Konrad Sioui croit que les blocus ne sont pas la solution pour faciliter les discussions entourant le conflit sur le gazoduc. Les discussions entre les différents acteurs représentent la meilleure arme.

Gazoduc: Konrad Sioui dit non aux blocus et oui aux discussions

Il l’avait manifesté au début de la crise et il maintient toujours sa position; le grand chef de la nation huronne-wendat Konrad Sioui croit que les blocus ne sont pas la solution pour faciliter les discussions entourant le conflit sur le gazoduc. Les discussions entre les différents acteurs représentent la meilleure arme.

Il se range toutefois derrière les chefs héréditaires des Wet’suwet’en, avec comme désir de sortir de cette impasse et d’en arriver à une entente satisfaisante pour tous les partis dans l’affaire Coastal GasLink.

«On a toujours été de cœur et d’esprit avec eux, pour des questions historiques. Ils ont par contre de grandes questions à régler entre eux.» 

Soyons clairs, Konrad Sioui n’est pas contre les manifestations afin de faire valoir un désaccord, il juge que de manifester devant l’Assemblée nationale se serait avérée une meilleure idée dans le contexte, par exemple. 

«On le voit partout sur la terre, des mouvements font qu’on s’oppose à un projet gouvernemental ou une décision. On est tous et toutes redevables à la société. Quand on n’a pas de vivres essentiels pour ceux qui en ont besoin, ça peut affecter l’économie et le tissu social.»

Le conflit a entraîné le blocage de voies ferroviaires et de routes à travers le pays, ce qui a semé la grogne chez la population et les entreprises affectées.

«On met tellement d’années à construire des ponts et des alliances, et on a réussi, on a avancé. Je suis convaincu que les gens connaissent mieux les questions des premières nations. Mais ça ne prend pas grand-chose pour faire balancer tout ça et retomber dans les difficultés», met-il en garde.

Il craint pour les coups encaissés par la réputation de sa communauté lors de situations comme celle-ci. 

D’ailleurs, il revient tout juste d’une rencontre avec tous les chefs des premières nations qui avait lieu en Ontario cette semaine, les discussions auront duré trois jours, et le sujet principal peut vite être deviné.

«On écoutait le grand chef national, son message était qu’il pensait aux 250 jeunes qui vont à l’école à Montréal et disait “je suis inquiet pour eux”. On a une pensée pour nos plus faibles, personne ne veut revivre la crise d’Oka, c’est unanime. Des communautés en ont été brisées... et c’est long à arranger.» 

Pas la faute de Trudeau 

«Les blocus, c’est un geste fort et le message est clair. Du côté de [Justin] Trudeau, tout le monde le reconnaît, jamais un gouvernement n’a été aussi à l’écoute des Premières Nations et groupes autochtones. Mais il a tellement de rattrapage à faire, les gens ne sont pas nécessairement prêts à attendre», indique Konrad Sioui.  

Selon lui, il est clair qu’une portion de la population dira que le premier ministre du Canada n’en fait pas assez. 

«Ce n’est pas contre Trudeau, c’est contre l’inaction depuis des décennies qui font que des questions territoriales n’ont pas été réglées conformément à ce que les Premières Nations le pensent. C’est ce qu’on en comprend.» 

Le grand chef de la nation huronne-wendat espère que la troisième journée de discussions donnera des résultats concrets. Il croit que les tous les acteurs sont «de bonne foi». Chose certaine pour M. Sioui, la médiation est le seul moyen de conclure une entente. 

«Des blocages comme ceux qu’on a vus, on sait jamais comment ça peut mal tourner. Il peut y avoir des actes de violence, des situations tragiques, il faut éviter ça. Notre travail à nous, c’est d’être de bons peacekeeper et peacemaker, travailler pour l’intérêt collectif. On vit dans un système, on est tous impliqués. On a vu un certain écart dans les dernières semaines.»

Rappelons que certains chefs héréditaires des Wet’suwet’en sont opposés à la construction d’un gazoduc sur leur territoire ancestral, et qu’il n’y a pas de traité existant pour délimiter les limites de ce territoire. 

Les discussions entourant l’enjeu se sont poursuivies samedi avec la ministre fédérale des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, et le ministre des Relations avec les Autochtones de la Colombie-Britannique, Scott Fraser.