’âge novice, il a fait le camp d’entraînement de l’équipe atome B de Bromont. Et en trois matchs préparatoires, il a amassé 11 buts et cinq passes !

Intrigués, les gens de Hockey Estrie (l’organisme régional qui chapeaute les organisations locales) sont venus évaluer les Rockies, l’équipe en question, avec et sans Michael dans l’alignement. Et ils ont tranché : avec Michael dans la formation, les Rockies doivent jouer au niveau atome A.

Or, les gens du hockey mineur de Bromont ne veulent pas que l’équipe joue dans le A. Parce qu’ils sont convaincus que, même avec Michael dans l’alignement, elle est de niveau B. « Le groupe n’est clairement pas assez fort pour le A. Nos jeunes n’auraient aucun plaisir à jouer dans un calibre trop élevé pour eux », souligne le président de Hockey Bromont, Dave Williams.

Les Rockies jouent donc dans le B. Et puisque Hockey Estrie ne veut pas que Michael Champagne évolue ailleurs que dans le A, le jeune ne joue tout simplement pas.

« Mon garçon pose des questions, il se demande ce qui se passe, repend son père Pat. Il est malheureux, il ne comprend pas. »

Michael pourrait toutefois jouer au niveau novice A, toujours chez lui à Bromont. Son père le sait, mais le jeune n’en a pas envie, paraît-il.

Michael Champagne a 8 ans. Il a commencé à patiner à un an et demi et a commencé à jouer au hockey organisé à 3 ans et demi.

« Michael est trop fort pour le novice A, dit encore M. Champagne. Écoutez, il en serait à sa quatrième année chez les novices, ce qui ne fait aucun sens. La saison dernière (à Farnham, parce qu’il n’y avait pas de novice A à Bromont en 2017-2018), il a eu du plaisir, mais il a fait le tour de cette catégorie. Moi, je veux que mon garçon s’amuse. Et je n’obligerai jamais un de mes enfants à faire ce qu’il n’a pas envie de faire. »

« Michael a effectivement de très belles habilités, reprend Dave Williams, de Hockey Bromont. Il n’est pas très grand pour son âge, mais il possède un excellent coup de patin et un excellent lancer. Il peut certainement jouer dans l’atome A, mais il reste qu’il demeure d’âge novice et qu’il peut jouer dans le novice. C’est un dossier très, très délicat. »

L’auteur de ces lignes s’est entretenu avec plusieurs personnes en lien avec le cas du petit Michael. Des gens près du dossier et d’autres, des experts en hockey, qui ont simplement apporté leur point de vue. Si tous comprennent l’argument de la famille Champagne, la majorité est d’avis que Michael, aussi doué soit-il, devrait jouer au niveau novice et ainsi ne pas bouder son plaisir.

« Sidney Crosby était capable de jouer dans la Ligue nationale à 17 ans, souligne un vétéran du hockey amateur québécois. Mais à 17 ans, c’est pas compliqué, c’est dans le junior que tu joues. Le surclassement, il faut faire attention à ça. Même s’il est trop fort pour le novice, il y a assurément des choses que le jeune peut encore améliorer même en jouant à ce niveau. »

De l’incompréhension

Pat Champagne sent que son fils est isolé. Et il n’aime pas ça.

« On dirait que les gens ne comprennent pas ce qui se passe, déplore-t-il. Tout le monde le voit, tout le monde le dit, Michael a un talent supérieur. Pourquoi est-ce qu’on ne respecte pas son évolution ? Pourquoi ? Là, on a un enfant qui est fou du hockey, qui est doué, et on lui enlève le droit de s’exprimer. C’est triste… »

M. Champagne a fait des représentations auprès du hockey mineur de Farnham afin que Michael puisse joindre les rangs de l’équipe atome A locale. Il affirme que les entraîneurs de l’équipe aimeraient accueillir le garçon, mais que les hautes instances de l’association se font tirer l’oreille.

« Michael a même ce qu’il faut pour jouer au niveau atome double lettre. Mais les Vics le trouvent trop jeune à son âge. Ça, je peux comprendre ça, je respecte ça. »

En attendant, Michael s’entraîne sur glace synthétique auprès de l’entraîneur Pierre Labrecque à Granby et il fait du patinage artistique. Mais il lui manque quelque chose.

« Il s’ennuie de jouer de vrais matchs, il s’ennuie d’être avec ses amis de hockey, mentionne son père. Ce qu’on est en train de faire, c’est d’enlever à un enfant de huit ans ce qu’il aime le plus au monde. C’est injuste. »

LA POSITION DE HOCKEY QUÉBEC

La Voix de l’Est a voulu obtenir la position de Hockey Québec dans le dossier du jeune Michael Champagne, qui met en lumière la question du surclassement. Le directeur général de la fédération, Paul Ménard, a réagi par écrit.

Voici l’intégrale de sa déclaration :

« Pour Hockey Québec, la priorité est que le jeune Michael puisse jouer au hockey et avoir du plaisir avec ses coéquipiers, et ce, le plus rapidement possible. ll n’y a rien de mal à être parmi les meilleurs de son groupe d’âge et de son niveau de compétition, même qu’au contraire, il s’agit d’un environnement sain, tant au niveau social que sportif.

«Le principe de surclassement est utilisé pour des cas exceptionnels, puisque celui-ci n’est pas toujours à l’avantage du développement du jeune, particulièrement en bas âge. Ce que nous voulons, c’est que le jeune s’amuse à jouer au hockey pendant encore plusieurs années. »