Joshua Sala, un guide au parc national Tursujuq, a suivi une partie des cours de l’AEC.

Former des guides... dans le Grand Nord

Déjà implanté au Nunavik, le Cégep de Saint-Félicien a développé une attestation d’études collégiales sur mesure pour les guides arctiques et plus récemment sur la valorisation de la fourrure nordique.

« Au mois de mai, les huit premiers finissants de l’attestation d’études collégiales pour les guides arctiques au Nunavik recevront leur diplôme », lance fièrement Bernard Naud, un conseiller pédagogique du Service aux entreprises et aux collectivités du Cégep de Saint-Félicien, qui a développé le programme au Nunavik.

Le Cégep de Saint-Félicien a développé une AEC en valorisation de la fourrure à Kuujjuaq. Les premiers étudiants devraient commencer le programme en septembre prochain.

Après avoir fait un cours expérimental en 2015, le programme pour les guides arctiques a été officiellement lancé en 2017 pour offrir 1290 heures de cours aux étudiants désirant travailler dans le domaine du tourisme d’aventure. « Dans le cadre de ce cours, on a décidé de mettre l’emphase sur l’aventure douce en misant davantage sur l’expérience culturelle que sur les exploits sportifs », explique Bernard Naud.

Ainsi, les étudiants reçoivent beaucoup de formations sur les pratiques traditionnelles inuites, notamment sur la survie sur le territoire, mais aussi sur la cuisine, l’accueil, l’approche client, l’entrepreneuriat et sur la sécurité en milieu isolé.

« Ces cours m’ont permis d’apprendre plein de choses, notamment sur la sécurité et les premiers soins en régions isolés », soutient Joshua Sala, un guide au parc national Tursujuq qui a suivi une partie des cours de l’AEC, sans toutefois compléter la formation d’un an, car il a dû retourner au travail et s’occuper de sa famille après deux mois passés à Kangiqsujuaq.

Pour Jaiku Arnatuq, cette formation lui a permis de devenir autonome pour amener des touristes en expédition. « Ils nous ont formés pour être prêts à n’importe quelle situation, sur la terre comme en mer », soutient l’homme de 32 ans qui souhaite offrir des services de guide dans sa communauté de Kangiqsualujjuaq.

Joshua Sala, un guide au parc national Tursujuq, a suivi une partie des cours de l’AEC.

« Chacun arrive avec son expérience, mais tout le monde grandit à travers cette formation, estime le principal formateur, Yohann Moucheboeuf. Les étudiants de 17 à 63 ans ont tous pris confiance en eux et ils ont acquis les connaissances pour devenir des guides professionnels. »

Dans le cadre de cette formation axée sur les cours pratiques, les étudiants viennent aussi dans le « sud », pour faire du kayak sur le fjord du Saguenay ou encore pour visiter certains parcs nationaux.

« On souhaite former des professionnels pour développer une industrie durable », remarque Bernard Naud, conscient de la chute du tourisme nordique depuis l’arrêt de la chasse au caribou.

Au-delà du potentiel de travailler dans les parcs nationaux du Nunavik, plusieurs étudiants souhaitent créer leur propre entreprise, souligne Yohann Moucheboeuf. « Les travailleurs, les chercheurs scientifiques et les touristes de passage cherchent souvent des gens formés pour les amener sur le territoire », dit-il.

Alors que huit étudiants obtiendront leur diplôme en mai, le recrutement s’entamera peu après pour lancer une autre cohorte à l’automne.

Des affiches publicitaires des formations offertes par le Cégep de Saint-Félicien au Nunavik.

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UN PROJET DE VALORISATION DE LA FOURRURE

Avant de développer un premier programme de tourisme d’aventure au Nunavik, le Cégep de Saint-Félicien avait d’abord bâti un programme de service de garde à l’enfance destiné à la clientèle voulant travailler dans les Centres de la petite enfance dans le Nord québécois. Offert depuis l’an 2000, ce programme, qui a permis de former 250 éducatrices, a créé des rapprochements entre le Cégep, l’administration régionale Kativik (ARK) et la Commission scolaire Kativik, qui offrent des cours dans les 14 communautés inuites au Nunavik, explique Bernard Naud. 

Depuis ce temps, le conseiller pédagogique a également lancé une formation en radio communautaire qui a été offerte dans tous les villages nordiques québécois. 

Depuis quelques années, ce dernier travaille maintenant à la mise au point d’une AEC portant sur la valorisation de la fourrure nordique, qui devrait être lancée à l’automne, dans la tannerie de Kuujjuaq. « On veut remettre en place l’industrie du trappage et de l’apprêt », dit-il. L’industrie a périclité depuis les campagnes animalistes contre la chasse au phoque. 

Ce projet est d’ailleurs en lien avec le Centre collégial de transfert technologique obtenu par le cégep l’an dernier. 

La formation démontrera de nouvelles techniques d’apprêt des peaux, qui permettent notamment de diminuer la consommation d’eau et le travail physique, pour créer davantage de valeur ajoutée. Par exemple, une nouvelle machine permet de dépiauter des renards huit fois plus rapidement. 

« Au-delà de la viande et de la fourrure, on veut récupérer tout ce que l’on retrouve dans l’animal, comme le collagène et les graisses pour créer davantage de valeur », soutient Bernard Naud qui souhaite créer des liens entre le traditionnel et le moderne. 

De plus, une certification sur la fourrure équitable pourrait même être créée pour ajouter davantage de valeur. « La fourrure animale est souvent plus écologique que les manteaux synthétiques fabriqués avec des produits pétroliers », rappelle Bernard Naud. 

Au cours des dernières semaines, des ateliers ont été donnés dans les villages d’Umiujaq, Kuujjuaq et de Kangiqsualujjuaq pour faire connaître le programme et ainsi inciter les gens à s’inscrire au programme de 1230 heures.