Pour éviter que les usines de traitement des eaux usées débordent, 90 ouvrages de surverse ont été aménagés à Gatineau.
Pour éviter que les usines de traitement des eaux usées débordent, 90 ouvrages de surverse ont été aménagés à Gatineau.

Gatineau au 10e rang des pires villes pour le déversement d’eaux usées

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
Des eaux usées de la Ville de Gatineau se sont déversées dans la rivière des Outaouais et la rivière du Lièvre à 1459 reprises l’an dernier. La Ville affiche une tendance à la hausse en termes de nombre d’incidents et de leur intensité depuis 2016, révèle une compilation réalisée à la grandeur du Québec par la Fondation Rivières.

Un palmarès des pires villes en matière de déversement réalisé par la Fondation place la Ville de Gatineau au 10e rang provincial. Elle occupe le 6e rang des 10 grandes villes au chapitre de l’indice d’intensité des incidents par habitant. Cet indice mis au point par la Fondation Rivières tient compte de la taille des ouvrages du réseau qui ont débordé, le nombre de déversements et leur durée. L’exercice a été réalisé à partir de 8,5 millions de données collectées auprès des municipalités par le ministre de l’Environnement du Québec depuis 2011.

Gatineau compte sur deux usines pour traiter ses eaux usées provenant de toute la Ville. Elles traitent autant l’eau provenant du réseau sanitaire que du réseau pluvial. Ses deux usines de Masson-Angers et Gatineau peuvent traiter au total 164 400 m3 d’eau usée par jour. Il arrive fréquemment que le réseau devienne saturé et pour éviter que les usines de traitement débordent, 90 ouvrages de surverse ont été aménagés tout au long du réseau. Ce sont ces ouvrages qui se sont déversés 1459 fois en 2019.

Gatineau précise cependant que seulement 77 points de surverse sont équipés d’enregistreurs électroniques des débordements. Les autres font l’objet de suivis visuels. La réalité est probablement pire que ce que les statistiques présentent. Quand un déversement survient, ce sont des matières fécales, mais aussi tout ce qui est jeté aux toilettes, dans les lavabos et dans la rue qui se retrouvent directement dans la rivière. D’après les données compilées par Fondation Rivières, ces déversements se sont prolongés sur un total 20 000 heures en 2019, ce qui représente le double en durée que ce qui avait été observé en 2018 et en 2017.

Le président de la Fondation Rivières, Alain Saladzius, connaît bien la situation à Gatineau. Il a été ingénieur au ministère des Affaires municipales pendant des années et a supervisé plusieurs travaux en lien avec la gestion des eaux usées réalisés sur le territoire de Gatineau.

Les inondations de 2017 et 2019 ont eu un effet sur les statistiques de la Ville de Gatineau.

Il précise que les inondations de 2017 et 2019 ont un effet sur les statistiques de la Ville de Gatineau en matière de déversement, mais il insiste: «cela n’explique pas tout».

Des millions de dollars en travaux

Gatineau a investi près de 90 millions $ afin de procéder à la réfection de sa principale usine de traitement des eaux usées dans les dernières années. «La Ville a installé un système plus performant pour l’assainissement et c’est une amélioration importante pour la rivière des Outaouais, il ne faut pas ignorer ça, dit-il. En procédant à ces changements, la Ville s’est attaquée à un problème important, un problème que bien d’autres villes choisissent d’ignorer. Gatineau a donc amélioré la qualité de l’eau qu’elle rejette dans la rivière, mais encore faut-il que l’eau se rende à l’usine pour être traitée.»

Deux usines traitent toutes les eaux usées à Gatineau.

C’est ce a fait défaut 1459 fois en 2019. «La Ville de Gatineau projette le développement de 13 nouveaux quartiers résidentiels, rappelle M. Saladzius. Son réseau actuel n’aura pas la capacité de traiter ces surplus d’eaux usées. Il y a eu plus de 20 000 heures de déversement en 2019. Avec les changements climatiques et les périodes de précipitations extrêmes qui vont se multiplier, Gatineau aura de sérieux problèmes si elle n’intervient pas sur son réseau rapidement.»

Pour agir, Gatineau doit entre autres continuer ses efforts pour séparer les réseaux pluviaux et sanitaires des vieux quartiers qui sont encore combinés, note M. Saladzius. La Ville précise qu’il reste encore 127 km de réseau combinés à séparer. Elle compte investir 125 millions $ pour des travaux de ce type entre 2020 et 2024. Les récents investissements dans les usines de traitement n’ont cependant pas permis d’augmenter la capacité de traitement.

Le Droit reviendra sur l’enjeu des déversements d’eaux usées plus en profondeur dans un dossier qui sera publié dans son édition de samedi.