Des trolls saoudiens «appuient» l’indépendance du Québec

OTTAWA - Le Canada s’ingère dans les affaires domestiques de l’Arabie saoudite? Des «trolls» ripostent et s’ingèrent dans les affaires domestiques canadiennes... en appuyant l’indépendance du Québec.

La question de la souveraineté du Québec est revenue au goût du jour à la faveur d’une querelle politique - cette fois, pas en raison de l’échec de négociations constitutionnelles au sein de la fédération, mais bien de la querelle diplomatique entre Ottawa et Riyad.

La flamme indépendantiste a été ravivée sur Twitter par des comptes qui ont diffusé des gazouillis vraisemblablement formatés.

On peut notamment lire, dans ces messages parfois adressés à la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, parfois à des médias canadiens, que l’Arabie saoudite «appuie le droit du Québec à devenir une nation indépendante».

Mais en affichant leur soutien à la cause, l’un d’entre eux a commis un impair diplomatique.

«Nous appuyons l’indépendance du Québec», a écrit un internaute en coiffant son gazouillis du drapeau de la Ville de Québec plutôt que du fleurdelisé.

Les «trolls» font par ailleurs mention du traitement qu’a réservé le gouvernement canadien aux Autochtones, disant que du côté de Riyad, on «s’inquiète du génocide culturel contre les peuples autochtones».

Cette offensive a été lancée dans les heures ayant suivi l’annonce, par le ministère saoudien des Affaires étrangères, de l’expulsion de l’ambassadeur canadien à Riyad et du rapatriement de son ambassadeur à Ottawa.

Le royaume a justifié cette rupture des liens diplomatiques en disant rejeter «catégoriquement l’ingérence d’autres États dans (ses) affaires intérieures».

Le gouvernement canadien avait déclaré vendredi dernier être «gravement préoccupé» par les nombreuses arrestations de militantes des droits des femmes effectuées par les autorités saoudiennes.

Ottawa avait notamment cité le cas de Samar Badawi, la soeur du blogueur emprisonné Raif Badawi.

Les autorités saoudiennes nient que les personnes arrêtées sont des militantes et elles ont menacé le Canada de s’ingérer dans les affaires internes du pays si celui-ci tentait à nouveau de se mêler des leurs.

Au bureau de la ministre Freeland, on a déclaré tard dimanche soir que le gouvernement canadien «défendra toujours la protection des droits de la personne, notamment ceux des femmes, et la liberté d’expression dans le monde».

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LES ÉTUDIANTS SERONT RELOCALISÉS AILLEURS DANS LE MONDE

Des milliers d’étudiants saoudiens qui prévoyaient faire leurs études au Canada doivent faire une croix sur leur projet en raison du gel des relations diplomatiques entre Ottawa et Riyad.

Il s’agit là de la première conséquence tangible de la bisbille diplomatique entre Ottawa et Riyad.

En même temps qu’il a expulsé l’ambassadeur du Canada en Arabie Saoudite et rappelé le sien, le royaume a suspendu les programmes de stages et de bourses au Canada, selon ce qu’a indiqué lundi un responsable à la télévision d’État saoudienne.

Le représentant du ministère de l’Éducation, Jassem Al-Harbach, a affirmé sur les ondes de la chaîne El-Ekhbariya que le régime de ben Salmane s’affairait déjà à relocaliser quelque 7000 étudiants et leurs familles se trouvant actuellement au Canada.

Il a avancé que «les États-Unis et le Royaume-Uni auront la part du lion, étant donné les opportunités d’éducation dans ces deux pays», d’après ce qu’a rapporté l’Agence France-Presse en citant M. Harbach.

Le bureau de la ministre responsable de l’Enseignement supérieur, Hélène David, n’avait pas encore spécifié quels seraient les impacts potentiels de cette mesure au Québec, lundi après-midi.

À l’Université McGill, on n’a pas été en mesure de dire combien de Saoudiens de la cuvée 2018-2019 pourraient être affectés par le gel des relations diplomatiques entre les deux pays. Vincent Campbell Allaire, porte-parole de l’établissement montréalais, a précisé que 327 étudiants de l’Arabie Saoudite étaient inscrits à l’Université McGill au cours de l’année universitaire 2017-2018.

Deuxième conséquence concrète de la rupture : le transporteur d’État, Saudi Airlines, a déclaré sur son compte Twitter officiel qu’il suspendait toute liaison aérienne avec Toronto à compter du 13 août.