Le Dr Alexandre Prat, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en sclérose en plaques, confirme qu'il n'existe pas de preuves d'un effet «ni positif ni négatif du cannabis» sur le processus de la maladie.

Des spécialistes se penchent sur le cannabis pour traiter la sclérose en plaques

Nombreux sont ceux qui chantent les louanges des vertus thérapeutiques du cannabis, mais qu'en est-il de sa véritable efficacité à traiter la douleur? La question est d'autant plus délicate lorsque l'on veut traiter une maladie neurologique comme la sclérose en plaques, c'est pourquoi l'enjeu est au coeur du quatrième sommet québécois tenu samedi à Boucherville.

La Société canadienne de la sclérose en plaques (SCSP) rassemble environ 600 personnes pour son sommet bisannuel qui vise à faire le point sur les plus récentes avancées de la science concernant la maladie.

Cette année, difficile de faire abstraction du débat entourant le cannabis, alors les organisateurs abordent la question de front avec des conférences intitulées : «Cannabinoïdes et mécanismes endogènes dans le développement et le traitement de la douleur» et «Les personnes atteintes de SP devraient-elles se ruer vers le cannabis? Peut-être pas...».

Le directeur général de la division du Québec de la Société canadienne de la sclérose en plaques (SCSP), Louis Adam, reconnaît que des personnes atteintes de la maladie se tournent vers le cannabis, médicinal ou non, et certains prétendent en tirer un apaisement de leurs douleurs.

La SCSP vient d'ailleurs tout juste d'annoncer, le 21 mars, un investissement de 1,5 million $ pour permettre aux Instituts de recherche en santé du Canada d'étudier «le recours au cannabis dans la prise en charge des symptômes associés à la SP et sur les effets que ce produit pourrait avoir sur cette maladie».

«On ne dit pas que le cannabis est un traitement pour les personnes atteintes, on va plutôt s'investir en recherche pour essayer de mieux comprendre les effets du cannabis sur les douleurs neuropathiques», précise Louis Adam.

Dans le communiqué annonçant la nouvelle, la présidente et chef de la direction de la SCSP, Dre Pamela Valentine, soutient qu'il s'agit d'une première étude du genre et que le cannabis demeure une substance peu connue du point de vue scientifique.

Le Dr Alexandre Prat, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en sclérose en plaques, confirme qu'il n'existe pas de preuves d'un effet «ni positif ni négatif du cannabis» sur le processus de la maladie.

Selon le neurologue du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), on admet tout de même un certain apaisement des symptômes de spasticité que vivent les patients. C'est-à-dire une rigidité musculaire, une contraction spontanée et incontrôlée des muscles qui survient chez les gens atteints de sclérose en plaques.

«On sait que le cannabis a un effet sur la spasticité, mais ça n'a pas d'effet en soi sur la progression de la maladie, le développement de la maladie ou le nombre de poussées dans une année», précise le Dr Prat.

En pleine effervescence

La grande majorité des quelque 600 participants du sommet sont des personnes atteintes de la maladie ou des proches, selon Louis Adam. Ceux-ci veulent se tenir bien informés des dernières avancées scientifiques.

«Les conférences sont vulgarisées pour faire en sorte que les gens comprennent bien où on en est rendu en recherche sur la sclérose en plaques dans le monde actuellement», mentionne-t-il.

Selon le directeur général de la division québécoise de la SCSP, la recherche est en pleine effervescence.

Ce constat est corroboré par le Dr Prat dont la conférence offrait un tour d'horizon de la recherche au Québec et au Canada.

«À ma surprise, cela m'a permis de démontrer que le Canada est probablement l'un des pays les plus actifs dans la recherche en sclérose en plaques en ce moment, affirme-t-il. Quand j'ai commencé, il y a un peu moins de 20 ans, il n'y avait pas de traitement pour la maladie. Maintenant, on est rendu à 14 traitements qui ciblent différentes phases et différents aspects de la maladie.»

Ces traitements permettent de diminuer le nombre de poussées et l'intensité des poussées dont souffrent les patients et du même coup retarder la progression de la maladie.

«On s'aperçoit que les patients qu'on a commencé à traiter il y a 20 ans progressent beaucoup moins vite que les patients qu'on n'a pas traités ou qui ont refusé d'être traités», rapporte le neurologue qui voit bien moins de patients lourdement handicapés qu'auparavant.

Toutes les avancées scientifiques réalisées depuis 40 ans ont permis de «modifier l'histoire naturelle de la maladie», souligne le Dr Prat.

L'objectif des chercheurs consiste maintenant à comprendre la forme progressive de la maladie au niveau biologique, clinique et radiologique pour être capable d'agir sur ces phénomènes et éviter que les patients passent en forme progressive.