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Selon l’INSPQ, les quelques études pharmacologiques répertoriées rapportent généralement que l’utilisation de produits de cannabis nano-émulsionnés peut entraîner des effets beaucoup plus rapides et une plus grande biodisponibilité qu’avec les produits comestibles réguliers.
Selon l’INSPQ, les quelques études pharmacologiques répertoriées rapportent généralement que l’utilisation de produits de cannabis nano-émulsionnés peut entraîner des effets beaucoup plus rapides et une plus grande biodisponibilité qu’avec les produits comestibles réguliers.

Des produits en vente à la SQDC préoccupent l’Institut national de santé publique

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
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Les nano-émulsions de cannabis, qu’on retrouve notamment dans des boissons vendues à la SQDC, soulèvent selon l’INSPQ «divers enjeux potentiels de santé publique» en raison de leurs particularités pharmacologiques et réglementaires.

Dans un rapport de recherche publié récemment sur son site Internet, l’INSPQ explique que les émulsions permettent une meilleure dissolution de substances peu solubles dans l’eau comme les cannabinoïdes et les extraits de cannabis.

«La différence entre une émulsion et une nano-émulsion réside dans la taille des gouttelettes formées. […] Un des avantages des nano-émulsions sur les émulsions régulières est que des gouttelettes inférieures à 50 nanomètres permettent la création d’une formulation transparente, une propriété qui pourrait être exploitée dans la confection de boissons, par exemple», indique l’INSPQ.

Selon l’organisme, les quelques études pharmacologiques répertoriées rapportent généralement que l’utilisation de produits de cannabis nano-émulsionnés peut entraîner des effets beaucoup plus rapides et une plus grande biodisponibilité qu’avec les produits comestibles réguliers.

Bien que les détails des études ayant mené à ces résultats ne soient pas mentionnés, certains sites Web de fabricants de nano-émulsions ou de produits du cannabis qui en contiennent présentent des informations relatives à la cinétique de leur(s) produit(s) et les délais d’apparition des effets, rapporte l’INSPQ.

Ainsi, «en général, la biodisponibilité orale des cannabinoïdes nano-émulsionnés (THC et CBD) serait de deux à cinq fois plus élevée que les formulations régulières, en plus d’avoir un début d’action beaucoup plus rapide, soit entre 1 et 15 minutes, comparativement à 30 à 90 minutes pour les formulations régulières», note l’Institut.

On retrouve des nano-émulsions de cannabis notamment dans des boissons vendues à la SQDC.

Aucune des études relevées par l’INSPQ n’a évalué la nature et l’intensité des effets psychoactifs des nano-émulsions de cannabis, de sorte qu’il est impossible de déterminer dans quelle mesure l’utilisation de ce type de produits peut modifier les risques d’intoxication normalement associés aux comestibles, souligne l’organisme.

Selon lui toutefois, «il est attendu que pour une dose donnée, les produits à l’échelle nano produisent des effets beaucoup plus rapides et potentiellement plus intenses que les produits réguliers comparables en raison des concentrations sanguines de THC plus élevées rapportées dans les études cliniques».

«Il est aussi possible que la petite taille des particules contenant les cannabinoïdes dans les nano-émulsions affecte leur distribution dans les différents organes du corps», ajoute l’INSPQ, tout en convenant qu’aucune étude évaluant la distribution tissulaire des cannabinoïdes ingérés sous forme de nano-émulsion n’a pu être répertoriée.

L’Institut estime qu’en l’absence de connaissances adéquates sur les produits du cannabis utilisant des nano-émulsions et leurs effets, «il serait judicieux d’identifier ces produits en conséquence». Car pour l’heure, note-t-il, il n’existe au Québec et au Canada aucune réglementation encadrant spécifiquement les nano-émulsions de cannabis, pas plus qu’il n’y a d’exigence d’étiquetage à leur égard.

En effet, Santé Canada «encourage, sans obliger, les entreprises à les contacter ou à divulguer les informations sur les produits développés contenant des nanomatériaux», précise l'Institut.

«Certains produits nano-émulsifiés actuellement en vente sur le web indiquent un début d’action plus rapide que la forme régulière comparable (ou un intervalle de temps) sur l’étiquette, bien que la formulation à l’échelle nanométrique ne soit pas toujours identifiée comme telle», observe l’INSPQ.

«Advenant la mise en marché de ces produits au Québec, il serait utile de surveiller certains indicateurs d’intoxications suspectées au cannabis (visites aux urgences et appels au Centre antipoison du Québec, par exemple)», recommande l’Institut.

En vente à la SQDC depuis 2020

Vérification faite auprès de la SQDC, une quarantaine de produits contenant des nano-émulsions de cannabis, soit des boissons prêtes-à-boire et des concentrés, sont vendus depuis l’an dernier en succursale et sur le site Internet de la société d’État, indique son porte-parole, Fabrice Giguère. Aucune mention toutefois que ces produits contiennent spécifiquement des nano-émulsions.

«Les mises en garde que nous donnons sur notre site Web ainsi qu’en succursale sont que les effets peuvent prendre jusqu’à 60 minutes avant d’apparaître et peuvent durer jusqu’à huit heures et parfois davantage. De cette manière, nous assurons la protection des consommateurs en évitant que des consommations trop rapprochées aient lieu, ce qui pourrait engendrer les effets d’une surdose», écrit M. Giguère dans un courriel transmis au Soleil.

Le porte-parole de la SQDC souligne qu’il est toutefois important de savoir que la rapidité spéculée des effets des produits nano-émulsionnés n’est pas encore déterminée hors de tout doute». «D’où l’approche prudente que nous privilégions quant à l’information que nous donnons aux consommateurs», ajoute-t-il.

Quant à la recommandation de l’INSPQ d’identifier comme tels les produits contenant des nano-émulsions de cannabis, Patrice Giguère indique qu’elle sera «évaluée».