Les nouveaux propriétaires de l’immeuble situé au 34, rue Garneau ont pris les grands moyens pour hausser les prix des loyers, allant jusqu’à couper l’électricité à des locataires qui refusaient le changement de tarification.

Des locataires «intimidés» pour forcer une hausse de loyer

Des locataires du Vieux-Québec estiment avoir été victimes «d’intimidation» de la part de leurs propriétaires pour signer une nouvelle entente de loyer. Une locataire est sans électricité depuis deux semaines. Une plainte a été déposée à la Régie du logement.

L’histoire débute en août. L’immeuble situé au 34, rue Garneau, est vendu. Les acheteurs, les Immeubles Murray et Gestion Immobilière Verret, souhaitent ajuster les loyers «en fonction du prix du marché» dans ce secteur.

Le hic, c’est que la majorité des locataires possèdent depuis des années des ententes mensuelles verbales avec l’ancien propriétaire. Ils n’ont pas de bail signé.

Selon la Régie du logement, une entente verbale est tout de même reconnue comme un bail. Pour modifier le contrat, il faut apporter un changement au bail qui doit être approuvé par les deux parties.

Les nouveaux propriétaires entreprennent alors des discussions avec les résidents. Certains chiffrent la hausse exigée à plus de 70 % du prix actuel de leur loyer. Ils paient à ce moment entre 600 $ et 700 $ par mois pour un trois et demi, tout compris.

Les promoteurs trouvent des terrains d’entente avec la majorité des occupants. L’édifice héberge huit logements.

Devant la réticence de certains, un responsable des Immeubles Murray choisit de couper l’électricité de trois appartements le vendredi 12 octobre vers 16h30. Des policiers se sont présentés sur place durant la soirée.

Deux semaines plus tard, un appartement n’a toujours pas de courant. Les deux autres logements ont conclu des ententes le 13 octobre et l’électricité a été rétablie. Certains ont décidé de quitter l’immeuble.

«Nous avions des ententes avec l’ancien propriétaire. Nous sommes dans cet immeuble depuis des années pour la plupart. Nous avions un bail au mois avec un mois d’avis pour le départ», explique au Soleil Justine*. «Le nouveau responsable a rencontré individuellement les locataires. Il nous a mentionné que le prix de notre loyer n’était pas très dispendieux par rapport au marché. [...] Il a menacé les gens qu’il allait changer les serrures et qu’il pouvait couper l’électricité», poursuit-elle, assurant avoir tenté de payer ses frais mensuels, mais en vain.

Elle avance que les Immeubles Murray ont refusé son paiement, comme pour d’autres locataires, car le promoteur souhaitait qu’ils quittent ou qu’ils signent la nouvelle entente. Selon d’autres résidents avec qui Le Soleil a discuté, il aurait même été question de transformer des logements en Airbnb.

Mise en demeure

Le 15 octobre, une mise en demeure a été transmise aux Immeubles Murray en raison de ce conflit. Depuis, une nouvelle serrure digitale a été installée à l’entrée de l’immeuble, mais elle n’est pas encore en service.

Selon la Régie du logement, un locataire peut refuser une augmentation de loyer. Dans le cas où les deux parties n’arrivent pas à s’entendre, le locateur devra s’adresser à la Régie du logement pour faire une demande de modification du bail.

Il n’y a toutefois aucune règle quant au pourcentage d’augmentation des frais mensuels. Le propriétaire doit cependant justifier cette hausse.

«Nous n’avons rien eu de la Régie. Tout ce que nous avons reçu, ce sont des coupures d’électricité et des menaces», ajoute Justine au bout du fil.

Pour l’électricité, le propriétaire ne peut pas couper le courant, tranche la Régie. «Le locateur doit procurer au locataire la jouissance paisible de son logement pendant toute la durée du bail. De plus, le locateur ne peut user de harcèlement envers le locataire de manière à restreindre son droit à la jouissance paisible ou à obtenir qu’il quitte le logement. En cas de harcèlement, le locateur pourrait notamment être condamné à des dommages punitifs.»

Justine n’est pas la seule dans cette situation. Marc* et Jean* affirment aussi avoir été victimes de pression au cours des derniers mois. «Ce n’est pas un immeuble de B.S., tout le monde était capable de payer. [...] Il affirme à des gens que nous sommes des mauvais locataires et que nous ne voulons pas payer notre loyer, ce qui est entièrement faux. En septembre, il a commencé à être méchant au téléphone. Il nous a dit que nous ne serions pas les premières personnes qu’il allait mettre dehors. Certains ont préféré acheter la paix.»

Du côté des Immeubles Murray, on confirme au Soleil avoir exigé une augmentation de loyer. On concède que le courant a été coupé au cours des dernières semaines. On réfute toutefois l’idée que cette stratégie est pour transformer l’édifice pour faire du Airbnb.

«Ma banque m’exige d’avoir des baux. Il fallait que je trouve une entente avec les locataires. Sur huit logements, il y en a sept qui se sont entendus avec moi. Lorsque j’ai acheté l’édifice, j’ai souligné aux locataires qu’ils avaient 60 jours pour prendre une décision et il y a une seule personne qui m’a jamais contacté. Elle avait toujours une bonne raison», souligne le président, Frédéric Murray. «Je n’ai pas changé les serrures de son appartement et je ne l’ai pas mise dehors», poursuit le propriétaire de 150 logements.

Il stipule que la locataire en question n’a pas voulu payer son loyer au nouveau prix, c’est pourquoi elle serait aujourd’hui privée d’électricité.

Hydro-Québec précise que la coupure de courant dans ce cas-ci n’a pas été réalisée par la société d’État et que c’est le propriétaire de l’immeuble qui est responsable de payer la facture d’électricité.

Selon un article du Journal de Montréal, paru aussi le 26 octobre, l’une des propriétés de M. Murray située en Montérégie aurait été visée par un incendie criminel, jeudi soir.

Cette demeure était notamment disponible en location pour 500 $ par jour sur la plateforme Airbnb.

Les entreprises de M. Murray ont plusieurs dossiers devant les tribunaux. Ils font notamment face à des poursuites pour près de 400 000 $.

* Noms fictifs