Serveurs informatiques

Des syndicats inquiets du transfert de données informatiques gouvernementales au privé

MONTRÉAL - Le transfert au privé du traitement des données informatiques gouvernementales, annoncé lundi par le gouvernement Legault, suscite des craintes chez les deux grands syndicats qui représentent les employés de l’informatique dans le secteur public, particulièrement quant à la confidentialité des informations.

Lundi, les ministres Christian Dubé et Éric Caire ont annoncé que d’ici trois ans, au moins 80 pour cent des informations numériques emmagasinées dans l’appareil gouvernemental seront transférées dans des serveurs gérés par des sous-traitants privés comme IBM ou Amazon.

«Où vont être situés ces nouveaux serveurs-là? Si c’est au Québec, c’est correct, s’il n’y a pas de lien avec les États-Unis, c’est correct. Sinon, ça nous amène des craintes sur la confidentialité des données qui vont être utilisées par le gouvernement américain», a réagi au cours d’une entrevue mardi, le président du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec, Christian Daigle.

Il dit n’avoir rien contre le fait que ce soit le privé qui implante le système, mais croit que l’entretien devrait être fait à l’interne, au gouvernement, par la suite. «Ce n’est pas le développement de nouveaux systèmes (qui pose problème), on n’a pas l’expertise, on n’est pas une compagnie qui peut implanter des systèmes informatiques. Ça, je n’ai pas de problème à ce qu’on aille avec le privé. Mais une fois que c’est implanté, on devrait être capable de l’entretenir à l’interne; c’est récurrent comme travail», a commenté M. Daigle.

Il s’interroge aussi à savoir si l’on pourra récupérer ces données si jamais l’entente ne se déroule pas comme on le souhaite.

Il ne craint pas pour les mises à pied, puisque les 80 postes touchés seraient déployés ailleurs au sein de l’appareil gouvernemental. Il souligne par ailleurs que pas moins de 800 postes de technicien en informatique ne sont pas pourvus, à l’heure actuelle, parce que les conditions salariales sont plus alléchantes au privé.

Le SFPQ représente 1050 techniciens en informatique. En 2004, il en représentait 2030. M. Daigle souligne que le secteur privé les paie facilement une fois et demie leur salaire. Au gouvernement, en 2018-2019, les techniciens de classe 10 touchent 38 992 $ au 1er échelon salarial et 55 611 $ au 12e échelon. Ceux de la classe 5 gagnent 49 785 $ au 1er échelon et 61 291 $ au 7e et dernier échelon.

Le SPGQ craint le coût

Pour les analystes de l’informatique et des procédés administratifs, la rémunération est de 43 151 $ au 1er échelon, 61 228 $ au 10e échelon et 79 685 $ au 18e échelon.

Le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec, qui les représente, est frustré de ne pas avoir été consulté, d’autant plus que le gouvernement du Québec n’en est pas à ses premiers problèmes avec la gestion informatique.

«Je suis déçu. On lance des politiques sans nous consulter, qui, à mon avis, ne tiennent pas compte de nos recommandations passées. Un infonuagique, il faut garder ça chez nous; il ne faut pas mettre ça sur un serveur étranger dont les données pourraient être saisies par un gouvernement malveillant et qui pourrait nuire à la population québécoise», a commenté Richard Perron, président du SPGQ.

M. Perron met le gouvernement en garde: «quand on confie ça au privé, on n’a plus le contrôle de l’évolution de la note par la suite».