La SQ a retrouvé, jeudi en fin d’apres-midi, deux corps sans vie qui pourraient être ceux de Stéphane Roy et de son fils, Justin.

Disparition de Stéphane et Justin Roy: triste dénouement

Le président de Sagami-Savoura, Stéphane Roy, bâtisseur du producteur maraîcher dont les marques de tomates sont bien connues des consommateurs québécois, est décédé dans l’écrasement de son hélicoptère. L’appareil dans lequel il prenait place en compagnie de son fils de 14 ans a été retrouvé jeudi à lac Valtrie au nord du Parc du Mont-Tremblant.

Vers 16h jeudi, la SQ a publié ce message : «Malheureusement, l’équipe déployée sur le terrain a retrouvé deux personnes décédées. Tout porte à croire qu’il s’agirait des deux occupants de l’appareil, M. Stéphane Roy et son fils. L’enquête sur les circonstances de l’événement est en cours. Une identification formelle suivra».

M. Roy et son fils étaient portés disparus depuis le 10 juillet dans les Hautes-Laurentides.

La famille s’était réunie d’urgence à Sainte-Sophie jeudi après-midi, après que la SQ eut indiqué que l’hélicoptère avait été retrouvé.

Le frère de Stéphane Roy, Daniel, a exprimé sa grande tristesse, tout en remerciant tous ceux qui ont participé aux recherches et qui ont envoyé des messages d’espoir à la famille.

«On avait espoir»

«Ce matin [jeudi], on s’est levés comme les 15 derniers matins. On avait espoir. On avait fait notre plan de match, la veille. On a eu notre meeting avec la SQ pour poursuivre les recherches. On n’a jamais abandonné», a-t-il confié en entrevue.

Comme le pilote n’avait pas de plan de vol et qu’aucun signal de détresse n’a été détecté, à l’exception de quelques données cellulaires, il n’y avait que peu d’information disponible quant au trajet emprunté par les disparus.

Selon Daniel Roy, des changements devraient être apportés sur le plan des règlements et des moyens techniques pour prévenir un tel drame.

«C’est impensable qu’aujourd’hui, en 2019, qu’on ne soit pas capable de retrouver rapidement un appareil comme ça avec deux passagers, qui sont en situation d’urgence. On se fie à la balise [de détresse], mais on se rend compte que ce n’est pas ça qui peut sauver des vies. Il y a des choses qui vont devoir changer, il y a des règlements qui vont devoir changer, il y a des technologies qui vont devoir s’ajuster. J’étais foudroyé de voir ça», a-t-il fait valoir.

«Présentement, nous, on veut vivre le deuil. On va se réunir en famille, on va accompagner Stéphane, Justin, jusqu’à leur dernier repos. On va laisser les gens faire leurs enquêtes, mais chose certaine, ça ne peut pas continuer comme ça», a-t-il ajouté.

Le Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) a indiqué tard jeudi qu'il envoyait une équipe d'enquêteurs afin d'examiner l'hélicoptère de type Robinson R44 retrouvé près du lac Valtrie.

Daniel Roy a salué le parcours de son frère, président de l’entreprise Sagami-Savoura, tout en s’attardant avant tout à la perte d’un père et de son fils de 14 ans.

«C’est un battant, c’était quelqu’un qui avait encore beaucoup de projets, et dans toute l’histoire, il ne faut pas non plus oublier son fils, Justin. Il était à l’image de son père, il n’avait que 14 ans, il avait toute la vie devant lui. On veut que les gens pensent aux deux. C’est pas juste un pdg qui est parti, mais c’est un père et un fils. Et c’est une famille», a-t-il confié.

Un pionnier

Plus tôt, le porte-parole de l’entreprise et de la famille Roy, André Michaud, avait tenu ces propos à La Presse canadienne : «La plus grande réussite de M. Roy, c’est son petit garçon Justin qui, malheureusement, a été emporté par ce malheureux incident».

André Michaud, qui était aussi un proche de M. Roy, a décrit le président de l’entreprise Sagami-Savoura comme un pionnier.

«M. Roy est un bâtisseur rigoureux, extrêmement passionné par son travail. C’était un homme qui aimait l’agriculture, qui avait une vision moderne de l’agriculture. Il était un précurseur au Québec, mais bien au-delà du Québec. Son entreprise est un modèle nord-américain de culture biologique et M. Roy peut en être fier», a-t-il dit.

