Le militant écologiste Dominic Champagne trouve que l’actuel projet de loi concernant la lutte contre les changements climatiques manque de sérieux, de courage et de cohérence.

Dominic Champagne fait la leçon aux parlementaires

«Je me dis : mais qu’est-ce qu’ils ne comprennent pas dans la gravité de la situation? Combien de feux en Australie ça va prendre? Va-tu falloir que ce feu-là pogne ici ou qu’on ait des inondations cataclysmiques pour se dire : “Ah oui, mon Dieu!”»

Que ceux qui pensent que les commissions parlementaires sont plates se ravisent! Dominic Champagne était de passage à l’Assemblée nationale du Québec, mercredi après-midi, pour la deuxième des quatre journées de consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi numéro 44 «visant principalement la gouvernance efficace de la lutte contre les changements climatiques et à favoriser l’électrification».

Le metteur en scène et militant écologiste multimillionnaire, c’est lui qui l’a dit au micro, a livré un vibrant plaidoyer pour sauver la planète, comparant la lutte contre les changements climatiques tantôt à la guerre contre Hitler et le nazisme, tantôt à la conquête de la Lune.

Il a aussi demandé au ministre de l’Environnement Benoit Charette d’enchâsser dans la loi les cibles de réduction de gaz à effet de serre (GES). Et pas les 37,5 % annoncés par la Coalition avenir Québec (CAQ) pour 2030. Il plaide pour la moitié, entre 45 et 55 %, prescrite par le GIEC.

«Tu ne t’en vas pas sur la Lune en arrêtant à mi-chemin. Tu prends les mesures pour te rendre sur la Lune», a-t-il affirmé durant sa présentation, louant la détermination d’un John F. Kennedy et de ses successeurs durant la décennie 1960.

Manque de courage

L’homme de théâtre n’a pas ménagé les effets de discours, allant jusqu’à interpeller le ministre Charette, alors que celui-ci consultait une conseillère. «Quand le ministre n’écoute pas, c’est-tu sur mon temps?» a-t-il lancé, lui dont le flot de paroles débordait souvent le temps qui lui était imparti.

Tellement qu’après plusieurs avis polis, le président de la commission, le député libéral Saul Polo, a éteint le micro de M. Champagne après ses 45 minutes allouées.

Sans cible précise de réduction des GES, le projet de loi de la CAQ manque de sérieux, estime M. Champagne. Manque de courage et de cohérence, aussi.

«Le projet de loi n’est pas à la hauteur de la gravité de la crise, mais il peut encore l’être. On est là pour en discuter», a dit celui qui a aussi déposé un mémoire d’une trentaine de pages contenant 16 recommandations.

«Le statu quo n’est pas une option! Je salue les efforts que vous avez faits, c’est bien, mais c’est loin d’être suffisant. Le statu quo ou un projet de loi qui ne serait pas à la hauteur, lui, serait mortifère. Le statu quo, c’est poursuivre la dégradation du monde dans lequel on vit», a-t-il poursuivi.

Le ministre a défendu son projet de loi, disant vouloir se montrer réaliste. Comment atteindre en 2030 des réductions des GES de 50 % par rapport à 1990, quand dans les 30 dernières années, soit de 1990 à 2020, le Québec n’a diminué ses GES que de 8,7 %? La cible de 37,5 %, donc 28,8 % dans la prochaine décennie, s’avère «déjà excessivement ambitieuse», calcule M. Charette.

«Fin de la civilisation»

Les deux hommes ont passé deux heures ensemble la semaine passée, rencontre qui ne devait durer que 45 minutes. Mais M. Champagne maintient que la seule façon d’y arriver est d’inscrire la cible dans la loi avec des règlements coercitifs. Comme les feux de circulation, les panneaux d’arrêt et les limites de vitesse réduisent les accidents de la route.

Celui qui a hébergé Greta Thunberg lors de son passage à Montréal, fin septembre, s’est même demandé s’il devait faire une grève de la faim pour convaincre du bien-fondé de sa cause.

Il continue par contre à s’en tenir aux mots et connaît aussi bien ceux des autres. «Une des sommités climatiques au monde, John Schellnhuber, nous dit que la différence entre 2 °C et 4 °C de réchauffement, savez-vous c’est quoi? Pis c’est pas une joke! C’est la fin de la civilisation humaine!» a clamé M. Champagne, comme une bombe. «C’est ça qui est en jeu! Alors, ne finassons pas, ne politicaillons pas. Portons des gestes courageux et pour ça, il faut se donner de vrais objectifs avec les vrais moyens. Il y a urgence.»