Le précieux colis a été envoyé il y a quelques mois déjà vers la SSI, à quelque 400 km en altitude. C’est là que David Saint-Jacques passera le temps des Fêtes, loin des siens.

Enfin «en haut de l’Everest», se réjouit la femme de David Saint-Jacques

MOSCOU - Ce sera un Noël pas comme les autres pour Véronique Morin, David Saint-Jacques et leurs trois enfants.

Au menu pour l’édition 2018 des festivités chez les Morin-Saint-Jacques? «On va regarder David déballer ses cadeaux dans l’espace», lance la femme de l’astronaute canadien, qui s’envole lundi à destination de la Station spatiale internationale (SSI).

«Il sait qu’il aura un cadeau. Ce sont des pyjamas - les enfants auront les mêmes. C’était une idée pour garder tout le monde connecté d’une manière plus concrète. Il sait ce que c’est - les garçons ont choisi le tissu. La surprise, ce sera le motif», précise-t-elle en entrevue.

Le précieux colis a été envoyé il y a quelques mois déjà vers la SSI, à quelque 400 km en altitude. C’est là que David Saint-Jacques passera le temps des Fêtes, loin des siens.

Mais dans la famille de celui qui a passé les dernières années à faire la navette entre le Canada, l’Europe, le Japon, la Russie et les États-Unis, on se réjouit simplement de voir l’explorateur spatial se poser enfin dans un lieu fixe après toutes ces pérégrinations.

«Je pense qu’on va juste être soulagés, et contents de savoir que David va rester au même endroit pour presque sept mois, enfin», lâche en riant Véronique Morin.

«Il n’y aura plus de va-et-vient; je vais célébrer le fait qu’on est rendus assis en haut de l’Everest et qu’on regarde la vue», illustre-t-elle, ayant là recours à une analogie qu’a souvent employée son astronaute de mari dans les entrevues qu’il a accordées en prévision de son départ.

Il faut dire que ces deux-là semblent sur la même longueur d’onde. Comme celui qu’elle a épousé en 2011, Véronique Morin carbure aux défis, et le couple partage le même goût du voyage et des grands espaces.

Nomadisme familial

La sédentarité est un concept clairement très peu attrayant pour cette diplômée en médecine familiale de l’Université de Montréal, nouvellement titulaire d’une maîtrise en santé publique de l’Université du Texas.

«On est un peu une famille nomade», concède-t-elle dans un entretien accordé depuis le Danemark, où elle se trouvait pour participer à un congrès, mi-août - tandis que David Saint-Jacques, lui, poursuivait son entraînement au centre Youri-Gagarine, au nord-est de Moscou.

Alors la maison, c’est où?

«Ce qu’on dit toujours, c’est que la maison, c’est quand on est ensemble, résume-t-elle. On a la maison du Texas (le centre de la NASA est à Houston), on a le chalet qu’on partage avec les grands-parents, et là, cet automne, j’ai récupéré mon pied-à-terre à Montréal, parce que comme David va être parti, je vais être plus souvent à Montréal», explique-t-elle.

L’amour du Nunavik

Jusqu’à récemment, il y avait aussi la demeure d’Inukjuak, communauté du Nunavik où la Dre Morin a fait ses premières armes.

«J’ai commencé à peu près au moment où David a été sélectionné pour le programme spatial, en 2009. On n’avait pas d’enfants à ce moment-là, alors je faisais la navette entre le Texas et le Nunavik - six semaines au nord, trois semaines au sud», indique-t-elle.

«C’était vraiment une opportunité d’en apprendre plus sur les cultures autochtones, mais aussi d’en apprendre plus sur moi-même», expose Véronique Morin, qualifiant de «belle» cette pratique où «on est des docteurs comme dans l’ancien temps».

Car «peu importe ce qui se passe dans un petit village au nord, on s’en occupe» - de la naissance d’un enfant jusqu’au dernier souffle d’un patient à la maison, note la native de Saint-Félix-de-Kingsey, petite ville d’environ 1500 âmes située dans la région du Centre-du-Québec.

Il faut un village

Au fil des ans, et à travers ces déplacements entre la métropole texane et la capitale russe, en passant par la petite communauté nordique de la Baie d’Hudson, un village s’est mobilisé autour du couple et de leurs enfants Pierre, Léon et Sophie, respectivement âgés de sept, cinq et deux ans.

Demander de l’aide ne venait pas naturellement pour Véronique Morin. «Au début de la mission, quelqu’un m’a dit: «Véronique, promets-moi une chose; promets-moi que tu ne vas enlever à personne le privilège de se sentir utile», se souvient-elle.

Et le plaidoyer n’est pas tombé dans l’oreille d’une sourde: «Ça m’a vraiment forcée à voir les choses d’un autre angle. Là où avant, j’avais peur de déranger, maintenant, j’essaie d’honorer toutes les offres d’aide que je reçois», relate la Dre Morin.

À Houston, la communauté dans laquelle évolue la famille québécoise est «tissée serrée».

C’est ce qui aide les trois enfants à «normaliser l’expérience» qu’ils s’apprêtent à vivre, spécifie-t-elle: «Ils ont des amis dont les papas sont partis dans l’espace, ils sont revenus (...) Pour eux, c’est quelque chose que certains parents font».

Voir son père, voir son mari, s’envoler vers l’espace, promet d’être quelque chose d’inoubliable. C’est l’expérience que vivront sous peu Véronique Morin et son trio: ils se trouvent actuellement à Baïkonour, au Kazakhstan, d’où décollera la navette de David Saint-Jacques.