Le premier ministre François Legault a tenu à remercier, sur les réseaux sociaux, les personnes qui avaient participé aux recherches. Le premier ministre a aussi offert ses condoléances à la famille.

«Je suis attristé d’apprendre le tragique décès de Stéphane Roy et son fils Justin. Au nom de tout notre gouvernement, je tiens à offrir mes plus sincères condoléances à la famille, aux proches et à tous les employés de l’entreprise Savoura. Tout le Québec est derrière vous dans ces moments difficiles.»

L’hélicoptère a été retrouvé dans le secteur du lac Valtrie, à environ 80 kilomètres au sud-est du Lac-De La Bidière, d’où Stéphane Roy et son fils avaient décollé le mercredi 10 juillet.

Père et fils ont été portés disparus le jeudi 11 juillet, alors qu’ils devaient rentrer à la maison la veille. Ils ne sont toutefois jamais rentrés de leur voyage de pêche à bord de l’hélicoptère Robinson R44, piloté par Stéphane Roy.

Les recherches pour retrouver l’hélicoptère ont nécessité le survol de 20 000 kilomètres carrés de territoire densément boisé dans les Hautes-Laurentides.

L’armée et la Sûreté du Québec ont effectué des recherches aériennes, au sol et sur l’eau dans les jours ayant suivi la disparition.

Le territoire des fouilles s’est étendu du Lac-De la Bidière à Sainte-Sophie.

Plus tôt cette semaine, les enquêteurs de la SQ avaient indiqué avoir reçu des informations qui leur avaient permis de cibler une zone plus restreinte pour effectuer les recherches.recherches avec des bénévoles et des hélicoptères privés.

L’hélicoptere à bord duquel voyageaient les deux disparus depuis le 10 juillet a été localisé dans le secteur du lac Valtrie au nord du Parc du Mont-Tremblant.

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CROISSANCE FULGURANTE

L’entreprise Sagami-Savoura, qui compte aujourd’hui neuf sites de production et dont les produits sont vendus dans les plus grandes chaînes d’alimentation au pays ainsi qu’aux États-Unis, voit le jour en 1995, lorsque Stéphane Roy fonde Serres Nouvelles Cultures.

C’est en 2000 que le nom Sagami est donné à la production de tomates en serre dans la foulée de l’acquisition de Serres Sagami, au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Puis, en 2011, la compagnie établie à Sainte-Sophie, dans les Laurentides, se lance dans la production de tomates biologiques.

Les années suivantes donnent lieu à plusieurs acquisitions.

En 2012, Sagami prend une première bouchée de Savoura en achetant les installations de Sainte-Marthe, dans le comté de Vaudreuil-Soulanges. L’année suivante, on annonce un site de production à Mirabel et en décembre 2014, Sagami réalise l’acquisition des Serres Lacoste dans la région de Charlevoix après la fermeture du site à l’automne.

Puis, en avril 2015, Sagami met la main sur la marque Savoura à la suite de l’acquisition des actifs du promoteur de tomates Serres du Saint-Laurent, qui était en vente depuis quelques mois en raison de difficultés financières ayant mené à sa faillite.

À l’époque, la compagnie de M. Roy accueille environ 200 nouveaux employés répartis dans des installations situées à Portneuf, Danville et Saint-Étienne-des-Grès.

«Cette marque emblématique fait partie du patrimoine agricole québécois et mérite de demeurer présente sur la table des Québécois», soulignait M. Roy, dans un communiqué, lors de l’annonce de l’acquisition de Serres du Saint-Laurent.

Alors que de nombreux producteurs de tomates de serre ont jeté l’éponge après avoir éprouvé des difficultés financières au fil des années, le dirigeant de Sagami a plutôt décidé de jouer le rôle de consolidateur.

Dans une entrevue accordée au printemps 2015 au journaliste pigiste Mark Cardwell, M. Roy avait expliqué pourquoi il croyait pouvoir réussir là où plusieurs ont échoué.

«J’aime résoudre les problèmes et je suis bon pour ça, avait-il dit. C’est ma force.»

En décembre 2017, à moins d’un an de la légalisation de la consommation du cannabis à des fins récréatives au Canada, M. Roy effectue une sortie pour affirmer que son entreprise n’a pas l’intention de se lancer dans la production de marijuana.

Dans un communiqué, il souligne avoir pris cette décision «malgré les propositions de plusieurs partenaires potentiels» dans le but de «réduire de plus en plus la dépendance du Québec en fruits et légumes provenant de l’extérieur». La Presse canadienne