Un Croque-livres est installé à l’extérieur de l’école Notre-Dame-du-Rosaire pour permettre aux élèves mais aussi aux enfants du quartier d’avoir accès à des livres.

Des Croque-livres de plus en plus nombreux

Les Croque-livres, aussi appelés « boîtes de partage de livres », se sont multipliés à Sherbrooke au cours de la dernière année. Ces belles boîtes de livres, dans lesquelles on peut autant piger des livres qu’en déposer, sont apparues dans des écoles primaires, dans des organismes communautaires, mais aussi dans des quartiers résidentiels et dans des parcs.

Mais qu’est-ce qu’un Croque-livres ? Cette initiative est inspirée de l’approche « Prends un livre ou donne un livre ». Les Croque-livres sont installés dans des lieux publics et sont destinés aux jeunes âgés de 0 à 12 ans. Lancée en septembre 2014 par la Fondation Lucie et André Chagnon, l’initiative vise à rassembler et à engager les communautés autour du plaisir de la lecture.

Les Croque-livres sont vendus par la Fondation à faible coût pour en favoriser l’accessibilité, mais ils ne sont pas les seuls à avoir trouvé pignon sur rue. Certains comités de quartier ou organismes choisissent de bricoler eux-mêmes leur Croque-livres et de l’ouvrir également aux romans pour les adultes dans le but, là aussi, de redonner une seconde vie aux livres qui, autrement, prendraient la poussière sur des tablettes.

On les appelle ailleurs « des maisonnettes de lecture », des « boîtes de partage de livres », des « bibliothèques ouvertes à tous » ou des « boîtes de livres à partager » entre autres.

Les avantages d’offrir un accès facile à des livres aux jeunes sont multiples.

« La lecture est la base de l’apprentissage et une source de motivation pour les élèves envers l’éducation », soutient Marie-Christine Bourque, enseignante d’anglais et responsable du Croque-livres à l’école Alfred-Desrochers dans le secteur de Saint-Élie.

« C’est une façon d’éviter la surconsommation, d’encourager le partage et d’éveiller le goût de la lecture », ajoute-t-elle.

« Nous nous sommes beaucoup questionnés quant à l’emplacement du Croque-livres et malgré nos inquiétudes (bris, vol, vandalisme...), nous avons décidé de le placer à l’extérieur de l’école afin qu’il soit accessible à tous et en tout temps. Le Croque-livres est toujours plein. Chaque matin, il contient de nouveaux livres. Les élèves y viennent souvent et plusieurs y passent même avec leur petite famille avant le retour à la maison », ajoute Mme Bourque.

Partout où les Croque-livres sont installés, l’expérience est positive. À quelques bémols près.

En milieu communautaire par exemple, la présence d’un Croque-livres peut demander un peu plus d’organisation. « Ces maisonnettes rendent accessible l’accès aux livres pour les familles. Le seul bémol est qu’il faut avoir au sein de l’organisme une personne responsable pour s’occuper de faire la rotation des livres et parfois d’en trouver, car les familles n’ont pas toujours un livre à donner. Quand nous en recevons, ils ne sont pas toujours non plus adaptés aux faibles lecteurs, alors nous devons trouver le moyen de les redonner », souligne Lucie Roch, directrice générale du Réseau d’appui aux familles monoparentales et recomposées de l’Estrie (RAME), situé dans le quartier des Jardins-Fleuris.

Des Croques-livres sont aussi installés dans différents parcs et quartiers résidentiels de Sherbrooke, notamment au parc Marie-Victorin (Saint-Élie), au parc Chauveau (Rock Forest) et dans le quartier de la Grande-Coulée (Deauville).

Rappelons que le Croque-livres de la rue Chauveau a été incendié en octobre dernier par des vandales. À la suite d’une mobilisation des citoyens du secteur, un nouveau Croque-livres sera de nouveau installé bientôt.

Ce genre d’événement est cependant exceptionnel, rassure Steve Fontaine, responsable des Croque-livres à la Fondation Lucie et André Chagnon. En ce moment, il y a 1161 Croque-livres répertoriés sur le site de l’organisme et les incidents se comptent sur les doigts d’une main.

« Sur les Croque-livres que nous vendons, il n’y a pas de logo, pas de peinture ou de teinture fournie. C’est aux propriétaires de se l’approprier, aux enfants ou aux gens du quartier ou de l’organisme de se l’approprier, de le peinturer, de le décorer, de le mettre à leur goût et à leur image. Comme ça, les gens se l’approprient et ça devient le Croque-livres de tout le monde : ce n’est pas celui de la Fondation ni celui de la Ville ou de l’organisme. Quand c’est une appropriation, on dirait que c’est plus respecté », tente comme explication Steve Fontaine.

Alors, un Croque-livres ou pas ?

Même s’il y a parfois quelques ajustements, tous les intervenants recommandent sans la moindre hésitation qu’on installe un Croque-livres à l’école, devant chez soi ou à d’autres endroits où des enfants circulent...

« Notre expérience avec le Croque-livres est positive. Je vois régulièrement des enfants venir porter et prendre des livres dedans. Nous avons aussi vu une garderie venir avec les enfants faire des échanges de livres. Donc ce n’est pas seulement les élèves de l’école qui en profitent, mais aussi les enfants du quartier », souligne Janique Arsenault, enseignante en 6e année à l’école Notre-Dame-du-Rosaire.

« L’objectif d’un Croque-livres est que les jeunes lecteurs trouvent des lectures adaptées pour eux. Ce pourrait être malaisant qu’un enfant de 9 ans se choisisse du Stephen King ou 50 shades of Grey... Bref, il faudrait peut-être une deuxième boîte pour les livres pour adultes afin que le vrai Croque-livres garde sa mission première. Mais pour moi, c’est un succès formidable. Ça fait trois ans qu’il est installé et chaque fois que je visite le parc, je vois des familles qui prennent ou laissent des livres », soutient Marie-Maude Bossiroy, responsable du Croque-livres dans le secteur Marie-Victorin.

« Je suis d’avis que chaque école devrait posséder son Croque-livre », ajoute Marie-Christine Bourque de l’école Alfred-Desrochers, secondée par sa collègue Janick Arsenault de l’école Notre-Dame-du-Rosaire.

Un autre défi est de se constituer une réserve de livres, car il arrive qu’ils se vident plus vite qu’ils ne se remplissent. « On encourage les gens qui font des ménages de leur bibliothèque à les déposer dans des Croque-livres qu’ils voient près de chez eux », soutient Steve Fontaine.

Pour adopter un Croque-livres, il y a trois façons de faire : le commander préassemblé sur le site www.croquelivres.ca, télécharger les plans et le construire soi-même ou encore en fabriquer un de toute pièce selon son inspiration. Peu importe la méthode choisie, il est possible de l’inscrire sur le site croquelivres.ca pour lui donner davantage de visibilité et le faire connaître auprès des gens du quartier.