La Laiterie Chagnon s’est retrouvée malgré elle au coeur d’une controverse vendredi alors que des militants d’extrême droite ont utilisé le logo de l’entreprise dans des tracts dénonçant les produits certifiés halal ou casher.

Des militants d’extrême droite vantent la Laiterie Chagnon

Des militants d’extrême droite font la promotion des produits de la Laiterie Chagnon à Montréal, car contrairement à l’ensemble de l’industrie laitière, elle n’a pas de certification de production halal ou casher. L’entreprise de Waterloo s’est rapidement dissociée de cette campagne xénophobe.

Vendredi dernier, un groupe de militants opposés aux certifications religieuses sur les produits alimentaires, dont Richard Majeau, un homme reconnu pour ses propos islamophobes sur les réseaux sociaux, a distribué des tracts devant le supermarché Metro Beaulieu sur la rue Mont-Royal à Montréal.

Le document, produit par le groupe Pas de religion dans nos assiettes, invitait les clients de l’établissement à ne pas acheter des produits laitiers comportant des certifications religieuses, soit halal ou casher (voir plus bas: Qu’est-ce qu’une certification religieuse ?). Les militants les incitaient plutôt à privilégier les produits de la Laiterie Chagnon qui ne possèdent pas de telles certifications. Le logo de l’entreprise apparaissait sur les tracts.

La direction de la laiterie, alertée par des internautes, a publié dimanche un message sur sa page Facebook pour dissiper tout doute. « Une personne tordue fait circuler une publicité frauduleuse sur les réseaux sociaux en lien avec la Laiterie Chagnon. Nous ne publions aucune publicité qui prend une position politique, religieuse ou autres... Nous sommes désolés de la situation », peut-on lire.

Les dirigeants de Chagnon étaient encore sous le choc lundi. « On n’a rien à voir avec eux », a insisté en entrevue André Michaud, porte-parole de l’entreprise. « On n’a jamais eu de contact avec eux, sauf ce week-end quand on leur a demandé de ne pas utiliser notre logo. On ne veut pas participer à ce débat. »

La direction de l’entreprise a jonglé avec l’idée d’intenter une poursuite contre les responsables du groupe, mais l’a abandonnée après mûre réflexion. « Ils ont seulement 46 personnes qui les suivent sur Facebook. On s’est demandé si on mettait le paquet pour régler ça. Mais, on ne veut pas leur donner de visibilité. On espère que ça va s’éteindre », a expliqué M. Michaud.

Pas islamophobe

Le groupe Pas de religion dans nos assiettes n’est pas islamophobe ou antisémite, insiste son responsable Stéphane Cormier. Il s’agit d’un groupe de citoyens dont le but est d’informer les consommateurs des impacts financiers des certifications religieuses sur les prix des produits qu’ils achètent, dit-il.

Les certifications coûtent des milliers de dollars par année aux entreprises, soutient M. Cormier, citant un reportage de J.E. « Nous sommes convaincus que ces frais sont refilés aux consommateurs dans le prix du produit de la même façon que la hausse du prix de l’essence est inévitablement ajoutée. Même s’ils peuvent être minimes pour chaque produit, sur des milliers de produits ces frais engendrent plusieurs millions de dollars supplémentaires à l’ensemble des entreprises », écrit-il dans un échange avec La Voix de l’Est sur Messenger.

Les critiques contre les certifications religieuses servent d’écran de fumée derrière lequel se cachent des islamophobes, avertit Xavier Camus. Ce professeur de philosophie du cégep de Victoriaville s’intéresse à l’intolérance « sous toutes ses formes » et publie ses observations et découvertes sur une page Facebook.

L’intolérance est au cœur des actions de militants d’extrême droite comme Richard Majeau, assure-t-il. L’homme est proche du Mouvement patriotique, dit M. Camus. « Ces gens craignent le mondialisme et croient que la certification halal sert à financer le terrorisme islamique », dit-il, dénonçant une campagne d’islamophobie.

Les xénophobes ne sont pas les bienvenues dans le groupe de citoyens, assure M. Cormier. « La liberté de conscience est un droit fondamental et nous dénonçons les propos haineux de toutes parts. Ceux qui veulent nous faire taire, nous intimider et empêcher ce débat ne nous feront pas reculer », a-t-il écrit.

Qu’est-ce qu’une certification religieuse?

De nombreuses entreprises souhaitant exporter leurs produits à travers le monde ou pour intéresser des consommateurs de confessions musulmanes ou juives au Canada doivent faire approuver leurs procédés de production par des organismes de certification.

Dès qu’une demande de certification est déposée, des experts analysent les processus de production et les ressources matérielles utilisées par une entreprise, explique Younes Baaja, gérant chez Certification halal de Montréal. « Il y a huit étapes à franchir avant qu’un produit obtienne une certification. C’est un processus très rigoureux », assure-t-il.

Le terme halal signifie « permis, autorisé, approuvé, sanctionné ou licite », lit-on sur le site Certification halal de Montréal. Lorsque des produits contenant de la viande sont concernés, l’analyse de certification halal vise à garantir que la méthode d’abattage utilisée préserve la qualité de la viande dans le but d’éviter toute contamination microbienne, indique M. Baaja.

Une analyse similaire est menée pour les produits laitiers. Les ingrédients et leur provenance sont décortiqués pour s’assurer qu’ils respectent notamment les taux d’alcool.

L’obtention d’une certification peut coûter entre 1000 $ et 10 000 $, a dit M. Baaja. Tout dépend de son chiffre d’affaires, dit-il. Chose certaine, les coûts de certification n’ont aucun impact sur les prix que paient les consommateurs pour les produits certifiés, soutient-il.