Me Jean-Roch Parent n’est pas un visage inconnu au conseil de discipline. Le syndic adjoint demande cette fois une radiation provisoire immédiate de l’avocat jusqu’à la décision finale sur sanction.

«Gestes graves et sérieux» posés par un avocat: radiation d’urgence demandée

Le syndic du Barreau du Québec demande la radiation provisoire immédiate de l’avocat de défense Me Jean-Roch Parent pour ce qu’il qualifie de série de «gestes graves et sérieux», notamment des allégations de consommation de drogue.

Jean-Roch Parent n’est pas un visage inconnu au conseil de discipline. Le bouillant avocat de défense, ancien procureur de la Couronne, a été condamné à une amende de 3000 $ pour des propos offensants à une ancienne collègue et est présentement en attente d’une décision pour des accusations de ne pas avoir soutenu l’autorité des tribunaux et d’avoir fait des remarques désobligeantes à des juges.

Le syndic adjoint Me Patrick Richard estime avoir recueilli suffisamment d’éléments pour demander au conseil de discipline du Barreau une mesure d’urgence, soit une radiation provisoire de l’avocat Jean-Roch Parent jusqu’à la décision finale sur sanction.

«Ce sont des gestes graves et sérieux qui portent atteinte à la raison d’être de la profession et mettent en péril la protection du public», a indiqué d’entrée de jeu Me Richard lundi, à l’occasion d’une audience publique. Le 15 novembre dernier, Me Jean-Roch Parent brillait par son absence au palais de justice de Québec, à l’occasion des représentations sur la peine d’un de ses clients, ex-policier coupable de trafic de stupéfiants et d’utilisation illégale de son ordinateur.

Allégations de consommation de drogue

Le syndic adjoint a fait entendre aux trois avocats membres du conseil de discipline l’enregistrement de cette audience, en insistant sur le moment où l’accusé répudie son avocat.

«J’ai perdu beaucoup dans tout ça, commence l’ex-policier. J’ai perdu mon emploi, mes amis. J’ai perdu confiance réellement. À partir de ce matin, je ne veux plus être représenté par lui, par Me Parent.»

L’ex-patrouilleur ajoute ceci. «La drogue fait des ravages dans la police, ça en fait aussi chez les avocats, je peux vous le dire.»

Le juge Robert Sanfaçon, qui a entendu le procès, en perdait ses mots. «Ça fait 34 ans que je suis sur le banc, aussi pire que ça, jamais!» a lancé le juge, avant de pousser un soupir d’exaspération.

Devant le conseil de discipline, Jean-Roch Parent a expliqué que le 15 novembre, il avait demandé à un collègue de le remplacer, car il souffrait d’une gastro-entérite.


« La drogue fait des ravages dans la police, ça en fait aussi chez les avocats, je peux vous le dire »
Un ex-policier et ancien client de Me Parent

Le syndic du Barreau a été avisé des raisons de son absence et les avait acceptées, affirme Jean-Roch Parent.

L’avocat de défense contre-attaque en dénonçant un parjure de son ancien client. L’ex-policier a affirmé au syndic qu’il avait appris seulement le 15 novembre 2018 que la Couronne avait fait des offres de règlement dans son dossier, laissant entendre que son avocat ne lui avait pas transmis les offres.

Jean-Roch Parent a déposé des courriels qui montrent qu’une offre a été transmise en mai et refusée par l’ex-policier. L’accusé ne voulait pas plaider coupable à une possession de cocaïne, car il voulait être acquitté et pouvoir retrouver son emploi.

Cet ex-client est un homme à la santé mentale fragile, a affirmé l’avocat. «Je suis convaincu qu’il aurait été prêt à dire tout ce que le syndic voulait entendre lorsqu’il a été rencontré en prison», estime Me Parent.

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«VICTIME D'UNE VENDETTA DU SYSTÈME JUDICIAIRE»

L’avocat de défense Me Jean-Roch Parent se dit «victime d’une vendetta du système judiciaire», un système qui n’accepte pas de se faire contester, affirme-t-il.

Le syndic du Barreau a produit en preuve lundi plusieurs prises de bec entre des juges et l’avocat de défense, pour une période couvrant le printemps 2018.

En cour municipale, un Jean-Roch Parent en colère parce que le tribunal l’obligeait à procéder a notamment lancé à la juge Joanne Tourville : «Vous allez baisser le ton!» Plus tard, il ajoute : «Est-ce que la pause vous a permis de vous calmer, Madame la juge?»

L’avocat affirme qu’il était malade ce jour-là et qu’il «ne s’est pas senti respecté par la juge».

Le conseil de discipline a aussi pu entendre dans quelles circonstances l’avocat s’est fait expulser par le juge Raymond W. Pronovost de la Cour supérieure, lors d’un procès devant jury. «Vous accordez tout à la Couronne!» vociférait l’avocat.

En défense, Jean-Roch Parent a répliqué que, par ses interventions fermes à la cour, il n’avait fait que jouer son rôle, tel qu’enseigné par la Cour suprême. «C’est le travail de l’avocat de défense de contester avec vigueur le travail des autres intervenants du système judiciaire», a répété Me Parent.

Insultes

Le conseil de discipline a pu lire la déclaration d’un procureur de la Couronne qui affirme que Jean-Roch Parent l’a traité d’incompétent devant des victimes, en plein corridor du palais de justice. L’avocat de défense nie être l’auteur de l’insulte.

Tout comme il nie avoir été agressif avec le procureur qui était chargé de le poursuivre dans une plainte pénale pour exercice illégal de la profession d’avocat alors qu’il était radié une semaine pour des heures de formation non terminées.

Le syndic a aussi déposé deux plaintes d’agents correctionnels qui disent avoir été copieusement injuriés par Jean-Roch Parent, qu’ils devaient fouiller avant de lui permettre de voir un client, parce qu’il avait fait sonner l’arche de détection du métal. «Il traite mon collègue de crisse de clown qui souffre de calvitie», affirme un agent correctionnel. «MParent hurle encore et demande à mon collègue de l’appeler “maître” parce qu’il fait des études.»

L’avocat de défense a soutenu que les gestes reprochés par le syndic «sont loin de constituer des infractions déontologiques». «J’ai une défense à faire», a-t-il dit.

La requête se poursuivra le 14 décembre. Le conseil de discipline a rendu une ordonnance de non-publication des noms des plaignants, à l’exception de ceux des juges.

En plus de ses démêlés devant le Barreau, Me Jean-Roch Parent devra subir son procès pour des accusations d’avoir intimidé des policiers, entrave au travail des policiers et entrave à la justice. Les accusations découlent de son arrestation houleuse dans une voie réservée aux autobus.